Les résultats de l’enquête sur la santé en milieu scolaire dressent un tableau préoccupant de la situation des élèves au Gabon. Réuni le 8 octobre 2026 à Libreville, sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, le Conseil des ministres a pris acte de ces conclusions et marqué son accord pour l’inscription du programme national d’assainissement scolaire « École ZEN » dans la programmation budgétaire du Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030. Entre détresse psychologique, comportements à risque, violences et insuffisances sanitaires, le diagnostic pose une question essentielle : comment transformer ces constats en améliorations concrètes des conditions de vie et d’apprentissage ?

Conduite à partir d’octobre 2024 par les ministères de l’Éducation nationale et de la Santé, avec l’appui de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’enquête met en évidence plusieurs vulnérabilités qui appellent une attention particulière.
Le volet consacré à la santé mentale constitue l’un des principaux signaux d’alerte. Selon les résultats présentés dans le communiqué final, 74,3 % des élèves interrogés déclarent éprouver un sentiment de solitude, tandis que 64,3 % signalent des troubles du sommeil. Plus préoccupant encore, 22,7 % affirment avoir sérieusement envisagé de se suicider. Ces proportions soulignent l’importance de la prévention, de l’écoute et de l’accompagnement psychologique dans le parcours scolaire.


Les comportements à risque et les difficultés sociales complètent ce tableau. Au cours du mois précédant l’enquête, 21,2 % des élèves ont consommé de l’alcool. Par ailleurs, 39,7 % des jeunes âgés de 13 à 17 ans déclarent avoir déjà eu des rapports sexuels. À ces situations s’ajoute l’insécurité alimentaire : 29,5 % des élèves indiquent en faire l’expérience à domicile.
La santé physique n’est pas épargnée. Près de la moitié des élèves concernés par l’enquête, soit 47,8 %, déclarent avoir subi au moins une blessure grave au cours des douze derniers mois. Autant d’indicateurs qui invitent à considérer la santé scolaire dans toute sa complexité, au-delà des seules questions d’hygiène ou de prise en charge médicale.
Violences et insuffisances sanitaires : l’école face à ses responsabilités
Le climat scolaire constitue un autre point de vigilance. L’enquête révèle que 17,9 % des élèves déclarent avoir été victimes de violences ou de harcèlement à l’école, tandis que 9,9 % signalent des situations de cyberharcèlement. Ces données mettent en lumière la nécessité de renforcer la prévention, la protection des apprenants et les mécanismes de signalement, afin que les établissements demeurent des espaces d’apprentissage et de sécurité.
À ces difficultés s’ajoutent des insuffisances matérielles qui limitent les capacités de réponse des structures éducatives. Selon le communiqué, moins d’un tiers des établissements disposent d’un mécanisme formalisé de prise en charge sanitaire. Les déficits concernent également l’accès à l’eau potable, l’assainissement, les équipements sanitaires et les dispositifs de lavage des mains.
Ce constat rappelle que la santé des élèves ne dépend pas uniquement de leurs comportements individuels. Elle est aussi liée à l’environnement dans lequel ils étudient, aux infrastructures disponibles et à la capacité des établissements à prévenir les risques ou à orienter les jeunes confrontés à des difficultés.
La réponse exige donc une approche coordonnée associant les administrations compétentes, les équipes éducatives, les acteurs sanitaires et les partenaires concernés. Prévenir les violences, repérer les situations de détresse, promouvoir les comportements favorables à la santé et améliorer les conditions d’hygiène constituent autant de leviers complémentaires.

« École ZEN » : une ambition désormais confrontée à l’épreuve des résultats
Face à ce diagnostic, le ministère de l’Éducation nationale et de l’Instruction civique a sollicité du Conseil des ministres, qui a marqué son accord, pour inscrire le programme national d’assainissement scolaire « École ZEN » dans la programmation budgétaire du PNCD 2026-2030, au titre des missions « Éducation » et « Cohésion sociale ».
La décision prévoit également la mobilisation des partenaires techniques et financiers ainsi que l’élaboration des textes réglementaires nécessaires à la mise en œuvre du programme. Les autorités entendent ainsi faire d’« École ZEN » un levier transversal de valorisation du capital humain, de cohésion sociale et de sécurité, en cohérence avec les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Cette orientation inscrit la question de la santé en milieu scolaire dans une perspective plus large de développement humain. Elle reconnaît, en filigrane, qu’un système éducatif performant ne saurait se limiter à la transmission des connaissances et à l’évaluation des acquis. Il doit également offrir aux apprenants un environnement sain, protecteur et propice à leur épanouissement.
Toutefois, l’inscription du programme dans la planification budgétaire ne constitue qu’une étape. La portée de cette décision dépendra de sa traduction en actions effectives, de la mobilisation des financements nécessaires et de la capacité à répondre aux besoins réels des établissements. L’élaboration des textes réglementaires devra notamment permettre de préciser les modalités de mise en œuvre et les responsabilités des différents intervenants.
Du diagnostic à l’action, le défi de la santé scolaire
Les chiffres présentés au Conseil des ministres du 8 octobre 2026 rappellent ainsi l’ampleur des enjeux liés à la santé des élèves au Gabon. Ils appellent une réponse qui articule prévention, accompagnement psychologique, protection contre les violences et amélioration des infrastructures sanitaires.
Pour « École ZEN », le véritable test ne résidera donc pas seulement dans son inscription parmi les priorités nationales, mais dans sa capacité à modifier durablement le quotidien des apprenants. Car derrière chaque pourcentage se trouvent des élèves dont la santé, la sécurité et les conditions de vie influencent le parcours scolaire.
L’ambition est désormais posée : faire de l’école un espace où apprendre ne signifie plus seulement acquérir des connaissances, mais aussi grandir dans un environnement sain et protecteur. Reste à faire de cette ambition une réalité, établissement après établissement.












