Alors que le Burundi continue de justifier sa présence militaire en République démocratique du Congo (RDC) au nom de la « solidarité régionale », les réalités du terrain révèlent une guerre coûteuse, opaque et marquée par un lourd tribut humain. Depuis août 2022, près de 30 000 soldats burundais ont été envoyés combattre dans l’Est congolais, principalement contre le M23 et des groupes armés burundais. Mais derrière les chiffres officiels, c’est une tragédie silencieuse qui se dessine.
Les témoignages recueillis par SOS Médias Burundi décrivent des centaines de morts et de blessés, dont des officiers supérieurs, dans un conflit où aucune indemnisation n’est prévue pour les familles. Contrairement aux contingents burundais déployés en Somalie sous mandat de l’Union africaine, les soldats tombés en RDC ne laissent derrière eux ni compensation ni cérémonies de deuil officielles. Les familles dénoncent un abandon total, parfois même l’interdiction d’organiser des funérailles.
La guerre ne se limite pas au front. En décembre 2023, plus de 270 militaires ayant refusé d’être envoyés combattre le M23 ont été condamnés à de lourdes peines, certains à perpétuité. Sur le terrain, les troupes burundaises affrontent des conditions de combat précaires : manque de ravitaillement, équipements délabrés, retraits chaotiques par le lac Tanganyika. Des témoins décrivent des soldats affamés, démoralisés, rentrant au pays dans un état proche de celui des milices qu’ils étaient censés combattre.

Le déploiement burundais s’inscrit dans un conflit régional de plus en plus complexe. Le M23, allié à l’Alliance Fleuve Congo, contrôle désormais Goma, Bukavu et des sites miniers stratégiques. Kinshasa accuse Kigali de soutenir la rébellion, tandis que le Rwanda dénonce l’appui du Burundi aux FDLR. Malgré l’accord de Washington signé en décembre 2025, les combats se poursuivent, révélant l’échec des initiatives diplomatiques.
Face à ces réalités, les autorités burundaises adoptent un ton désinvolte. Le président Évariste Ndayishimiye a déclaré qu’« il est normal que des militaires burundais soient tués en RDC », tandis que le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, assure que les troupes restent présentes « parce que c’est presque chez nous ». Ce contraste entre la rhétorique officielle et les témoignages du terrain illustre une stratégie de dissimulation, où les sacrifices des soldats sont effacés au profit d’un discours de maîtrise militaire.
