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Système éducatif : paralysie générale à l’approche des fêtes de fin d’année

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Après des préavis ignorés et une colère longtemps contenue, les enseignants ont déclenché, le 15 décembre, une grève générale illimitée sur toute l’étendue du territoire, plongeant le système éducatif dans une zone de fortes turbulences.

Depuis le début du mois de décembre, le secteur de l’éducation est en ébullition. Les enseignants ont multiplié les alertes et placé sur la table du gouvernement une longue liste de revendications : régularisation des situations administratives avec effet solde, paiement des rappels de solde, paiement intégral des vacations liées à la session des examens de 2025, intégration de centaines d’enseignants, amélioration des conditions de travail, entre autres dysfonctionnements structurels qui minent l’école gabonaise. Mais après l’observation réglementaire des huit jours de préavis et face à ce qu’ils qualifient de « silence méprisant du gouvernement », la rupture est désormais consommée.

La semaine dernière déjà, le Complexe Jean Hilaire Aubame Eyeghe de Nzeng Ayong et le Lycée Jean Baptiste Obiang Etoughe de Sibang étaient entrés en grève générale illimitée, donnant le ton d’un mouvement appelé à s’étendre. Ce lundi 15 décembre 2025, la contestation a pris une ampleur nationale. À Libreville, le lycée et le CES Raymond Boukat, le Lycée de Mikolongo et le lycée public Cim Gabon de Ntoum ont suspendu les cours jusqu’à nouvel ordre.

À l’intérieur du pays, dans la province de l’Ogooué-Ivindo, le mouvement est massif, touchant notamment l’École publique d’Epassendjé, les lycées publics de Makokou, de Booué, d’Ovan et de Mekambo, ainsi que le lycée évangélique Essia Nsomore de Makokou. Dans l’Ogooué-Maritime, le lycée d’État Joseph Ambouroue Avaro de Port-Gentil est touché. Même dynamique dans le Haut-Ogooué avec le lycée technologique de Léconi et le lycée Rigobert Landji de Moanda, ainsi que dans la Ngounié où le lycée public Jean Jacques Boucavel de Mouila a rejoint le mouvement.

L’effet de contagion est massif et d’autres établissements pourraient entrer en grève d’ici la fin de la semaine. Certes, les vacances de Noël et du Nouvel An débutent le samedi 20 décembre, mais la reprise du 5 janvier 2026 s’annonce déjà fortement perturbée. Dans un contexte où le procès Bongo-Valentin du 10 novembre dernier a mis en lumière l’existence de ressources financières colossales, les enseignants, à l’instar de nombreux fonctionnaires, réclament une redistribution plus équitable à travers la régularisation de leurs droits.

Le gouvernement dispose désormais de la trêve des vacances pour engager un dialogue franc et responsable avec les enseignants. Faute de solutions durables, la détermination affichée sur le terrain pourrait durablement paralyser l’école gabonaise.

SYNAPEF : Vers une grève des Eaux et Forêts face à cinq trimestres de primes impayées

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Le Syndicat national des professionnels des Eaux et Forêts (SYNAPEF) a tenu ce 15 décembre, une assemblée générale extraordinaire. Cette rencontre était consacrée à la présentation du nouveau bureau et, surtout, à l’examen de la situation sociale préoccupante des agents du secteur, confrontés à de lourds arriérés de primes.

Réunis en nombre, les agents ont d’abord pris connaissance de la nouvelle équipe dirigeante du syndicat, avant d’aborder la question centrale des primes impayées. Selon Guy Roger Pambou, le président du SYNAPEF, la situation est devenue intenable. « Ces primes, correspondant à plusieurs trimestres, demeurent impayées, et l’administration est restée silencieuse sur ce dossier », a-t-il déclaré.

Face à ce mutisme, le syndicat affirme avoir été contraint de saisir l’Assemblée générale afin de définir une stratégie de riposte. Le président Pambou a précisé que l’Assemblée générale a mandaté l’équipe syndicale pour élaborer des propositions. Celles-ci seront soumises au ministre, ainsi qu’au Secrétaire général du ministère, et incluent notamment le dépôt imminent d’un préavis de grève.

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Les syndicalistes annoncent un préavis de crève.

De son côté, Aurélien Bouka, le secrétaire général du syndicat, a dressé un tableau alarmant de la situation sociale des agents, confirmant que cinq trimestres de primes restent impayés à ce jour. Cette crise persistante a poussé les responsables syndicaux à retourner vers la base pour prendre les décisions qui s’imposaient. « Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans une situation semblable à celle de mendiants, contraints de réclamer des droits qui devraient pourtant être accordés normalement, sans avoir à crier ou à protester. Nous sommes là à supplier, sous le poids des difficultés et des pressions qui nous écrasent au quotidien », a-t-il regretté.

