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Gabon : L’ARTF, d’une administration de régulation à un jardin zoologique ?

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Créée par ordonnance en février 2010, l’Autorité de régulation des transports ferroviaires (ARTF) est une autorité administrative indépendante. Sa mission régalienne consiste à réguler, contrôler et arbitrer le fonctionnement de l’ensemble du réseau ferroviaire gabonais. Pourtant, cette noble ambition est aujourd’hui portée par une direction en total déphasage avec les attentes des pouvoirs publics.

Comme le veut le principe militaire : « À chaque mission, des hommes et des moyens ». L’avènement de la nouvelle équipe dirigeante de l’ARTF, en décembre 2024, avait été perçu comme l’amorce d’une révolution positive pour le secteur ferroviaire national. Mais le « casting » des personnalités choisies semble avoir trahi l’ambition de l’État. S’il est avéré que les plus hautes autorités ont la volonté d’investir dans ce secteur clé, des influences exogènes freinent cet élan. L’ARTF n’échappe pas à cette gangrène, qui ressemble désormais à un sabordage des politiques publiques de prospérité partagée.

Une erreur de casting flagrante

Aujourd’hui, l’opinion publique s’interroge légitimement sur le choix de l’équipe dirigeante de l’ARTF, et particulièrement sur son chef de file. Comment admettre, dans un pays regorgeant d’experts et de techniciens, que la régulation du chemin de fer soit confiée à un vétérinaire à la retraite ? La nomination du Dr Adrien Moukabi à la tête de l’ARTF apparaît comme une anomalie dont les conséquences sont perceptibles au quotidien. Agents et usagers peinent à voir la plus-value qu’un spécialiste de la santé animale peut apporter au transport ferroviaire. Aucune vision stratégique à court, moyen ou long terme n’est aujourd’hui perceptible, rendant illusoire tout redressement de la situation financière de l’autorité.

Opacité et clientélisme

Le Secrétaire Exécutif semble diriger l’institution dans une opacité digne d’un « jardin zoologique ». Les salaires sont payés de manière sporadique et, semble-t-il, « à la tête du client ». Ce climat favorise un clientélisme exacerbé au détriment de l’efficacité du service. Tout en s’appuyant sur des partenaires sociaux censés défendre les agents, mais devenus de simples laudateurs, Adrien Moukabi s’enferme dans une gestion scabreuse.

Pour maintenir ce système, il s’appuie sur l’agent comptable Modeste Ze Zoula. Ce dernier, en poste depuis 2019, a été promu par le Secrétaire Exécutif au rang de conseiller financier stratégique et d’ordonnateur des fonds, se bâtissant, disent ses contempteurs, un véritable empire financier en six ans de présence.

La direction technique n’est pas en reste. Elle est occupée par Landry Nziengui, transfuge de la Setrag et de la Comilog, où ses états de service n’auraient pas laissé de souvenirs impérissables. L’adage « au pays des aveugles, les borgnes sont rois » prend ici tout son sens : dans une administration de 160 salariés dédiée au contrôle des normes du Transgabonais, on ne compte que trois techniciens ferroviaires. Dans ce désert de compétences, le directeur technique fait figure de savant auprès d’un vétérinaire dépassé par les enjeux.

Une mise à l’écart des compétences

Le cas de l’ARTF dépasse l’entendement. Comment justifier qu’un vétérinaire, censé jouir de sa retraite, bénéficie d’une telle « prolongation » dans un domaine qui n’est pas le sien, au détriment de cadres chevronnés ?

Plus grave encore, la gestion actuelle semble écarter les personnalités les plus compétentes du Conseil de régulation, à l’instar de son président, le diplomate François Banga Eboumi, du vice-président Agondjo ou du secrétaire exécutif adjoint Luc Aymard Bouyela. Sous l’influence de certaines « mains noires », l’ARTF risque de muter définitivement en ménagerie administrative.

Un appel à l’action des autorités

La conséquence immédiate de ce naufrage managérial est la grogne croissante des opérateurs économiques, victimes d’un arbitraire flagrant de la part de celui qui devrait être le « gendarme » du secteur. Les plus hautes autorités, au premier rang desquelles le président de la République, chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema ainsi que le ministre des Transports, se doivent de réajuster le tir. Il est urgent d’agir pour réaffirmer la puissance de l’État dans le secteur ferroviaire, pilier essentiel du développement minier et économique du Gabon en 2025.

Contactée par nos soins, une source proche du Secrétaire exécutif estime que « le Dr Adrien Moukabi ne s’est imposé nulle part. Il a été nommé en Conseil des ministres au regard de ses compétences avérées. Il est donc à sa place. Maintenant, si quelqu’un estime le contraire, qu’il attende le prochain Conseil des ministres pour le limoger. Point final ».

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