Le Conseil des ministres du 29 décembre a marqué un tournant décisif dans la gestion du conflit homme-faune au Gabon. Le gouvernement a officiellement instruit le ministre de la Justice de procéder à un recensement exhaustif des personnes condamnées dans le cadre de ce contentieux écologique. Cette mesure exceptionnelle vise à concilier la protection de la biodiversité avec les réalités sociales et humaines souvent dramatiques vécues par les populations rurales, ouvrant la voie à une approche fondée sur l’équité plutôt que sur la seule répression.
Cette accélération politique répond à une situation sur le terrain qui est devenue insoutenable, comme en témoigne la multiplication des drames humains ces derniers mois. En novembre dernier, le village Ngouloumigou dans l’Ogooué-Maritime a été le théâtre d’une horreur absolue avec la mort de deux hommes, littéralement éventrés par un éléphant. Ce deuil national s’ajoute à celui de la province du Woleu-Ntem où, en octobre, un habitant de Mitzic a perdu la vie tandis que deux autres étaient grièvement blessés. De l’Ogooué-Lolo à la Nyanga, les témoignages de vies fauchées et de corps mutilés s’accumulent, révélant une réalité bien plus sombre que ce que les statistiques officielles laissaient paraître jusqu’ici.
Au-delà des attaques physiques, c’est une véritable crise de subsistance qui frappe les zones rurales. Dans de nombreux villages, les populations ne meurent pas seulement sous les charges des pachydermes, elles meurent aussi de faim. Le saccage systématique des plantations par des éléphants de forêt, dont la population atteint désormais les 100 000 individus, réduit à néant le travail de toute une saison en une seule nuit. Le paysan gabonais se retrouve ainsi pris en étau entre une faune ultra-protégée et une forêt nourricière devenue hostile, où la simple survie alimentaire est devenue un combat quotidien.
En prenant ce problème à bras-le-corps, le chef de l’État envoie un signal fort : la préservation de la nature ne peut plus se faire au prix du sang et de la famine. Ce recensement des condamnés suggère une volonté de réparer une injustice perçue, celle d’une loi qui semblait parfois privilégier l’animal sur l’homme. Désormais, l’ambition est de sortir d’une protection absolue et aveugle pour bâtir une politique publique où l’humain n’est plus l’ennemi de son environnement, mais un acteur dont la sécurité et la dignité deviennent la priorité de l’action publique.