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Photo de famille à l’issue de la fin de l’assemblée générale.

Malgré l’exaspération et la lassitude, le SYNAPEF dit encore vouloir croire à une issue favorable. « Nous croyons en nos dirigeants. Nous croyons que les choses peuvent s’améliorer », a indiqué Aurélien Bouka. Avant de conclure : « C’est pourquoi nous avons pris la décision de retourner vers les autorités pour leur présenter une fois de plus la situation. Il leur revient désormais de nous dire ce qui est à l’origine de ce grave problème ».

Absentéisme : le chef de l’État exige des licenciements dans l’administration

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Visite surprise, ton ferme et mots sans détour. Ce lundi 15 décembre 2025, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a effectué une visite inopinée au ministère de la Fonction publique et a immédiatement tapé du poing sur la table. Accompagné de François Ndong Obiang, ministre de la Réforme et des relations avec les institutions, le chef de l’État a fait le tour du propriétaire. Très vite, le constat s’est révélé amer : l’administration est jugée à bout de souffle, gangrenée par l’absentéisme, les lenteurs et un retard numérique criant.

Face à l’ampleur de l’absentéisme et de l’inefficacité, le chef de l’État a livré un coup de semonce acerbe. Il a immédiatement exigé des sanctions et le renouvellement des effectifs. « Il faut trouver ceux qui ne viennent pas au travail. Vous faites des rapports au secrétaire général et je veux des licenciements », a-t-il martelé.

Pour le président, cette rigueur est une question de justice sociale. Il a ensuite souligné que l’administration ne pouvait plus rester inactive alors que de nombreux jeunes diplômés sont en attente. « Il y a des Gabonais sortis des universités qui sont prêts à travailler et qui ont les mêmes diplômes que vous. Donc donnez à ces Gabonais la chance », a-t-il affirmé, liant directement la purge des fonctionnaires fantômes à l’insertion professionnelle de la jeunesse.

Assumant sans réserve sa position de fermeté, le chef de l’État a directement interpellé les responsables de l’administration. Il a exigé que des sanctions immédiates soient prises contre ceux qui ont érigé l’absentéisme en règle. « Si vous êtes incapable de sanctionner, donnez-moi la liste des absents. Vous avez peut-être peur, mais moi je m’assume. On ne peut plus continuer comme ça », a-t-il lancé, déplaçant la responsabilité vers le sommet de l’État en cas de défaillance des cadres.

Pour illustrer son engagement à la rupture, il a conclu sur une note sans appel concernant la productivité. « S’il n’y a que 60 sur 100 qui travaillent, eh bien on gardera ces 60. Le pays a besoin d’avancer », a-t-il ajouté, signifiant que l’administration sera désormais réduite à son personnel le plus efficace.

Oligui Nguema a également mis le doigt sur l’archaïsme sidérant de l’appareil administratif, en pleine ère numérique. Loin des serveurs et des bases de données modernes, il a découvert un spectacle qui en dit long : des dossiers entassés dans des cartons, des résultats de concours à même le sol, exposés à l’humidité et au désordre. Une situation qu’il a jugée inadmissible, soulignant que ce dysfonctionnement représente un danger immédiat pour la transparence et l’efficacité que l’on attend d’un État moderne.

Au-delà de cette visite, le constat dressé par le président reflète une réalité devenue presque un fait social : absentéisme massif, retards chroniques, bureaux clairsemés où trouver plus de 40 % des effectifs relève du miracle. Si les agents invoquent transports difficiles ou embouteillages, ce sont surtout les usagers qui en paient le prix, avec des dossiers bloqués et des urgences non traitées. La situation des archives, entassées à même le sol et exposées à l’humidité, illustre l’urgence de moderniser et sécuriser l’administration.

Alors que les fonctionnaires réclament la régularisation de leurs situations administratives, le coup de gueule présidentiel sonne comme un rappel à l’ordre et une prise de conscience collective. Le service public ne peut plus s’accommoder de l’absentéisme et de l’archaïsme. Pour un État efficace, le message est clair : rigueur, responsabilité et digitalisation rapide de l’administration gabonaise.

CAN 2025 : Aubameyang aux soins, Mboula forfait : ajustements dans l’effectif des Panthères

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Les Panthères du Gabon devront composer avec des ajustements de taille à l’approche des prochaines échéances internationales. Touché physiquement, Pierre-Emerick Aubameyang est actuellement pris en charge par le staff médical de l’Olympique de Marseille, tandis que Michel Mboula se dirige vers un forfait définitif.

