L’incarcération de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo à la prison centrale de Libreville, le 21 janvier, suscite une vive indignation. Inculpés pour trouble à l’ordre public et incitation à la révolte après avoir soutenu le mouvement SOS Éducation, les deux leaders voient leur détention qualifiée de dérive autoritaire par Francis Hubert Aubame. Le président du parti Souverainistes-Écologistes y voit une instrumentalisation de la justice visant à briser la contestation sociale au mépris des garanties constitutionnelles.
Le soutien apporté par ces deux figures au mouvement SOS Éducation ne devrait pas, selon l’analyse du leader politique, conduire à l’isolement carcéral. « Soutenir activement un mouvement de grève légitime ne constitue aucune infraction pénale dans le code gabonais », rappelle Francis Hubert Aubame. Il souligne une contradiction majeure entre la Constitution du 19 décembre 2024, socle de cette nouvelle République, et l’usage de notions juridiques qu’il juge élastiques. « Cette affaire illustre parfaitement comment une notion juridique élastique devient une arme de répression politique », affirme-t-il, dénonçant une violation des engagements internationaux du Gabon.
Un régime face à ses contradictions républicaines
L’analyse du président des Souverainistes met en exergue une dualité schizophrénique au sein de l’arsenal juridique national. D’un côté, le bloc de constitutionnalité garantit la liberté d’expression et le droit de grève ; de l’autre, des infractions dites « fourre-tout » permettent des détentions préventives disproportionnées. Pour Aubame, le véritable trouble ne vient pas des citoyens solidaires, mais de l’incapacité du pouvoir à répondre aux besoins fondamentaux du secteur éducatif. « Est-ce troubler l’ordre public que de réclamer des salaires impayés pour des enseignants ou de dénoncer des classes surchargées ? », s’interroge-t-il ainsi pour souligner la responsabilité des autorités.
Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle semble marquer une continuité avec les méthodes répressives que la Vème République était censée bannir. « La Vème République devait rompre avec ces pratiques ; elle les perpétue et les aggrave », constate avec amertume Francis Hubert Aubame. Il prévient que la radicalisation de la contestation et la rupture entre le pouvoir et la société civile sont les risques immédiats de cette stratégie. « Un pays qui emprisonne ceux qui défendent son école est un pays qui hypothèque son avenir », martèle-t-il avec force, dénonçant un mépris flagrant pour l’avenir de la jeunesse gabonaise.
Face à ce qu’il qualifie d’urgence démocratique, le Parti Souverainistes-Écologistes exige la libération immédiate et sans condition de Marcel Libama et de Simon Ndong Edzo. Francis Hubert Aubame appelle également à une réforme en profondeur pour encadrer strictement la notion de trouble à l’ordre public, afin qu’elle ne soit plus une arme de « terrorisme judiciaire ».
Il place ainsi le pouvoir devant un choix civilisationnel, rappelant que l’histoire jugera cette gestion de la crise scolaire. « Le Gabon veut-il être un État de droit ou un État de répression avec un beau maquillage de légalité ? », demande-t-il, laissant cette question résonner comme un défi lancé au sommet de l’État.
