Le ciel s’assombrit au-dessus des derricks gabonais. Quatre jours seulement après le dépôt d’un préavis de grève générale illimitée par le Syndicat des employés, ex-employés et retraités du pétrole et activités connexes (SEERPAC), le 12 janvier dernier, sur la table de TotalEnergies, l’Organisation Nationale des Employés du Pétrole (ONEP) vient d’engager un bras de fer décisif. Le syndicat majoritaire a officiellement lancé un ultimatum aux principaux opérateurs du secteur, fixant au 31 janvier 2026 la date butoir avant un arrêt total des activités.
La rupture semble désormais consommée entre les partenaires sociaux. « La limite de la paix sociale, lorsque le dialogue social tend vers le dilatoire, est la grève », prévient d’emblée Sylvain Mayabi Binet, Secrétaire Général de l’ONEP, dans sa missive adressée aux directions générales. En s’appuyant sur le cadre légal, « l’article 379 du Code du Travail dispose que : « La grève est l’arrêt concerté du travail par un groupe de travailleurs en vue de soutenir des revendications professionnelles déjà déterminées auxquelles l’employeur n’a pas donné satisfaction » », rappelle l’organisation syndicale pour légitimer son action.
Le malaise dénoncé par les travailleurs n’est pas récent, mais semble avoir atteint un point de non-retour. « Malheureusement, environ deux ans après, vous n’y avez toujours pas donné satisfaction, malgré le climat social de plus en plus délétère », déplore le syndicat en s’adressant aux géants tels que Perenco, Assala ou Maurel & Prom. Pour l’ONEP, cette inertie prolongée est lourde de sens. « Cette attitude, qui traduit votre volonté de compromettre la paix sociale dans le secteur pétrolier et activités connexes, nous oblige à vous fixer un ultimatum au 31 Janvier 2026 à 23h 59min », assène le responsable syndical.
La fin du système des prestataires en ligne de mire
Au centre des revendications figure le sort des employés en prestation de service, que le syndicat souhaite voir régularisé sans délai. De manière claire, l’organisation attend « l’arrimage des salaires sur les grilles des sociétés utilisatrices, avec paiement rétroactif des sommes dues », ainsi que « le basculement auprès des sociétés utilisatrices des travailleurs remplissant les conditions légales et règlementaires ». Le syndicat refuse désormais toute défausse vers les autorités, soulignant que « la responsabilité de la satisfaction des revendications des travailleurs incombe à l’employeur, nonobstant l’accompagnement de l’Administration ».
Malgré la sévérité de l’ultimatum, l’ONEP se dit prête à encadrer le mouvement pour éviter tout incident majeur sur les sites. « L’ONEP se tient, d’ores et déjà, disponible pour tout besoin en rapport avec le service minimum », précise le courrier, tout en apportant une nuance de taille pour les installations critiques. « Compte tenu de la dangerosité des opérations d’enlèvement pétrolier, de forage et de Work over, le service minimum consistera à la sécurisation des installations et équipements y afférents », prévient le syndicat.
L’étau se resserre désormais autour des états-majors pétroliers à Port-Gentil. Entre le préavis du SEERPAC et l’ultimatum de l’ONEP, le secteur ne dispose plus que d’une poignée de jours pour désamorcer une bombe sociale dont le compte à rebours expire le 31 janvier à minuit. En rappelant que « la responsabilité de la satisfaction des revendications des travailleurs incombe à l’employeur », le syndicat majoritaire ôte toute issue de secours aux directions générales. Le silence n’est plus une option : soit les pétroliers ouvrent les vannes de la négociation salariale, soit ils s’exposent à une paralysie dont l’économie gabonaise, déjà sous tension, pourrait mettre longtemps à se remettre.