Sorti à la 86ᵉ minute lors de la rencontre de Ligue 1 opposant l’OM à l’AS Monaco pour le compte de la 16ᵉ journée, Pierre-Emerick Aubameyang a ressenti une douleur à la face postérieure de la cuisse gauche. Après concertation entre le staff médical du club phocéen et celui de l’équipe nationale, il a été décidé que la prise en charge du capitaine gabonais se poursuivrait à Marseille. Le joueur est d’ores et déjà indisponible pour le match du 24 décembre face au Cameroun. Toutefois, selon l’évolution de son état clinique et les résultats des examens d’imagerie, une participation à la rencontre du 28 décembre contre le Mozambique demeure envisageable.

La situation est en revanche plus préoccupante pour Michel Mboula. Victime d’une rechute le 28 septembre dernier d’une blessure musculaire à la cuisse gauche, le joueur avait bénéficié d’une prise en charge par le staff médical du FC Metz. Cette rééducation lui avait permis de réintégrer le groupe de la réserve, sans toutefois disputer la moindre rencontre, laissant entrevoir un possible retour à la compétition et motivant ainsi sa convocation en sélection.

Mais aux dernières nouvelles, le staff médical du club, en étroite collaboration avec celui de l’équipe nationale, a émis des réserves quant à sa capacité à reprendre la haute compétition, caractérisée par des exigences physiques et des intensités très élevées. Dans un souci de préservation de l’intégrité physique du joueur, le staff technique des Panthères s’oriente donc vers son remplacement.

Ainsi, Michel Mboula devrait être remplacé par Yannis Mbemba, sous réserve de la transmission et de la validation du dossier médical du joueur par son club, conformément aux règlements de la Confédération africaine de football (CAF) en matière de remplacement de joueurs.

La TFH est-elle le prix à payer pour éviter l’austérité et moderniser nos villes ?

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C’est la question qui divise l’opinion, mais qui reflète un choix politique assumé : entre l’exigence d’un bouclier social et l’urgence de financer le développement urbain, l’État gabonais a tranché. Plutôt que de sabrer dans les salaires ou de supprimer les bourses, le gouvernement engage une nouvelle contribution solidaire pour transformer nos quartiers sans sacrifier les acquis sociaux.

À travers l’instauration de la Taxe forfaitaire d’habitation (TFH), le chef de l’État a opéré un choix politique clair : préserver le modèle social gabonais dans un contexte budgétaire contraint. Refusant les recettes classiques de l’austérité, Brice Clotaire Oligui Nguema a écarté toute option de licenciements dans la fonction publique, affirmant sans ambiguïté : « Je ne vais jamais licencier un Gabonais à la fonction publique ».

De même, il a exclu la suppression des bourses étudiantes, rappelant que l’éducation demeure un pilier stratégique et qu’il a lui-même bénéficié de ce soutien. Face aux pressions extérieures prônant baisses de salaires et coupes sociales, le Gabon privilégie une alternative souveraine : mobiliser des ressources internes pour financer son développement sans sacrifier les citoyens.

“Contribuer pour bâtir”, une philosophie assumée

La TFH s’inscrit dans une logique de responsabilité collective, résumée par la philosophie « Contribuer pour bâtir ». Il ne s’agit pas de prélever pour prélever, mais de financer des services visibles et utiles. La situation budgétaire impose la transparence : près de 60 % des recettes de l’État sont absorbées par la dette et 35 % par les salaires, laissant très peu de marges pour l’investissement, la voirie ou la propreté urbaine. À l’image de pays voisins comme le Bénin, le Togo ou le Cameroun, qui ont transformé leurs villes grâce à ce type de contribution, le patriotisme économique consiste aussi à accepter de financer localement ce qui doit « marcher chez nous ».

Pensée comme une taxe de solidarité, la TFH repose sur une justice sociale assumée. Le barème est progressif : les zones résidentielles aisées contribueront davantage – jusqu’à 30 000 FCFA – tandis que les quartiers populaires s’acquitteront de montants compris entre 500 et 1 000 FCFA. Cette logique redistributive permet de prendre plus chez ceux qui ont plus, afin de financer le bien commun. Les recettes auront une destination précise : améliorer la salubrité publique, désengorger et aménager les quartiers, bétonner les voies secondaires et soutenir des programmes de logements sociaux. Avec un budget actuel de nettoyage d’environ un milliard de FCFA, insuffisant pour Libreville, Owendo et Akanda, la TFH apparaît comme un levier indispensable.

