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Isaac John fracasse Raoul Christophe Bia

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Une mise en garde de Raoul Christophe Bia au pasteur activiste ivoirien Camille Makosso sur son implication dans la politique camerounaise a provoqué, par ricochet, une vive réaction au Gabon. Pour Isaac John, Bia est mal placé pour donner des leçons de non-ingérence.

Le point de départ est une vidéo publiée par Bia sur TikTok. Le journaliste y revient sur des messages vocaux adressés à Camille Makosso. « …les voice que j’avais envoyé à Makosso lui demandant de ne pas se mêler de la politique interne de notre pays », explique-t-il, avant de préciser : « viens au Cameroun faire la découverte touristique, ne te mêle pas de politique interne. Ne te mêle pas des problèmes internes du Cameroun ». L’interdiction est formelle, brute, sans nuance ni condition. Makosso est invité à visiter le pays en touriste, à regarder, à admirer, mais à se taire sur tout ce qui touche à la vie politique camerounaise. Pas de commentaire. Pas d’avis. Pas de prise de position. La règle est posée comme une évidence, presque comme un principe de souveraineté que nul ne saurait discuter.

Dans la même séquence, Bia interpelle son compatriote Steve Fah et demande : « Est-ce que Steve Fah tu avais à dire ça à Makosso qui est un étranger ? » Tout repose sur un mot : « étranger ». C’est le cœur du raisonnement de Bia. Makosso est étranger, donc il doit se taire. Le statut fait office d’argument. Il tient lieu de preuve, de démonstration et de verdict. L’étranger n’a pas à juger, pas à critiquer, pas à s’immiscer. Il visite, il repart, il se tait.

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Le boomerang gabonais

Pour nombre de Gabonais, le problème n’est pas le différend stupide entre Bia, Steve Fah et Camille Makosso, mais la posture adoptée par le premier. Celui qui demande à un étranger de ne pas se mêler de la politique camerounaise est-il lui-même fondé à donner cette leçon ?

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C’est sur ce terrain qu’Isaac John porte la réplique. Dans une publication Facebook, il retourne contre Bia l’argument de la réciprocité. « Si vraiment il faut employer la réciprocité, ce cancre doit être interdit au Gabon. », écrit-il. Il poursuit : « Pire encore lorsqu’il est accepté par le cercle restreint du président du Gabon, c’est un grand danger. »

Isaac John oppose ensuite la place supposée de Bia au Cameroun à l’accueil dont il bénéficierait. Il affirme qu’au Cameroun, celui-ci « n’approche même pas le chien du palais d’Etoudi dans les enclos réservés à ces derniers », alors qu’au Gabon, « il entre à la présidence, parle au président, insulte les activistes Gabonais, se moque des Gabonais, fais même partie du cortège présidentiel mais pas qu’une seule fois ».

Le contraste est ainsi posé : le camerounais Bia reproche sans sourciller  à Makosso de s’intéresser aux affaires camerounaises tout en intervenant lui-même dans le débat politique gabonais.

Le vrai procès de Bia

La charge d’Isaac John dépasse donc le seul cas Makosso. Bia n’a jamais dissimulé ses prises de position sur la politique intérieure gabonaise. Il revendique son soutien à Brice Clotaire Oligui Nguema et intervient régulièrement dans les controverses opposant le pouvoir à ses adversaires.

Ses publications sociales témoignent d’un registre marqué par l’invective, les menaces et les attaques. La question devient alors celle de la cohérence : pourquoi exiger d’un étranger ce que l’on s’autorise soi-même ailleurs ? « Aujourd’hui il reproche à son collègue voyou Camille Makosso de s’ingérer de la politique pitoyable du Cameroun, cependant il s’en met plein les poches en faisant pire au Gabon. C’est vraiment déplorable », conclut Isaac John. Oui, Bia fait au Gabon ce qu’il reproche à d’autres de faire au Cameroun, et ses propres vidéos, toujours accessibles sur les réseaux sociaux, en portent témoignage. Elles donnent à voir, à travers ses prises de parole publiques, un registre résolument militant : attaques verbales contre des opposants à Oligui Nguema, invectives contre des activistes qui contestent le pouvoir et interventions répétées dans les querelles politiques gabonaises. À l’évidence, la frontière entre journaliste, communicant et activiste semble, dans son cas, singulièrement brouillée. Comment, dès lors, peut-il reprocher à Camille Makosso de se mêler de politique lorsqu’il s’autorise lui-même à en faire un terrain d’intervention permanent au Gabon ?

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L’éthique ne connaît pas de frontière

Au-delà de la polémique, cette affaire soulève une question d’éthique. Lorsqu’un journaliste devient identifié au soutien ou à la communication d’un chef d’État, ses mots et son comportement peuvent rejaillir sur l’image de celui qu’il soutient.

Brice Clotaire Oligui Nguema veut incarner une séquence politique fondée sur l’exemplarité et le sérieux. Ses soutiens devraient mesurer la portée de leurs interventions.

Isaac John n’a peut-être pas tort sur un point : « Si vraiment il faut employer la réciprocité, ce cancre doit être interdit au Gabon. Pire encore lorsqu’il est accepté par le cercle restreint du président du Gabon, c’est un grand danger. » La formule est violente. Mais la question demeure : Oligui Nguema peut-il continuer à associer son image à un personnage dont les sorties publiques semblent brouiller la frontière entre communication politique, militantisme et polémique ? La réponse est sans appel : NON. Le journalisme reste soumis à une éthique et à une déontologie. Défendre l’image d’un président devrait commencer par l’exemplarité. Et l’exemplarité consiste aussi à ne pas interdire à autrui ce dont on est soi-même le champion.

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