Réélu avec 145 voix sur 146, Raymond Obame Sima entame un second mandat à la tête de l’Ordre des avocats du Gabon dans un climat d’unité retrouvée. À l’issue du scrutin du 20 décembre 2025, le Bâtonnier a livré une communication ferme, traçant les priorités d’un Barreau résolument tourné vers la rigueur et la défense de l’État de droit.
L’Assemblée générale élective a marqué un tournant. Candidat unique à sa propre succession, Raymond Obame Sima a vu sa confiance renouvelée pour deux ans. Une situation rare qu’il a lui-même soulignée. « De mémoire d’avocats, ce n’est pas souvent que pareille situation s’est produite au sein de notre Ordre », a-t-il déclaré.Cette élection apaisée contraste avec un passé récent marqué par des crises ouvertes, lorsque le Barreau se retrouvait « devant l’opinion publique englué dans un contentieux judiciaire », au point de nécessiter l’intervention du CTRI et du Gouvernement de la Transition pour ramener « la raison et la sagesse ».
L’unité confraternelle, un acquis fragile mais précieux
Pour le Bâtonnier, ce résultat est l’expression d’un effort collectif. « L’élection apaisée du Bâtonnier de ce jour, plébiscité par tous, est à mettre à l’actif de chacun d’entre vous », a-t-il lancé à l’endroit de ses confrères. Mais cette unité retrouvée appelle vigilance. « Cette voie libre que vous m’avez offerte ne devra pas se transformer en un Boulevard libertin », prévient-il.
Avec un Conseil de l’Ordre composé de 12 membres, il réaffirme la vocation républicaine du Barreau, appelé à « jouer pleinement » son rôle au sein de la Cité.
La santé des avocats érigée en priorité stratégique
Premier chantier clairement identifié : la santé des avocats. « La santé des Avocats doit être notre priorité parmi les priorités », insiste le Bâtonnier, appelant à rompre avec une culture du sacrifice professionnel excessif. « Un Avocat performant est d’abord un Avocat en bonne santé », rappelle-t-il, citant une sagesse populaire éloquente : « Si on ne donne pas du temps à notre santé, on sera forcé de trouver du temps à notre maladie ».
Une caravane médicale sera prochainement organisée à la Maison de l’Avocat.
Réforme du recrutement et autorité exclusive du Barreau
Autre chantier majeur : la révision de la loi régissant la profession, visant à moderniser le recrutement et à finaliser la création de l’École du Barreau. Le message est sans équivoque : « La maîtrise du Tableau de l’Ordre appartient au Barreau à titre exclusif ». « Nul ne sera inscrit par effraction », insiste-t-il.
Aucun passe-droit ne sera admis, y compris pour les avocats inscrits à l’étranger, conformément à l’article 19 de la loi. L’inscription demeure soumise à une étude rigoureuse des dossiers, « quelles que soient les affinités ici ou là ». « Le Barreau National du Gabon n’admettra aucune pression d’où qu’elle vienne ».
Sur les 72 dossiers en instance, le Conseil sortant a tranché : « 46 postulations ont été reçues avec succès », à l’issue d’enquêtes de moralité approfondies menées avec l’appui de la Direction générale des Recherches. Les prestations de serment sont imminentes.
Sessions criminelles et clarification des frontières professionnelles
Le Bâtonnier annonce également l’ouverture prochaine de discussions avec les autorités pour réformer l’organisation des sessions criminelles, jugée « anachronique ». Il s’agit de redonner aux avocats « dignité et respect » dans la prise en charge de la défense.
Enfin, Raymond Obame Sima réaffirme le positionnement du Barreau, « au-dessus de la mêlée », refusant toute querelle populiste et rappelant la nécessité de clarifier strictement les compétences entre professions juridiques. Citant Confucius, il conclut : « Pour que la Cité marche bien, il faut que chacun reste à sa place ».
Face aux dysfonctionnements persistants qui gangrènent la justice gabonaise — déficit d’indépendance, opacité, corruption endémique — et aux maux internes qui ont longtemps miné l’Ordre des avocats, l’institution, sous la conduite de Raymond Obame Sima, entend se redresser et demeurer un pilier de l’État de droit : disciplinée dans son organisation, ferme dans ses principes et intransigeante dans la défense des libertés