Simplicité, transparence et garanties techniques

Sur le plan technique, la TFH n’est ni un impôt foncier ni une taxe sur le revenu, mais une contribution forfaitaire liée à l’usage du logement et des services urbains. Prélevée mensuellement via la facture d’électricité, elle s’appuie sur la SEEG comme canal le plus efficace pour toucher l’ensemble des usagers, y compris le secteur informel.

Les zones rurales et les ménages les plus vulnérables, notamment les détenteurs de compteurs sociaux, sont protégés ou exonérés en phase initiale. Le rendement attendu est estimé à environ 22 milliards de FCFA par an. Un mécanisme de répartition automatique est prévu : une part pour les collectivités locales, une autre pour l’État, afin de sécuriser l’usage des fonds dès l’encaissement.

Un pacte de responsabilité nationale

Face aux critiques, l’exécutif assume une ligne claire : mieux vaut une contribution modérée et ciblée qu’un appauvrissement brutal par la baisse des salaires ou la suppression des bourses. La TFH finance les services dont bénéficient directement les habitants – propreté, éclairage, voirie – qu’ils soient propriétaires ou locataires. En exigeant des mécanismes transparents, le Président entend faire de cette réforme un pacte de responsabilité entre l’État et les citoyens.

En définitive, la TFH se veut un outil de modernisation sans austérité, résumé par des slogans évocateurs : « Ma ville propre, ma contribution, notre avenir », « 500 Francs pour mon quartier, zéro austérité pour mon pays » et « TFH : un petit effort pour de grands changements ».

Crise à l’UPF : l’annulation des 51e Assises au Gabon déchirée par une discorde financière de 150 000 euros

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La 51e édition des Assises internationales de la Presse francophone, initialement prévue à Libreville, a été officiellement annulée. Si le Bureau international (BI) de l’Union de la presse francophone (UPF) a d’abord justifié son retrait par l’incompatibilité du cadre légal gabonais sur l’utilisation des subventions publiques, la section gabonaise a riposté avec une violence inédite, accusant le BI de « travestir les raisons réelles » du retrait.

Dans une correspondance datée du 11 décembre, intitulée « devoir de vérité », le Président de l’UPF-section Gabon, Désiré Ename, a pointé du doigt le cœur du différend : une exigence de transfert de fonds jugée illégale par l’État gabonais. L’UPF Gabon affirme que le BI a fait du versement d’une somme de 150 000 euros sa condition sine qua non pour la tenue des Assises. 

Ce montant, destiné à couvrir les « charges inhérentes à la préparation, à la coordination et au suivi administratif, financier et logistique » de l’UPF internationale, aurait été inséré unilatéralement par le BI dans l’Article 4 du projet de Convention envoyé le 17 novembre. La version modifiée par le BI précisait que le montant était « payable (…) dans les dix jours à compter de la date de la signature de la présente convention » sur un compte bancaire de l’UPF internationale en France.

Violation de la souveraineté : les lois gabonaises face aux statuts de l’UPF

Pour le gouvernement gabonais et sa section locale, cette exigence est inacceptable car elle contrevient « au droit gabonais » et aux règles de « comptabilité publique ». Selon Désiré Ename, président de l’UPF Gabon, accepter cette demande aurait exposé les autorités gabonaises à une « violation flagrante de la loi » et à des risques disciplinaires et pénaux, portant atteinte à la souveraineté budgétaire du pays. 

Le Gabon, tout en s’engageant à couvrir la logistique, l’hébergement et les transports locaux, proposait un cadre financier légal et transparent. L’argument de l’UPF Gabon est sans appel. « Le seul obstacle était l’exigence du BI de recevoir des fonds publics à l’étranger, en violation du droit gabonais (…) Les lois de la République gabonaise priment sur les statuts de l’UPF, et non l’inverse », affirme son président.

Accusations de mauvaise foi et de manipulation

La section gabonaise accuse également le Bureau international de mauvaise foi diplomatique et de manipulation. Premièrement, la section Gabon de l’UPF dément catégoriquement que le BI ait transmis une proposition formelle de convention, affirmant que le seul document reçu était la convention du Cameroun, envoyée par WhatsApp, avec la suggestion de la « recopier ». Deuxièmement, elle dénonce l’« exploitation opportuniste des relations gabono-marocaines » par le BI pour chercher des fonds auprès de l’Office Chérifien des Phosphates (OCP), après que le sponsor historique ait rompu avec le BI suite à l’épisode de Benguerir. 

