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Gabon : À l’ère de la Vᵉ République, la dignité des aînés érigée en priorité nationale

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Le Gabon a célébré, ce 1er octobre 2026, la toute première édition de la Journée nationale du retraité et de la personne âgée (JNRPA). Consacré par le décret présidentiel du 11 septembre dernier, cet événement marque l’avènement d’une reconnaissance institutionnelle inédite. Au Palais des congrès Omar Bongo Ondimba de Libreville, la cérémonie d’ouverture, présidée par le Vice-président du Gouvernement Hermann Immongault, a réuni des membres de l’exécutif, des diplomates et des centaines d’aînés venus témoigner de ce que beaucoup considèrent déjà comme un nouveau chapitre majeur de la politique sociale gabonaise.

Placée sous le thème évocateur du « Bien-être du retraité et de la personne âgée à l’ère de la Vᵉ République », cette journée ambitionne de faire de la dignité des aînés une responsabilité collective et pérenne. Pour le Gabon, il ne s’agit plus seulement de fêter la vieillesse, mais de l’ériger en priorité de l’action publique. Vieillir n’est pas sortir de la société, mais y changer de place. Après avoir travaillé, élevé des enfants et contribué à bâtir la communauté, l’aîné reste un dépositaire d’expériences dont la nation peut encore tirer profit.

Rompre avec l’isolement : le cri du cœur des aînés

C’est à Aziz Inanga, porte-voix des retraités, qu’est revenu l’honneur d’ouvrir le bal des allocutions. Dans une prise de parole empreinte d’émotion, elle a immédiatement recentré les enjeux de cette célébration. « La retraite est trop souvent perçue, à tort, comme un crépuscule ou une sentence exécutoire », a-t-elle déploré, devant une assemblée suspendue à ses mots.

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Les agents de la CNSS avec en tête le Dr Olivier Rebienot Pellegrin lors de la JNRPA.
Les agents de la CNSS avec en tête le Dr Olivier Rebienot Pellegrin lors de la JNRPA.

Rappelant la valeur inestimable de cette génération, elle a martelé : « Les retraités constituent le socle vivant de notre nation. Ils en sont les fondations, les bâtisseurs d’hier, les gardiens de notre mémoire collective et la boussole morale de notre société. »

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Pour les nombreux anciens installés dans la salle, ces paroles ont résonné comme un baume sur de vieilles blessures. Saluant le volontarisme du gouvernement de transition, Aziz Inanga a rappelé un principe philosophique fort : « Le développement d’un pays se mesure à la dignité qu’il accorde à ses aînés. C’est comprendre que notre bien-être n’est pas une faveur, mais un devoir de mémoire, un acte de justice sociale et le repère de notre humanité. »

Cette reconnaissance pose une question essentielle : quelle place une société réserve-t-elle à ceux qui l’ont construite ? Au-delà des pensions, des soins et des transports, c’est une question de dignité et de respect envers une génération qui a contribué à bâtir celle qui lui succède.

Un défi démographique validé par l’ONU

Cette vision nationale s’inscrit en droite ligne des standards internationaux. Présente à la cérémonie, la représentante du système de l’Organisation des Nations Unies (ONU) a tenu à saluer l’alignement du Gabon sur le calendrier mondial, la JNRPA coïncidant désormais avec la Journée internationale des personnes âgées.

Selon la diplomate onusienne, l’allongement de l’espérance de vie est une victoire indiscutable du développement humain, le fruit direct des progrès accomplis dans la santé, la nutrition et la protection sociale. Toutefois, elle a mis en garde contre l’immobilisme : « Une société qui gagne en longévité doit être une société qui se prépare. Elle doit anticiper les transformations démographiques à venir et mettre en place des politiques publiques capables de garantir à tous une vieillesse digne, active, en bonne santé et sécurisée. »

Un « tournant institutionnel majeur » impulsé par le sommet de l’État

Ce message d’anticipation, le gouvernement gabonais affirme l’avoir pleinement intégré. Prenant la parole à son tour, Armande Longo-Moulengui, ministre des Affaires sociales, de la Protection de l’enfance et de la femme, a souligné la portée historique de l’événement. « Ce 1er octobre n’est plus une date ordinaire pour notre pays. Il marque un tournant institutionnel majeur », a-t-elle affirmé.

