En proposant le rétablissement de la peine de mort, Guy-Bertrand Mapangou, président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), a franchi une ligne rouge où la lucidité républicaine s’efface devant la brutalité populiste. Sa sortie, lors des vœux au chef de l’État le 8 janvier 2026, révèle une dérive inquiétante qui menace l’équilibre du Gabon. La société gabonaise est actuellement secouée par une recrudescence des crimes de sang, que l’opinion qualifie de « crimes rituels ».
Le meurtre atroce du petit Cameron Loko a plongé les familles dans une peur viscérale. Chaque jour, l’angoisse grandit face à une barbarie qui semble gangrener le pays. C’est dans ce climat de psychose que le président du CESEC, s’adressant au président Brice Clotaire Oligui Nguema, a évoqué avec gravité les appels populaires face à la « recrudescence de l’affreuse gangrène des crimes crapuleux, face aux enlèvements et meurtres sauvages d’enfants ».
Sans détour, il a suggéré la tenue d’un référendum pour rétablir la peine capitale. Cette proposition, bien qu’ancrée dans une émotion légitime, s’avère techniquement dangereuse. Le Gabon a aboli la peine de mort par la loi n°3/2010 du 15 février 2010, lui substituant la réclusion criminelle à perpétuité. En ignorant les engagements internationaux ratifiés en 2014, Mapangou expose le pays à un isolement diplomatique et à une régression majeure de son image de marque.
L’instrumentalisation de l’effroi au service d’un opportunisme politique
Pour un président d’institution censé éclairer l’exécutif par la raison, cette posture relève de l’émotion brute. Elle confirme un opportunisme qui semble sans limites. Ancien ministre de l’Intérieur puis de la Communication, Guy-Bertrand Mapangou connaît pourtant parfaitement les engagements de l’État. En choisissant d’instrumentaliser la détresse des familles pour manipuler l’opinion, il signe une intervention qui a profondément gêné les observateurs avertis.
L’ironie de cette proposition réside dans son aspect punitif sommaire. Celui qui prône aujourd’hui cette « République du talion » semble ignorer les dérives qu’une telle législation pourrait entraîner dans un système encore en quête de transparence. Le risque est réel de voir des innocents sacrifiés sur l’autel d’une justice expéditive. Au lieu de proposer des réformes structurelles pour la sécurité des citoyens, l’intervenant préfère agiter le spectre de l’échafaud, une solution de facilité qui ne règle en rien le problème de fond des réseaux de commanditaires.
La faillite d’un système face au culte de l’argent facile
La réalité est que la société gabonaise souffre d’un système de privilèges dévoyé. Les crimes de sang prospèrent là où une élite cupide pense pouvoir bâtir une réussite sur le meurtre plutôt que sur le mérite. La corruption et le népotisme ont engendré une caste prête à tout pour conserver ses avantages matériels. Si l’accès aux responsabilités reposait sur la compétence et le sacerdoce, si l’administration était bâtie sur une véritable méritocratie, ces crimes reculeraient d’eux-mêmes. Ces meurtres ne sont pas une fatalité culturelle, mais le symptôme d’une perte totale de repères moraux dans une société où l’ascension sociale semble parfois déconnectée du travail.
La méritocratie et la justice contre la tentation de la mise à mort
Le retour à la mise à mort n’est pas la solution. Aucune République sérieuse n’utilise ses institutions pour éliminer ses citoyens. La seule réponse viable réside dans une justice indépendante et ferme, capable de frapper les vrais commanditaires, y compris les intermédiaires occultes. Brice Clotaire Oligui Nguema a d’ailleurs rappelé avec force que la main de l’État ne tremblera pas devant les criminels.« Je réaffirme avec fermeté que l’État ne laissera pas impunis les auteurs de ces crimes et leurs commanditaires, quels qu’ils soient », a-t-il martelé.
Cependant, en instruisant clairement le président du CESEC d’initier cette consultation populaire, le chef de l’État ouvre une boîte de Pandore. Cette décision risque de transformer une émotion légitime en une confusion juridique périlleuse, mêlant homicides volontaires, crimes rituels et simples braquages sous le même couperet. La voie républicaine doit demeurer celle de l’éducation et de l’indépendance judiciaire. Il s’agit d’enseigner aux futures générations que la réussite s’acquiert par les études et l’effort, non par le crime.
Guy-Bertrand Mapangou, serviteur de longue date du régime déchu, n’a jamais brillé par une vision de développement, mais il trouve aujourd’hui la « brillantissime » idée de ramener le pays à une « République de la mort ». Cette proposition funeste trahit une absence de hauteur et expose le Gabon à l’opprobre. Le pays mérite une élite responsable, non des pulsions dictées par l’opportunisme.