Enfin, le rappel par le BI de l’absence de règlement des cotisations de la section gabonaise est perçu comme un geste de « secte dirigée par un gourou dictant sa conduite », et non comme le fonctionnement d’une organisation basée sur l’indépendance de la presse. Le président de l’UPF- Gabon insiste sur le fait que le pays avait déjà « débloqué son budget, mobilisé les infrastructures, facilité les visas, réservé les hôtels » et que « Tout était prêt. Le seul point de blocage venait d’une exigence financière impossible à satisfaire »

Le Bureau international, en refusant d’adapter ses pratiques à la législation gabonaise, « a pris la responsabilité exclusive de l’annulation des Assises ». L’événement qui se tiendra à Libreville aura lieu comme prévu sous la forme d’une initiative nationale, sans aucun lien avec l’UPF internationale, comme l’avait initialement rappelé le BI dans sa note d’annulation.

Le poids de la souveraineté face aux pratiques du BI

L’argumentaire de l’UPF Gabon, étayé par des détails de correspondances, déplace la controverse d’une simple incompatibilité administrative vers une question de souveraineté nationale et de gestion des fonds publics. L’exigence par le Bureau international du versement de 150 000 euros sur un compte à l’étranger – une pratique qui aurait pu être monnaie courante lors d’éditions précédentes – se heurte de plein fouet au principe de la comptabilité publique gabonaise, qui exige une traçabilité et une justification légale des dépenses d’État.

Le refus du Gabon n’est pas un refus d’organiser l’événement, mais un refus de violer ses propres lois. Dans ce contexte, la posture du Bureau international est doublement critiquable. D’une part, il a fait preuve d’une apparente inflexibilité, refusant de proposer ou d’accepter une alternative légale permettant aux fonds d’être gérés in situ ou de manière transparente, ce qui accrédite la thèse d’une exigence financière au détriment de l’événement lui-même.

D’autre part, en brandissant l’argument des Assises internationales pour légitimer une exigence financière contraire au droit national, le BI a pris le risque de rompre avec un État hôte qui avait mobilisé toutes ses ressources, lui faisant endosser la responsabilité exclusive de l’échec.

L’événement de Libreville, désormais national, continuera d’une certaine manière, mais l’UPF internationale sort de cet épisode non seulement sans ses Assises, mais aussi profondément ébranlée par des accusations de mauvaise foi et de mépris des lois d’un État souverain.

CESEC : la liste définitive des candidatures attendue ce 15 décembre

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Le processus d’organisation des élections des membres du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC) franchit une nouvelle étape décisive. Dans un communiqué rendu public, le Comité d’organisation des élections a annoncé que la liste définitive des candidatures sera rendue publique ce lundi 15 décembre.

Selon le document émanant du ministère de la Réforme et des relations avec les institutions, cette liste sera affichée dans les locaux dudit ministère. Elle sera également publiée en ligne sur la page officielle www.agpgabon.ga, afin de garantir une large diffusion de l’information auprès du public et des parties prenantes.

Cette publication marque ainsi la fin de la phase d’examen des dossiers de candidature et ouvre la voie à la suite du processus électoral, dans un contexte où la réforme des institutions demeure au cœur des priorités des autorités publiques. L’enjeu est de doter le CESEC de nouveaux membres représentatifs, capables de contribuer efficacement à la réflexion économique, sociale, environnementale et culturelle du pays.

Les candidats, les organisations de la société civile ainsi que l’opinion nationale sont ainsi invités à prendre connaissance de cette liste, qui constituera la base des prochaines étapes menant à l’élection des conseillers du CESEC.

 [Tribune libre] Hommage à Vincent Okoura (1965-2003) : l’éclipse de la compétence

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« Mao ! » comme nous nous appelions réciproquement… Que de temps passé depuis ton départ pour l’Au-delà. Homme de culture, journaliste émérite, présentateur vedette de la RTG chaîne 2.

Nos rêves communs de voir éclore une presse de qualité se sont quasiment évaporés, en partie avec ton départ. Pour les jeunes générations, dois-je dire, tu étais, à la chaîne 2, la suite de l’excellence de Jean Philippe Oyono.

Au plan régional, dans notre berceau naturel de l’Orient national, je pourrais comparer ton talent à celui de Pierre Brice Ndoumba et de l’autre aîné encore en vie, Eugène Philippe Djeno. Je choisis volontairement de borner et limiter la large liste des illustres prédécesseurs à ceux-là. Précocement, tu avais choisi ce métier quand, en 1978, tu commentais déjà, aidé par un magnétophone enregistreur, les matchs de football de notre enfance au quartier Onkoula de Moanda…Ton admission plus tard au concours d’entrée au CESTI de l’Université Cheikh Anta Diop était l’aboutissement d’un rêve, pour ne pas dire d’une vocation.

