L’audience d’installation tenue le 9 janvier 2026 a marqué un tournant institutionnel majeur pour le Tribunal de première instance de Libreville. En prenant officiellement la tête du Parquet, Dick Fabrice Boungou Mikolo, nommé lors du Conseil supérieur de la magistrature extraordinaire du 19 décembre dernier, a immédiatement tracé les contours d’une gouvernance judiciaire sans concession. Entre rappel des prérogatives légales et exigence d’éthique, le nouveau procureur de la République a décliné une feuille de route axée sur la restauration de l’autorité du ministère public.
Le nouveau maître des poursuites a d’emblée affiché sa détermination à incarner le rôle de « gardien de l’ordre public judiciaire ». Pour lui, cette fonction ne saurait être réduite à un simple relais administratif. Dick Fabrice Boungou Mikolo a rappelé avec force que le Procureur est avant tout « l’organe de mise en mouvement de la justice pénale », agissant comme le pivot essentiel entre la norme juridique, la réalité sociale et l’exigence de sécurité collective.
L’un des points d’orgue de son allocution a été l’interpellation directe des officiers de police judiciaire (OPJ) sur leur subordination technique. « Le Code de procédure pénale gabonais est sans ambiguïté : le Directeur de la police judiciaire est le procureur de la République », a-t-il martelé, précisant que cette autorité est « juridique, fonctionnelle et opérationnelle ». En clarifiant ainsi les rapports de force, il a signifié aux enquêteurs que leurs ordres doivent impérativement émaner de son autorité, excluant toute interférence administrative ou militaire dès lors que l’action judiciaire est engagée.
En finir avec l’informel dans la chaîne pénale
Cette quête de transparence se double d’une exigence de formalisme procédural. Le magistrat a insisté sur le fait que la loyauté institutionnelle ne dispense pas du respect des formes légales. « Lorsque les instructions sont requises, elles doivent être données par écrit, conformément à la loi », a-t-il ordonné, voyant dans cette mesure une protection indispensable pour la traçabilité des décisions et la sécurité juridique des acteurs de la chaîne pénale.
S’adressant à ses pairs, le procureur Boungou Mikolo a livré un plaidoyer pour une magistrature courageuse. Il a exhorté ses collègues à ne jamais se laisser influencer par les réseaux ou l’opinion, rappelant que l’indépendance est une charge morale. « Le magistrat ne doit être ni familier du pouvoir, ni prisonnier de la rue », a-t-il prévenu, avant d’inviter le même magistrat à avoir « le courage de ne pas avoir peur de perdre son poste, quand par ce courage, la justice y gagne ».
L’expérience du terrain au service des défis de la capitale
Cette culture de l’exigence s’appuie sur une trajectoire professionnelle exemplaire, dont chaque étape semble avoir forgé les armes nécessaires pour affronter les défis titanesques du Parquet de Libreville. De ses premières armes comme substitut à Franceville jusqu’à sa direction du Parquet de Port-Gentil, Dick Fabrice Boungou Mikolo a acquis une maîtrise de la réalité des dossiers sensibles et de la pression des grands centres urbains.
Son récent passage à la présidence de la chambre correctionnelle spécialisée de la Cour d’appel judiciaire de Libreville lui a offert le recul stratégique du siège, une expertise déterminante pour fluidifier aujourd’hui une chaîne pénale souvent critiquée pour ses lenteurs.
En retrouvant la conduite des poursuites, ce pénaliste total devra désormais traduire sa rigueur procédurale en résultats concrets : restaurer la confiance des justiciables de la capitale et garantir une réponse pénale aussi rapide qu’impartiale.


