Dans une interview accordée à France 24 publiée ce 6 mars 2026, Sylvia Bongo tente de réécrire l’histoire. Racisme, victimisation, dénégations : l’ancienne Première dame du Gabon se pose en victime. Mais derrière cette mise en scène médiatique se dressent les faits, les témoignages du procès et surtout le souvenir d’un système de pouvoir qui a longtemps méprisé et traumatisé les Gabonais.
Dans cet entretien, lorsque le journaliste pose une question savamment orientée : « Est-ce que vous pensez qu’il y a un élément peut-être de racisme ? », Sylvia Bongo répond sans détour : « Oui, dès le départ. On m’a traitée de sale blanche ». Elle ajoute que son fils a été qualifié de « le fils de la sale blanche ».
Ces propos sont graves. Mais ils apparaissent pour le moins paradoxaux. Car si Sylvia Bongo dénonce aujourd’hui un prétendu racisme, beaucoup de Gabonais se souviennent d’un autre visage du pouvoir exercé pendant les années de règne de son époux, Ali Bongo Ondimba.
Pendant cette longue période, le premier cercle du pouvoir était largement constitué d’étrangers, tant dans l’entourage politique que dans les réseaux d’influence et de gestion économique. Toute leur intendance était concentrée et géré par les étrangers et même leurs cercles d’amis. Que cela soit Ali Bongo, Sylvia ou Noureddin Bongo Valentin, tous leurs amis proches étaient des étrangers, et le prouver est la chose la plus facile.
Profond mépris pour les élites nationales
Pour beaucoup d’observateurs, ce choix systématique relevait moins d’un simple cosmopolitisme que d’un profond mépris pour les élites nationales. Une forme de distance sociale et politique qui a nourri, au fil des années, un ressentiment populaire massif.
Lorsque Sylvia Bongo jouissait à outrance des richesses du Gabon, en ce moment le racisme ne figurait point. Rions.
La distance avec le pays apparaît d’ailleurs clairement dans leurs propres déclarations. Lorsque l’épouse d’Ali Bongo conclut en disant avec fierté : « Je ne retournerai jamais au Gabon », cela étonne peu de monde. Car pendant toutes ces années de règne sans partage, cette famille n’a jamais réellement montré d’attachement au pays ni à sa culture.
La même logique apparaît dans les propos de Noureddin Bongo. Dans un entretien accordé au magazine Le Point le 7 novembre 2025, il déclarait : « Aujourd’hui, nous ne pouvons pas physiquement retourner au Gabon ».
Plus révélateur encore, lors d’une interview exclusive accordée au média Brut Afrique en 2025, il affirmait depuis Londres : « I am very much British by spirit. » (Je suis très Britannique d’esprit.).
Tout est dit, tout est clair.
Le procès et la mécanique du pillage
Dans la même interview, l’ancienne Première dame nie catégoriquement les accusations de détournement de fonds. Pourtant, les éléments révélés lors du procès Bongo-Valentin dressent un tableau radicalement différent.
Les audiences ont mis au jour ce que plusieurs témoins ont décrit comme un système organisé de captation des ressources publiques. Selon de nombreux témoignages entendus à la barre, Sylvia Bongo donnait des instructions directes pour des virements vers des comptes privés, utilisant un réseau d’intermédiaires, d’émissaires et de gestionnaires financiers.
Plusieurs protagonistes ont reconnu devant les juges recevoir des instructions venant directement de Sylvia et de son fils. Dans un contexte où Ali Bongo, affaibli par la maladie, était largement absent de la gestion quotidienne, l’ancienne Première dame apparaissait comme le véritable centre de décision.
Une comédie politique
Parlant au nom d’un président diminué, usurpant parfois sa signature selon les accusations du dossier, Sylvia Bongo était devenue la vraie gestionnaire du Gabon.
Dans ces conditions, quand Sylvia parle aujourd’hui de racisme, cela ressemble à une diversion. Et lorsqu’elle nie les détournements, cela s’apparente pour beaucoup à une comédie politique.
Car une question demeure entière : comment justifier la fortune colossale accumulée au fil des années, entre comptes européens, propriétés de luxe et placements dans les paradis fiscaux ?
Les pleurs médiatiques et les tentatives de victimisation ne suffiront pas à effacer la mémoire collective. Car pour une grande partie des Gabonais, l’histoire est déjà écrite : celle d’un pouvoir familial qui a confondu État et patrimoine privé.
Et les interviews, aussi soigneusement mises en scène soient-elles, ne pourront pas effacer la vérité. Si Sylvia Bongo a versé les larmes de crocodile, la barbarie – subie par les Gabonais lors des 14 ans de leur règne – relève d’un fait implacable.