Le flambeau de la compétence

Homme précurseur par l’usage intelligent de ta mémoire dont le rendu pourrait être assimilable aujourd’hui au résultat de l’appui qu’apportent les téléprompteurs… Adulé et apprécié de tous, redoutable homme de précision des faits historiques, tu m’as laissé dans ce métier où, jusque-là, au milieu de quelques rares talents, l’incurie est primée et les incompétents célébrés.

Sache que les années sont passées, mais nos rêves se sont heurtés à bon nombre de « réfugiés économiques » dont l’essor est favorisé par des considérations autres que professionnelles.

Des jeunes talents en nombre considérable qui ont intégré notre noble profession sont embourbés dans des choix de ceux qui, parfois nostalgiques du passé, ne leur accordent aucune ouverture. Le tout dans un environnement où les instruments techniques ont toujours eu du mal à épouser le rythme des évolutions technologiques.

Bref, mon cher Vincent, le feu de la compétence allumé par toi s’est tout simplement évanoui.

Entre amateurisme et espoir de renouveau

Tous les efforts consentis pour mettre à nu les travers de notre société pour un arrimage à l’élan prospectif et avant-gardiste de la presse, afin d’en faire un outil d’aide à la décision, se heurtent toujours à l’amateurisme de certains illuminés qui ont jusque-là conduit la mise en œuvre des politiques publiques de développement, notamment en matière de communication. Heureusement qu’en toute chose, il ne faut jamais obstruer le chemin de l’espérance.

Alex Lewobi Lendjendji Essanga. Journaliste et auteur de l'hommage à Vincent Akoura
Alex Lewobi Lendjendji Essanga, Journaliste et auteur de l’hommage à Vincent Akoura.

La formation initiale que nous avons connue est quasiment devenue un luxe avec ce triste corollaire : les nécessaires commentaires, les probables justes analyses et débats constructifs sont devenus des champs d’expérimentation. De nouveaux métiers sont nés tels que des « influenceurs » qui, dans un langage parfois aux antipodes du lexique autorisé de la langue officielle, envahissent les salons feutrés, le multimédia et tutoient abusivement la haute élite administrative et politique.

Mais tous ces avatars n’ont pas tué « le noble art »… L’espoir est que de « nouveaux Vincent Okoura » reprennent la place injustement occupée par les imposteurs dont parfois la carte d’identité professionnelle porte uniquement des indices d’appartenance familiale ou à des cercles dont les valeurs sont bien loin de celles que prône la presse compétente et libre.

Ainsi vivons-nous le monde de la presse, 22 ans après ta disparition. L’optimisme n’est pas un choix mercantile. Aussi, nous osons penser que de cette Ve République sonneront toutes les cloches des mutations attendues.

Alex Lewobi Lendendji Essanga, journaliste

NB : Titre et intertitres sont de la Rédaction

Nouvelle Gabon Mining : la restructuration qui masque une crise profonde

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Sous couvert d’une réorganisation stratégique, Nouvelle Gabon Mining (NGM) traverse une crise d’une ampleur rarement avouée. Loin du discours officiel évoquant des « difficultés structurelles », la restructuration annoncée le 3 décembre 2025 masque en réalité un management défaillant, une exploitation irrationnelle des gisements et des conflits sociaux récurrents. Ce sont in fine les travailleurs gabonais qui paient le prix de ces errements, avec un plan social majeur et des licenciements massifs à la clé.

L’Administrateur Directeur général, Chandra Singh, a officiellement informé les délégués du personnel des motifs invoqués pour ce vaste chantier : lenteurs opérationnelles, désorganisation interne, baisse d’activité et impératif de réduction des coûts. La réorganisation prévoit la fusion ou la suppression de services, une refonte de l’organigramme et l’élimination de plusieurs postes.

Pour atténuer l’impact social, la direction promet la mobilité interne, le non-remplacement des départs naturels et une rationalisation du fonctionnement. Mais derrière ce langage feutré, se profile un plan social de grande ampleur, soumis aux autorités du travail et lourd de conséquences humaines.

Le plan de licenciement économique : un choc social majeur

Un second document, strictement confidentiel, détaille un licenciement collectif pour motif économique, fondé sur les articles 63 et 74 du Code du Travail. NGM, active depuis 2013 dans l’extraction du manganèse, affirme subir de plein fouet la dégradation du marché mondial, la baisse de la qualité du minerai, des coûts logistiques exorbitants et les effets de mouvements sociaux ayant paralysé la production.

