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Entretien avec Blaise Mvou : « Le miel du Gabon n’a rien à envier aux produits importés »

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Vingt-deux ans d’expérience, une centaine de ruches et un savoir précieux à transmettre. A Okondja, Blaise Mvou incarne une apiculture gabonaise encore artisanale, mais pleine de promesses. A condition, selon lui, que la jeunesse s’en saisisse et que l’État structure enfin la filière.

Gabon Clic : Monsieur Mvou, qu’est-ce qui vous a poussé à parier sur l’apiculture au Gabon, une filière qui manque encore cruellement de structuration ?

Blaise Mvou : Je pratique l’apiculture depuis 22 ans. C’est un héritage. J’ai grandi dans cet univers aux côtés de mon père. J’ai d’abord appris sur le terrain, avant de consolider mes acquis par des formations et des échanges techniques. Ce qui n’était au départ qu’une tradition familiale est devenu une véritable passion. J’ai vite compris qu’au-delà de la simple récolte du miel, le Gabon possède un potentiel mellifère exceptionnel.

Quel est votre périmètre d’activité et de quel cheptel apicole disposez-vous aujourd’hui ?

J’opère principalement dans la zone d’Okondja, dans le Haut-Ogooué. Mes ruches sont réparties dans un rayon de 10 kilomètres, sélectionnées selon la flore sauvage. Actuellement, je gère une centaine de ruches. Notez toutefois qu’elles ne sont pas toutes occupées simultanément. Le peuplement est un processus délicat qui exige de savoir attirer les essaims et stabiliser les colonies. En termes de rendement, une ruche produit environ 4 litres par récolte. Avec deux cycles annuels, nous atteignons 7 à 8 litres par ruche dans des conditions optimales.

Vivez-vous pleinement de cette activité ou reste-t-elle un complément de revenus ?

On peut parfaitement vivre de l’apiculture au Gabon. Elle me permet de subvenir à mes besoins, même si je ne suis pas à plein temps. Le frein majeur reste le manque de formation, beaucoup abandonnent par manque de technique. Pourtant, avec de la rigueur et de la patience, c’est une activité qui « nourrit son homme ».

Le miel « Made in Gabon » peut-il réellement rivaliser avec les produits importés, souvent moins chers ?

Absolument. Sur les plans gustatif et médicinal, notre miel est d’une qualité supérieure. Il n’a rien à envier aux standards internationaux. Le défi est culturel, le consommateur regarde souvent le prix avant l’origine. Valoriser le label Gabon, c’est choisir l’excellence tout en soutenant l’économie locale. C’est une question de souveraineté alimentaire.

On sait que les abeilles sont un rempart naturel contre les éléphants. L’apiculture est-elle une solution viable pour protéger les plantations gabonaises ?

C’est une solution concrète et durable. Les abeilles repoussent naturellement les éléphants. Installer des « barrières de ruches » autour des cultures limite drastiquement les ravages. C’est un modèle gagnant-gagnant, le planteur sécurise ses récoltes tout en générant un revenu additionnel grâce au miel. C’est une réponse simple et écologique aux conflits homme-faune.

Au-delà des discours sur la diversification économique, bénéficiez-vous d’un réel soutien des pouvoirs publics ?

Pas à la hauteur des enjeux. Nous ne réclamons pas forcément des subventions directes, mais un véritable cadre d’accompagnement. Je forme bénévolement des étudiants, mais tout cela reste informel et précaire. Sans statut juridique pour les apiculteurs-formateurs, nous travaillons de manière archaïque. L’Etat doit impérativement structurer la filière pour transformer cet artisanat en une véritable industrie.

Quel message adressez-vous à la jeunesse gabonaise qui hésite encore à se lancer ?

L’apiculture est un métier d’avenir. Notre forêt et notre biodiversité sont des mines d’or. J’invite les jeunes à dépasser leurs appréhensions et à venir apprendre. Si je venais à disparaître demain, c’est une immense bibliothèque de savoirs qui s’éteindrait avec moi. Il est urgent de transmettre le flambeau pour préparer la relève et assurer l’autonomie de notre pays.

Propos recueillis par Darelle Mamba

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