Pour la première visite d’Emmanuel Macron au Gabon depuis l’arrivée du président Brice Clotaire Oligui Nguema à la tête du pays, nous sommes allés recueillir les avis de quelques personnalités gabonaises. Ci-dessous, ce qu’elles en pensent :
Geoffroy Foumboula Libeka (ancien député de la Transition, leader de la société civile)

Je ne comprends pas pourquoi l’arrivée d’Emmanuel Macron au Gabon devrait susciter un questionnement particulier. Pour moi, il est un président comme les autres, et sa venue relève simplement d’une visite d’amitié, un acte diplomatique normal. La France demeure certes un partenaire historique du Gabon.
S’agissant du partenariat gagnant-gagnant, il ne se décrète pas ; il se construit en fonction des priorités du Gabon. Sous la Transition, le pays a pu définir lui-même ses orientations. Dans les BTP, par exemple, plusieurs marchés reviennent désormais à des entreprises gabonaises, alors qu’autrefois, ce secteur semblait dominé par quelques sociétés françaises comme Colas.
Le Gabon diversifie aujourd’hui ses partenaires sans attendre l’aval de quiconque. La France reste un partenaire historique, en raison de notre passé commun et de l’influence culturelle encore visible, notamment à travers la langue française. Mais ce lien ne doit plus conditionner nos choix économiques. Le Gabon s’est affranchi de la domination économique française et coopère désormais avec une variété d’acteurs, dont de nombreux partenaires asiatiques. C’est donc à la France de s’adapter à cette réalité et de revoir son approche. De son côté, le Gabon poursuit sa diversification, valorise ses entreprises nationales et traite ses partenaires sur un pied d’égalité.
Pepecy Ogouliguende (femme leader et ancienne députée de la Transition)

Le coup de libération a marqué un réel désir de changement en matière de gouvernance, et je pense que le président français en est conscient. Il aura un autre regard sur notre pays, et les réalisations du président Brice Clotaire Oligui Nguema démontreront sa volonté manifeste de mettre l’accent sur le développement du Gabon.
La France demeure un partenaire historique du Gabon. Toutefois, avec la mondialisation et la période post-Transition, de nouveaux investisseurs arrivent dans le pays. Le partenariat gagnant-gagnant s’impose aujourd’hui, car la concurrence saine et loyale entre tous les partenaires est essentielle. Par ailleurs, les populations attendent la satisfaction de leurs besoins essentiels et le développement durable du Gabon. C’est la vision du président Brice Clotaire Oligui Nguema, matérialisée par son projet de société pour lequel il a été plébiscité, et qui guide notre essor vers la félicité.
Georges Mpaga (président du Conseil d’administration du Réseau des organisations libres de la société civile pour la bonne gouvernance au Gabon, sénateur élu)

Je partage pleinement la vision du président sur le renouveau des relations entre la France et le Gabon, qu’elles soient politiques, stratégiques ou économiques. Cela passe par la révision des anciens accords, souvent signés dans l’opacité et désavantageant le Gabon. Les compagnies extractives françaises, comme Total ou Eramet, doivent désormais se conformer aux standards de l’ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives, ndr), publier systématiquement leurs rapports et garantir la transparence sur la propriété réelle des entreprises. Il est essentiel de mettre en place un registre de propriété effective et de rendre publics les accords pétroliers, miniers et forestiers, pour que les citoyens puissent suivre le flux budgétaire et exercer un contrôle sur l’action publique.
Par ailleurs, la France doit coopérer avec la justice gabonaise pour le rapatriement des avoirs mal acquis placés dans ses banques. Ces fonds, issus de détournements et de corruption, doivent revenir au Gabon. En tant que démocrate gabonais et président du Conseil d’administration du principal réseau de bonne gouvernance, j’exige que des mécanismes efficaces de recouvrement soient mis en place. Notre objectif est clair : établir des accords gagnant-gagnant où la France, comme le Gabon, tire bénéfice de relations transparentes et équitables, tout en sanctionnant les pratiques économiques illégales du passé.
Gildas Awong (chercheur au CENAREST)

Nous attendons du séjour d’Emmanuel Macron que soient revisités les accords économiques, sociaux et militaires entre le Gabon et la France. Le pays a déjà commencé à revoir certains partenariats, notamment avec l’Union européenne dans le secteur de la pêche. Des ajustements sont également nécessaires au niveau de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique nord, ndr) et du Camp de Gaulle, où les effectifs militaires ont été réévalués. Le Gabon devient un pays stratégique en Afrique centrale, surtout à un moment où certains Etats de la sous-région ont tourné le dos, et Paris ne peut pas se permettre de perdre cette coopération. Au-delà de la sécurité et des partenariats, il est important que le président gabonais aborde avec Emmanuel Macron la question fiscale : les entreprises françaises doivent contribuer aux recettes de l’État. Ces ressources pourraient renforcer le développement national et soutenir le dynamisme économique du pays. Il s’agit donc de profiter de cette visite pour clarifier les relations, réévaluer les accords et instaurer une coopération véritablement gagnant-gagnant.
Mark Malekou (homme politique)

Le Gabon reste encore largement sous l’influence de la France, malgré l’indépendance proclamée en 1960. Politiquement, aucun dirigeant n’aurait accédé au pouvoir sans l’appui français. Economiquement, plus de 80 % des ressources naturelles sont exploitées par des groupes étrangers. Monétairement, l’utilisation du franc CFA limite la souveraineté économique. Et, militairement, la présence d’instructeurs étrangers affaiblit l’autonomie nationale. Cette dépendance partielle empêche le Gabon de devenir pleinement maître de son destin.
Pour changer cette situation, il faut réévaluer les relations avec la France et reprendre le contrôle des leviers politiques, économiques, monétaires et militaires. La reconquête de la souveraineté totale apparaît comme le préalable indispensable pour bâtir un Gabon véritablement indépendant et capable de définir lui-même son avenir, tout en préservant un partenariat équilibré avec les pays amis.
Recueillis par Darelle Mamba, Douglas Mamboundou & Andréa Ontsuma