La direction estime indispensable le licenciement de 37 employés, après une réduction préalable de 15 % des effectifs depuis juin 2025. Les indemnités proposées sont plus favorables que celles du Code du Travail : préavis d’au moins trois mois, allocations familiales maintenues six mois et un barème d’indemnisation revalorisé selon l’ancienneté. Malgré cette enveloppe, l’impact social reste considérable pour une entreprise qui emploie 259 personnes et dont les difficultés sont avant tout structurelles.

Une gestion contestée et un management décrié

Derrière l’argumentaire économique, les témoignages internes révèlent une crise de gouvernance. NGM souffre de l’emprise d’un groupe de dirigeants indiens, souvent absents du terrain ou jugés incompétents. Le véritable patron serait un frère cadet de Gagan, installé à Dubaï, qui ne se rend plus sur les sites. L’entreprise, décrite comme un « cadeau familial », se retrouve pilotée à distance, au détriment de la rigueur managériale.

À Franceville, la direction a été confiée à un DGA, Gyslain Kelet, plus connu pour son activité pastorale que pour ses compétences administratives. Les choix techniques sont tout aussi contestables : le plateau de Beniomi, dont la durée de vie était estimée à vingt ans, a été exploité de manière irrationnelle. Au lieu d’appliquer les règles de blending (mélange de minerai riche et pauvre) pour optimiser la durée de vie, seuls les gisements les plus concentrés ont été prélevés, accélérant l’épuisement du site. L’administration des Mines, pourtant témoin de ces dérives, demeure silencieuse.

NGM a également remplacé un cadre gabonais compétent en ressources humaines par un expatrié congolais aligné sur les décisions du groupe indien, accentuant le malaise social.

Okondja : d’un modèle mondial à un exemple de dérive

Le site d’Okondja, autrefois présenté comme un modèle international, est aujourd’hui décrit comme un symbole de médiocrité. Les Sud-Africains qui y assuraient la gestion ont été évincés au profit de responsables indiens jugés incompétents. Résultat : grèves incessantes, gestion précaire des CDD, absence d’évaluation du personnel et arrêt total de la production faute de maîtrise technique des unités – carrière, usine, transport.

La route vers le quai de Lastourville est devenue un véritable « cimetière de camions » tant les accidents se multiplient, révélant un suivi HSE défaillant. Plus grave encore, la digue à stériles présente des fissures inquiétantes, faisant peser un risque majeur de pollution de la rivière Sébé. Là encore, l’administration minière et environnementale garde le silence.

Un plan social qui épargne les vrais responsables

Les licenciements visent des agents subalternes plutôt que les cadres indiens à l’origine de nombreux dysfonctionnements. Les techniciens chargés des convoyeurs, les contrôleurs de ponts bascules ou les ouvriers de la laverie sont les premiers visés, alors que les difficultés découlent d’erreurs de planification, d’une exploitation anarchique des gisements, d’une maintenance inexistante et d’un management approximatif.

La direction prétend réaliser des économies alors que l’entreprise emploie plus de 1200 personnes au total : comment le départ d’une quarantaine d’employés faiblement rémunérés pourrait-il résoudre des pertes structurelles causées par une mauvaise gestion, une absence de vision minière et la défaillance des unités de production ?

Une restructuration qui masque un déclin inquiétant

Au regard des documents internes et des observations de terrain, la restructuration de Nouvelle Gabon Mining ressemble moins à un redressement qu’à un aveu d’échec. Les véritables causes de la crise – gouvernance familiale, décisions techniques hasardeuses, incompétence managériale, négligences environnementales – demeurent intactes. Les salariés gabonais, déjà épuisés par des conditions de travail dégradées, deviennent les victimes d’une stratégie qui ne s’attaque pas aux racines du mal.

Dans un tel contexte, l’avenir de NGM apparaît sombre : entre gisements surexploités, production à l’arrêt et licenciements sélectifs, l’entreprise semble s’enfoncer dans une spirale de déclin dont les travailleurs pourraient être les premiers sacrifiés.

