La machine communautaire est grippée. À Bangui, le 5 février 2026, la Commission de la CEMAC a officiellement reconnu l’asphyxie de sa trésorerie et décidé une mesure aussi rare que radicale : la suspension provisoire de presque toutes ses activités. Un aveu de crise profonde, aux conséquences lourdes pour l’intégration régionale.
Signée par le Président de la Commission de la CEMAC, Baltasar Engonga Edjo, la note circulaire n°000066/26/CEMAC/C/DC est adressée aux membres du Gouvernement de la Commission, notamment au Vice-Président et aux Commissaires. Son objet est explicite : « Suspension provisoire des activités ».
Le document dresse un constat alarmant de la situation financière de l’institution. Les chiffres présentés par l’Agent comptable central et l’Agent comptable de la Commission, tant lors des sessions du Conseil des ministres de l’UEAC que des réunions du Collège des commissaires, « révèlent une dégradation continue de nos finances ». Cette phrase-clé consacre officiellement l’entrée de la CEMAC dans une zone de stress budgétaire aigu.
Face à cette dérive, les deux dernières sessions du Conseil des ministres ont exigé de la Commission l’ouverture d’un « dialogue franc sur la question avec les États membres ». Une mission circulaire a été confiée au Vice-Président, déjà déployée dans quatre des six États membres, signe que la crise n’est plus théorique mais systémique.
Malgré ces démarches, la situation ne s’améliore pas. Pire, elle « s’avère être aujourd’hui plus préoccupante au point d’asphyxier le fonctionnement régulier des Institutions, y compris celui de la Commission ». Le terme asphyxier est lourd de sens : il traduit l’incapacité de l’institution à assurer ses charges courantes, son fonctionnement administratif et ses missions communautaires essentielles.
Dans ce contexte, le Président de la Commission affirme avoir pris un « pénible mais impérieux devoir » : « suspendre toutes les activités et autres missions de la Commission de la CEMAC », en attendant une amélioration du recouvrement de la Taxe communautaire d’intégration (TCI), principale ressource financière de l’organisation. Seules les activités « d’importance hautement stratégique » demeurent autorisées, preuve d’une gestion désormais sous perfusion.
Une crise révélatrice de dysfonctionnements structurels
Cette suspension quasi générale constitue un signal extrêmement grave pour la gouvernance communautaire. Elle met en lumière les défaillances chroniques dans le mécanisme de recouvrement de la TCI, la dépendance excessive de la Commission à la bonne volonté budgétaire des États, et l’absence de marges de manœuvre financières autonomes.
Au-delà du choc institutionnel, les conséquences sont multiples : ralentissement des programmes d’intégration, gel des missions techniques, affaiblissement de la crédibilité de la CEMAC auprès des partenaires et risque de paralysie durable de l’architecture communautaire. Cette décision, exceptionnelle par sa portée, sonne comme un ultimatum adressé aux États membres.
Car sans solutions rapides, coordonnées et contraignantes, la suspension actuelle pourrait marquer non plus un simple accident de trésorerie, mais un tournant critique dans l’histoire de l’intégration économique et monétaire en Afrique centrale.