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La ministre a rappelé que ce cadre légal est né d’un décret adopté en Conseil des ministres le 25 juin 2026, sous l’impulsion directe du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. « En arrimant notre calendrier national à celui de l’ONU, notre pays pose un acte de reconnaissance solennelle envers ceux qui ont consacré leur vie à bâtir la terre de nos ancêtres », a-t-elle ajouté. Pour illustrer son propos, la ministre a convoqué Victor Hugo : « Les vieillards sont des enfants dont on a oublié l’âge, mais qui se souviennent de tout. »

Au-delà de la symbolique, la ministre des Affaires sociales conçoit cette journée comme un puissant « trait d’union entre les générations », un espace de transmission où les plus jeunes s’inspirent de l’expérience de leurs aînés pour poursuivre la construction du pays.

La vieillesse ne devrait pas être pensée uniquement sous l’angle de la prise en charge. Les aînés possèdent aussi un précieux patrimoine immatériel : savoir-faire, mémoire, valeurs et expériences, qu’ils peuvent transmettre aux générations suivantes, faisant ainsi de la vieillesse non seulement un temps de vie, mais aussi de transmission et de contribution à l’œuvre collective.

Des réformes structurelles pour pérenniser les pensions

Clôturant la série des interventions, le Vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, a prononcé un discours axé sur la responsabilité d’État. « La cérémonie qui nous réunit aujourd’hui nous invite à porter nos regards vers toutes celles et tous ceux qui ont servi notre nation et qui méritent à leur tour de recevoir le respect, la considération et la reconnaissance qui leur sont dus », a-t-il déclaré.

S’appuyant sur les Saintes Écritures (Proverbes 16:31), il a rappelé que « les cheveux blancs sont une couronne d’honneur », avant d’ajouter avec gravité : « L’âge n’est pas une charge, mais plutôt une couronne de sacrifices, d’expériences, de combats et de victoires. Parfois de blessures silencieuses que seule une société reconnaissante peut comprendre. »

Fidèle à la doctrine de la Vᵉ République qui place l’humain au centre de son action, Hermann Immongault a insisté sur le fait que la solidarité n’est pas une aumône, mais un devoir collectif. Il a profité de cette tribune pour dresser un bilan concret des réformes structurelles touchant les deux principaux organismes de prévoyance sociale du pays :

À la CPPF (Caisse des Pensions et des Prestations Familiales) : Le règlement de 66 milliards de FCFA d’arriérés de pensions sur la période 2024-2025 et l’arrimage des pensions au nouveau système de rémunération. L’objectif, à terme, est de transformer la caisse en un investisseur institutionnel pour sanctuariser le paiement des pensions publiques.

À la CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale) : Les réformes amorcées en décembre 2025 portent leurs fruits. La trajectoire financière devrait permettre de rééquilibrer les comptes d’ici la fin 2027, garantissant ainsi une revalorisation future des retraites pour les secteurs privé et parapublic.

Derrière les milliards de francs CFA et les réformes administratives, il y a surtout des vies humaines. Une pension versée à temps, c’est un repas assuré, des soins payés, des petits-enfants scolarisés et, pour l’ancien, la sérénité après des années de service. La protection sociale prend tout son sens lorsqu’elle devient une réalité vécue plutôt qu’une simple donnée comptable.

Au-delà du symbole, le défi de l’effectivité

Dans les rangs des retraités présents au Palais des congrès, l’enthousiasme était palpable. Pour beaucoup, cette journée met fin à des années de sentiment d’abandon et fait renaître l’espoir d’une prise en compte réelle de leurs difficultés quotidiennes (accès aux soins, pouvoir d’achat, transports).

Cette première édition de la JNRPA réussit son pari symbolique : elle impose un changement de regard radical sur le vieillissement au Gabon. En inscrivant la protection des aînés dans le marbre institutionnel, les autorités publiques envoient un signal fort. Reste désormais le plus difficile : traduire ces hommages vibrants et ces promesses de réformes en améliorations concrètes et quotidiennes pour les cheveux blancs du pays.

Une nation ne grandit pas seulement par ses routes, ses écoles ou ses richesses, mais aussi par la manière dont elle considère ceux qui l’ont précédée. Accorder aux aînés une place digne, c’est rappeler aux générations présentes qu’elles seront, à leur tour, les aînées de demain.

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