Le discours à la nation prononcé le 31 décembre 2025 par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, depuis les terres de l’Ogooué-Lolo, résonne comme un pacte de vérité entre le sommet de l’État et le peuple gabonais. À l’heure où la Transition passe le relais à la Ve République, le ton adopté n’est pas celui d’une autosatisfaction de circonstance, mais celui d’une vigilance sans concession. En choisissant Koulamoutou pour s’adresser au pays, le chef de l’État a symboliquement rappelé que la République se construit partout, loin du confort parfois anesthésiant des salons de Libreville.
Ce qu’il faut retenir de cette allocution, c’est avant tout le recadrage incisive d’une certaine classe politique et administrative. « De tels comportements sont indignes de notre idéal républicain », a-t-il affirmé pour fustiger ceux qui, portés par le changement, ont cru voir dans la Transition une simple alternance de privilèges plutôt qu’une révolution des mentalités. En dénonçant le slogan cynique « aujourd’hui c’est notre tour », le Président s’attaque à la racine du mal gabonais : la confusion entre service public et enrichissement personnel. Cet avertissement n’est pas seulement moral, il est politique : la Ve République ne sera pas le déguisement d’anciennes pratiques.
Le volet économique, marqué par le remboursement colossal de 3 142 milliards de francs CFA de dette, démontre une volonté de restaurer la signature du Gabon. « L’alignement sur les standards internationaux nous impose une rigueur absolue », a-t-il martelé. Mais au-delà des chiffres, c’est la stratégie de souveraineté qui frappe. Le rachat d’Assala Énergie ou de la SNBG, couplé à la transformation locale du manganèse, dessine un Gabon qui veut enfin posséder les leviers de sa propre richesse. C’est un changement de paradigme : passer d’une économie de rente passive à une économie de contrôle active.
Enfin, l’insistance sur la justice sociale et la restitution des « biens indûment acquis » place l’éthique au cœur de l’action publique. Le message est clair : la reconstruction du pays ne peut se faire sur l’oubli des pillages passés. En appelant à la fin de « l’impunité et du désordre », le Président trace un chemin exigeant. 2026 s’annonce donc comme l’année de l’épreuve de vérité pour les nouveaux gestionnaires. Le « rêve gabonais » évoqué en conclusion ne sera possible que si cette exigence d’exemplarité, désormais gravée dans le marbre du discours présidentiel, se traduit par des actes concrets dans le quotidien de chaque citoyen.