Frapper le crime au portefeuille. C’est l’objectif de la 2e conférence des parquetiers qui se tient jusqu’au 4 avril à l’Ecole nationale de la magistrature de Libreville. Sous l’égide du ministre de la Justice, Augustin Emane, les magistrats gabonais structurent une riposte inédite pour que l’enrichissement illicite ne reste plus impuni.
L’ambition est de transformer la sanction pénale en efficacité financière. « Cette conférence est l’aboutissement d’une réflexion collective entreprise après le procès de la “Young Team” en novembre 2025 », a martelé Eddy Minang, procureur général près la cour d’appel. Son crédo ? « Construire une justice où le crime ne paie plus. »
Le souvenir des saisies records de 2025 sert de catalyseur. Voitures de luxe, montres de prix, villas somptueuses et, surtout, cette résidence londonienne estimée à plus de 44 milliards de francs CFA attribuée à l’ex-Première dame Sylvia Bongo Valentin. Ces chiffres vertigineux imposent aujourd’hui une mise à jour des procédures de détection, de gel et de confiscation.

Une coalition contre la délinquance financière
Pour muscler cet arsenal, la chaîne pénale se mobilise avec le soutien du PNUD et de l’ambassade de France. Experts de l’ANIF (Agence nationale d’investigation financière), banquiers, huissiers et forces de sécurité croisent leurs expertises. « L’ambassade suit de près les dossiers d’entraide pénale entre le Gabon et la France », a d’ailleurs rappelé Annick Dienner, représentante de la diplomatie française, réitérant son appui logistique et technique.

Pour le parquet général, l’action publique doit désormais suivre une ligne directrice stricte : traquer le produit du crime jusqu’au bout. « La justice pénale retrouvera sa portée en ne se limitant pas à la personne du condamné, mais en s’attaquant aux ressources issues de son activité illicite », estime Eddy Minang.
L’enjeu de ces assises dépasse le cadre théorique. Les acteurs judiciaires attendent désormais des outils opérationnels capables de transformer ces réflexions en résultats tangibles. Une nouvelle doctrine s’installe au palais de justice : condamner est nécessaire, saisir est indispensable.


