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EDITORIAL. La France ou la démocratie trahie

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La démocratie, pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, garantit l’expression, l’opinion et le droit de manifester. Mais ces libertés ne justifient ni la violence ni la destruction des biens d’autrui. Le chaos observé en France, particulièrement le samedi 17 octobre, pose une question : que reste-t-il de la démocratie lorsque la contestation devient dévastation ?

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Le droit de manifester n’est pas un permis de détruire

La France se présente comme la patrie des Lumières, de la pensée critique et de la raison. Les commerces saccagés et le mobilier urbain détruit interpellent. Comment concilier un droit démocratique avec des actes qui privent d’autres citoyens de leur droit de travailler, de protéger leurs biens et de vivre en sécurité ?

Manifester est un droit. Exprimer son désaccord est nécessaire dans toute société libre. Mais aucune revendication, si légitime soit-elle, ne transforme la violence en argument ni le pillage en acte politique. La démocratie suppose des règles communes, la reconnaissance de l’autre et l’acceptation du désaccord. Lorsqu’elle devient une autorisation de casser, de brûler ou de piller, elle est détournée de son sens. La liberté cesse alors d’être un bien partagé pour servir de prétexte à l’arbitraire.

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Le paradoxe des écoles saccagées

Le contraste est troublant lorsque des élèves réclament de meilleures conditions d’apprentissage et davantage de moyens, tandis que certains participants aux débordements s’en prennent aux biens collectifs. Comment exiger une école plus accueillante tout en dégradant ce qui existe déjà ? Comment demander à la République d’investir dans la jeunesse si, au nom de la colère, des équipements et des espaces publics sont endommagés ?

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Il faut distinguer les lycéens qui manifestent pacifiquement de ceux qui commettent des dégradations : une minorité violente ne résume pas une mobilisation entière. Mais une revendication perd de sa crédibilité lorsqu’elle aggrave les difficultés dénoncées. L’école a besoin de moyens, de respect et de protection, non de destructions qui pèseront d’abord sur les élèves.

Derrière chaque vitrine, des années de travail

Un commerce peut représenter des années d’économies, de sacrifices et d’efforts familiaux. Quelques minutes de pillage peuvent effacer une vie de travail. Qui réparera les pertes et les journées sans activité ? Au nom de quelle justice des citoyens ordinaires devraient-ils payer le prix d’une colère qu’ils n’ont pas nécessairement provoquée ?

Une démocratie protège aussi les victimes. Elle ne se mesure pas seulement au droit de descendre dans la rue, mais à sa capacité de protéger ceux qui veulent vivre et travailler en paix.

La France face à son propre miroir

L’Afrique, souvent jugée à travers ses crises politiques et réduite à ses déficits démocratiques, observe ces scènes avec étonnement. Avec quelle autorité morale certains responsables français peuvent-ils donner des leçons de démocratie si les principes qu’ils invoquent semblent si fragiles chez eux ? Il ne s’agit ni d’idéaliser les régimes africains ni de nier les atteintes aux libertés sur le continent, mais de rappeler qu’aucun pays ne détient le monopole de la vertu démocratique.

La colère sociale peut être réelle et les revendications fondées ; rien de cela ne rend les destructions acceptables. Le pouvoir doit entendre les citoyens, mais les manifestants doivent aussi répondre de leurs actes. Sans cette double exigence, la rue risque de devenir le lieu où le plus violent impose sa loi.

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La démocratie n’est pas trahie parce que le peuple proteste, mais lorsque certains piétinent les règles et les biens communs en son nom. La France doit rappeler que les droits s’accompagnent de responsabilités. La démocratie n’est ni l’impunité ni le chaos : elle est la liberté organisée, le désaccord sans destruction. Lorsqu’on l’invoque pour tout saccager, ce n’est plus elle que l’on défend : c’est elle que l’on trahit.

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