Le plateau mythique d’Awendje a repris ses droits de sanctuaire de la contestation ce samedi 17 janvier, transformant ce qui devait être une séance de conciliation en un véritable bras de fer populaire. Alors que le gouvernement et certains signataires de SOS Éducation misaient sur un essoufflement du mouvement, la base enseignante a répondu par une démonstration de force et une unanimité de béton : la grève continue, plus déterminée que jamais.
Le décor était planté dès les premières heures de la matinée. Empêchés de se réunir à l’école Martine Oulabou, les enseignants ont convergé massivement vers Awendje, prouvant que la mobilisation ne dépendait pas d’un lieu, mais d’une colère profonde. Ce rassemblement intervient après les négociations marathon d’Alibandeng, menées sous l’égide du vice-président du gouvernement, où l’exécutif a jeté sur la table des chiffres qu’il espérait décisifs.
Des avancées comptables face à une base intransigeante
Le bilan officiel affichait pourtant des avancées notables : mise en solde de 328 sortants de l’ENS et de l’ENSET, passage en présalaire de 692 diplômés de l’ENIL et de l’ENIF, intégration de 108 scientifiques et régularisation de 1910 ex-bénévoles. Au total, près de 7000 situations administratives auraient été traitées ou débloquées. Mais pour la base, le compte n’y est pas. Si les représentants de SOS Éducation avaient initialement appelé à la reprise des cours le 14 janvier, ils ont été désavoués par une foule qui refuse de se nourrir de statistiques.
« Tout ou rien », ont clamé les manifestants, balayant des promesses qu’ils qualifient de « souvent non suivies d’effet ». Entre les cris de ralliement, le slogan « No money, no school» a résonné comme un avertissement sans frais à l’endroit du ministère. Les enseignants ne veulent plus de pansements sur une plaie ouverte, mais une guérison définitive de leur statut social. « Nous tenons le bon bout, ne baissons pas les bras. N’ayons pas peur devant les intimidations du gouvernement », a martelé un intervenant, fustigeant au passage la note ministérielle ordonnant des contrôles de présence dans les établissements, une méthode jugée « maladroite » et « provocatrice ».
L’appel à l’arbitrage du palais du bord de mer
Le mouvement a reçu le soutien de poids des figures historiques de la lutte syndicale. Marcel Libama et Simon Ndong Edzo sont montés au créneau pour galvaniser les troupes. Marcel Libama a d’ailleurs estimé que le dialogue avec les interlocuteurs actuels était arrivé à son terme, appelant le président de la République à prendre personnellement la main sur ce dossier explosif.
Simon Ndong Edzo’o, fidèle à son franc-parler, a résumé l’intransigeance des grévistes d’une formule incisive : « Derrière rien, il n’y a rien ». En décidant de ne plus reconnaître leurs interlocuteurs habituels, les enseignants d’Awendje ne suspendent pas seulement les cours ; ils suspendent le crédit accordé à la parole publique, plongeant l’année scolaire dans une incertitude que seules des mesures concrètes et immédiates pourront désormais lever.
En transformant cette assemblée en un acte de rupture, les enseignants ont envoyé un message clair : à l’heure des bilans comptables du gouvernement, c’est désormais la réalité du portefeuille et de la dignité qui dictera le retour, ou non, dans les salles de classe.
