Le porte-parole de la présidence, Théophane Nzame-Nze Biyoghe, a tenu ce 21 janvier une conférence de presse pour éclairer l’opinion sur la réponse de l’État aux tensions sociales qui paralysent le pays. Entre les classes vides, les hôpitaux sous pression et une insécurité urbaine persistante, les Gabonais subissent les répercussions de crises structurelles accumulées depuis des décennies. Le gouvernement a détaillé une série de mesures progressives touchant à l’éducation, la santé et la sécurité, tout en plaidant pour un apaisement nécessaire à la mise en œuvre de ces réformes. Chaque secteur fera l’objet d’un suivi rigoureux afin que les annonces se traduisent concrètement dans le quotidien des citoyens.
Le front de l’éducation nationale reste sans doute le plus inflammable de la période actuelle. Alors que le ministère de l’Éducation nationale avait annoncé une reprise des cours pour le lundi 19 janvier, après une concertation entre le chef de l’État et les acteurs du secteur, les établissements sont demeurés déserts. Ce maintien du mouvement de grève traduit une lassitude profonde des enseignants qui dépasse le simple cadre de la revendication salariale. « Personne ne prend plaisir à ce que les enseignants se plaignent », a d’ailleurs reconnu d’emblée Théophane Nzame-Nze Biyoghe. La Présidence assure toutefois que le processus avance, rappelant que la commission tripartite travaille sur les revendications bien avant l’intervention de Brice Clotaire Oligui Nguema, laquelle est venue apporter un cadrage politique décisif.
Un calendrier de régularisation pour l’école et la santé
Dès le mois de février 2026, des mesures concrètes devraient entrer en vigueur, notamment la mise en solde intégrale des sortants d’écoles et la régularisation de 4 000 situations administratives. Ces annonces visent à débloquer des carrières et des revenus gelés depuis trop longtemps. Si le président de la République concède la légitimité de ces attentes, il n’hésite pas à les imputer à ce qu’il qualifie de « gestion calamiteuse de longue date ». Les effets financiers étant techniquement liés au calendrier des soldes entre le 5 et le 10 de chaque mois, les autorités appellent à la patience et à une reprise immédiate des cours en attendant l’échéance de février.
Le secteur de la santé fait également l’objet d’une attention particulière pour éviter une contagion de la contestation. Les échanges entre le chef de l’État et les représentants du personnel soignant ont exposé les plaies du système : précarité de la main-d’œuvre, gouvernance défaillante et obsolescence de certains plateaux techniques. Pour y remédier, l’exécutif annonce la réactivation du Conseil national de la santé et la création d’une Haute Autorité de la Santé, destinée à garantir la performance et la qualité des soins. Une commission tripartite sera, là aussi, instituée pour assurer le suivi des engagements et veiller à la mise en œuvre des réformes structurelles attendues par les praticiens.
Le renforcement de l’autorité de l’État et de la sécurité
Sur le volet de la sécurité, le ton se veut plus martial et opérationnel. Le gouvernement renforce les moyens mobiles des forces de l’ordre, tout en insistant sur le fait que la police ne peut agir seule sans un relais efficace de l’appareil judiciaire. Le chef de l’État avait d’ailleurs averti que la justice ne saurait demeurer « un simple spectateur », soulignant la nécessaire coordination entre les services d’enquête et les tribunaux. Signe de cette accélération, le général de corps d’armée Serge Hervé Ngoma a réceptionné, le 19 janvier à Owendo, une vingtaine de véhicules pick-up destinés à intensifier les patrouilles de terrain et la lutte contre la criminalité urbaine.
Le porte-parole a réitéré la volonté de l’exécutif de rompre avec les pratiques anciennes pour restaurer la confiance des citoyens. « Le vœu du président de la République est de débarrasser le Gabon de toutes les tares que nous avons entretenues des années durant », a martelé Théophane Nzame-Nze Biyoghe. Le succès de ce plan d’urgence dépendra désormais de la capacité du gouvernement à transformer ces promesses en réalités tangibles pour le quotidien des populations gabonaises, particulièrement dans les zones les plus précarisées.