Entretien : Melba Orlie Nzang Meyo, l’experte qui replace le Gabon sur la carte de l’IA

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« Je vois le Gabon briller numériquement »

C’est loin de sa terre natale, au Sénégal, que Melba Orlie Nzang Meyo a conçu Obone IA, son projet phare pour la souveraineté numérique. Ce travail colossal lui a valu d’entrer au panthéon de l’intelligence artificielle africaine en étant gravée dans le Livre Blanc du SALTIS (Salon des algorithmes, des technologies et de l’innovation du Sénégal) 2025. Forte de cette reconnaissance, et répondant à l’appel de la Première Dame, l’entrepreneure continue de diriger le Comité scientifique gabonais de recherche sur l’IA. Elle nous livre une interview essentielle sur sa vision pour arracher le Gabon et l’Afrique centrale à l’invisibilité numérique.

Gabonclic.Info : Après une décennie d’entrepreneuriat à succès, notamment avec votre marque « La Cocotte Médi » au Sénégal, vous lancez aujourd’hui des projets pour le Gabon. Quel a été le déclic de cet engagement national ?

Melba Orlie Nzang Meyo : Mon engagement envers le Gabon, après mon départ en 2016 motivé par le cyber harcèlement, est le résultat d’une prise de conscience. J’avais coupé les ponts avec mon pays jusqu’à ce que la Première Dame m’interpelle en 2024. Elle m’a dit que le Gabon avait besoin de moi. Cette intervention a remis les choses en perspective, d’autant plus que j’ai constaté le manque de visibilité des initiatives Tech gabonaises. C’est donc l’appel d’une haute autorité, combiné à la volonté d’occuper l’espace numérique gabonais, qui a rendu ce retour possible.

Melba Orlie Ndong Nzang Meyo
L’expertise au service du pays : Melba Orlie Nzang Meyo prône le réinvestissement dans la recherche numérique pour arracher le Gabon à « l’invisibilité numérique »

Vous avez co-fondé l’IA sénégalaise Awa, et vous lancez désormais Obone IA au Gabon. Quelle est la particularité d’Obone IA ?

Obone IA est la première intelligence artificielle capable de comprendre et de répondre en langue fang, une des langues gabonaises. Ce projet est une réponse directe à une frustration : celle de voir le continent africain, bien que très peuplé, quasiment inexistant dans les données numériques globales. Obone IA vise à être un outil de préservation culturelle en numérisant nos cinquante langues pour qu’elles ne disparaissent pas, tout en étant un moteur de réduction de la fracture numérique pour nos citoyens, y compris ceux qui ne maîtrisent pas les langues coloniales.

Quel est le rôle principal du Comité scientifique gabonais de recherche sur l’IA que vous présidez ?

Notre rôle est de structurer et de contextualiser l’innovation. Nous travaillons sur quatre axes alignés sur le Programme national de croissance et de développement (PNCD). Nous attaquons notamment la promotion de l’employabilité en créant des opportunités Tech et la mise en place d’infrastructures modernes en proposant des solutions numériques adaptées aux besoins locaux. Fondamentalement, nous gérons la validation scientifique des données linguistiques et contextuelles, car nous ne pouvons pas entraîner une IA avec des sources qui se contredisent. La recherche n’est pas une perte de temps, elle est la clé de la crédibilité.

Figurer dans le Livre Blanc du SALTIS est une consécration. Quel message cette reconnaissance envoie-t-elle au Gabon et à l’Afrique centrale ?

C’est la preuve que le Gabon a un apport scientifique à faire valoir sur le continent. Le message est un appel urgent à l’action : l’Afrique centrale doit impérativement réinvestir dans la recherche numérique. Nos réalités sont différentes de celles de l’Afrique de l’Ouest (par exemple, notre éco-numérique n’est pas le même en raison de notre forêt). Nous devons cesser d’importer des solutions non contextualisées et commencer à valoriser ce qui est fait localement pour nous imposer à l’extérieur. Cette reconnaissance nous ouvre une porte pour affirmer que nous avons notre place.

Quel message lancez-vous à la jeunesse africaine, notamment aux femmes, et quel est votre mot de la fin ?

À la jeunesse africaine, je dis : levez-vous, soyez moins paresseux et plus audacieux. Pour les jeunes femmes en particulier, nous devons être plus présentes. Si nous continuons de nous cacher, nous ne serons jamais prises en compte. Il faut commencer par croire en soi avant d’attendre que la société nous valide. L’enjeu de l’IA pour le continent est la Souveraineté.

Pour conclure, je dirais que nous devons continuer de croire que l’Afrique peut aller quelque part et surtout qu’elle peut être souveraine. En mettant l’accent sur mon pays, je vois un Gabon occuper de très belles places en termes de recherche scientifique et de nouvelles technologies. Je vois le Gabon arriver en grande pompe dans des salons où on ne nous attendait pas. Je vois le Gabon briller, numériquement parlant et culturellement.

Propos recueillis par Sophie Edjogo