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Routes dégradées, eau rare, soins limités : Lastoursville face à ses réalités

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À l’occasion des fêtes de fin d’année, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, en séjour dans la province de l’Ogooué-Lolo, s’est rendu à Lastoursville. Les populations ont saisi cette tribune pour exposer les difficultés majeures qui étranglent leur quotidien.

Les échanges ont mis en lumière des préoccupations persistantes, au premier rang desquelles figure la dégradation avancée de l’axe reliant Lastoursville à Libreville. À cette fracture routière s’ajoutent un accès précaire à l’eau potable et un climat d’insécurité croissant. Faute de pompes fonctionnelles, de nombreux foyers sont contraints de s’approvisionner au stade municipal, situé à la périphérie de la ville, imposant de longues distances pour un besoin aussi vital.

En réponse à ces attentes, le chef de l’État a annoncé une série de chantiers incluant l’extension du commissariat, la construction d’un marché municipal et d’un nouvel hôpital. Le plan de développement prévoit également une station-service et une nouvelle préfecture pour le département de Mulundu.

Faute d’équipements suffisants, le centre de santé de Lastoursville peine à répondre aux besoins des populations.
Faute d’équipements suffisants, le centre de santé de Lastoursville peine à répondre aux besoins des populations.

Toutefois, dans le secteur de la santé, ces promesses sont accueillies avec une certaine prudence. Pour les professionnels locaux, l’urgence ne réside pas tant dans l’édification d’un nouvel établissement que dans la réhabilitation et l’équipement du centre de santé actuel, déjà fragilisé par un manque de personnel qualifié et des services techniques partiellement à l’arrêt.

[Tribune libre] Débâcle du football gabonais : au-delà des sanctions, la riposte !

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L’élimination humiliante du Gabon lors de la CAN qui se déroule au Maroc, soldée par un zéro pointé au premier tour, a provoqué une onde de choc jusqu’au sommet de l’État. Entre la mise à l’écart du staff technique et la suspension inédite de l’équipe nationale, le gouvernement opte pour la fermeté. Dans cette tribune libre, Dieudonné Minlama Mintogo, acteur politique et ancien candidat à l’élection présidentielle de 2016, analyse la portée de ces sanctions radicales qui divisent l’opinion. Il s’interroge sur l’efficacité de ces mesures face à un mal que beaucoup jugent structurel et profond.

Au-delà des sanctions, les Gabonais attendent du Gouvernement la définition et la mise en place d’une véritable politique sportive claire et efficace.

Sans championnats réguliers et compétitifs, sans une politique de formation rigoureuse, sans une organisation structurée et professionnelle, sans infrastructures fiables et entretenues, en absence de sources de financements stables et crédibles ; notre football ne pourrait jamais se hisser au niveau de celui des meilleures nations africaines malgré le talent et le dévouement de nos joueurs expatriés.

Les joueurs expatriés ne peuvent porter la responsabilité de ces insuffisances et de nos échecs.

Ils sont, à mes yeux, des victimes d’un système désuet, obsolète caractérisé par le pilotage à vue et gangrené par l’incompétence, la mauvaise gouvernance, l’amateurisme, et l’insouciance de ses animateurs.

Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait baisser la température.

 Les victoires ne se décrètent pas ils se construisent sur des bases claires et rigoureuses. À ce niveau, le miracle et la chance n’existent pas.

Le temps est venu pour que le Gouvernement et la Fédération assument leurs responsabilités. Qu’ils se mettent au travail et sortent des sentiers battus. Il n’y a pas de boucs émissaires qui vaillent.  Le mal est profond, la riposte se doit d’être vigoureuse et appropriée.

Il n’y a plus de place ni pour la distraction ni pour la manipulation, l’honneur est souillé, il faut laver l’affront. C’est de cela dont il s’agit.

Le Président de la République a haussé le ton lors du dernier Conseil des Ministres. Le contribuable attend les résultats.

Dieudonné Minlama Mintogo, Acteur politique, ancien candidat aux élections présidentielles de 2016

Nouveau gouvernement : dix femmes en première ligne

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Le Gabon a franchi une étape symbolique dans la structuration de son appareil d’État le 1er janvier 2026. En dévoilant la composition de son nouveau gouvernement, le Président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema a instauré une représentativité féminine de 33 %. Sur les trente portefeuilles que compte désormais l’exécutif, dix ont été confiés à des femmes, marquant une volonté de concilier promotion du leadership féminin et stabilité institutionnelle.

Cette ossature gouvernementale repose d’abord sur un socle de fidèles. Quatre ministres conservent leurs fonctions initiales, signe d’une confiance renouvelée dans la gestion des dossiers prioritaires. Brigitte Onkanowa demeure à la tête de la Défense nationale, tandis que Camelia Ntoutoume épouse Leclercq poursuit sa mission à l’Éducation nationale et à l’Instruction civique. Zenaba Gninga Chaning garde la main sur le Commerce et l’Entrepreneuriat des jeunes, tout comme Louise Pierrette Mvono à la Planification et à la Prospective. Ce maintien garantit une continuité indispensable pour l’aboutissement des réformes structurelles déjà engagées dans ces secteurs souverains.

Entre promotion de nouveaux visages et redéploiement stratégique

L’ouverture vers de nouveaux visages constitue le second pilier de ce remaniement. Trois nouvelles figures font leur entrée remarquée dans l’arène gouvernementale. Marie-Edith Tassyla-Ye-Doumbeneny hérite du prestigieux portefeuille des Affaires étrangères et de la Coopération, un poste exposé où elle devra porter la voix du Gabon à l’international. Elle est accompagnée de Jacqueline Ilogue épouse Bignoumba, nommée au Travail et au Dialogue social, et d’Elza Ayo épouse Bivigou, qui prend les rênes de la Santé. Ces nominations injectent un souffle nouveau dans des départements où les attentes sociales demeurent particulièrement fortes.

Au-delà de ces arrivées, le remaniement s’appuie sur une réaffectation stratégique des compétences internes. Trois ministres expérimentées changent de département pour répondre aux nouveaux défis de l’exécutif. Armande Longo épouse Moulengui se voit confier les Affaires sociales ainsi que la Protection de l’enfance et de la femme. Marcelle Ibinga épouse Itsitsa prend la direction du Tourisme durable et de l’Artisanat, tandis que Laurence Mengue Me Nzoghe épouse Ndong est appelée à piloter la Fonction publique et le Renforcement des capacités. Ce jeu de chaises musicales témoigne d’une volonté d’optimiser l’expérience acquise pour l’appliquer à des chantiers jugés plus urgents ou plus techniques.

Si cette composition met en lumière un effort significatif de féminisation de l’espace politique, l’exécutif reste confronté à la persistance d’une domination masculine dans les ministères régaliens liés à l’économie et aux finances. L’enjeu pour cette équipe de trente ministres résidera désormais dans sa capacité à transformer cet équilibre entre continuité et renouveau en actes concrets. Pour le Gabon, l’heure est à l’exécution de cette feuille de route, où la présence accrue des femmes devra se traduire par des résultats tangibles pour le quotidien des citoyens.

Gabon : Le commando d’Oligui Nguema face au mur des attentes sociales

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C’est un acte fondateur posé depuis le cœur de l’Ogooué-Lolo qui lance officiellement la marche du Gabon vers sa nouvelle destinée institutionnelle. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema, en séjour à Koulamoutou depuis le 30 décembre dernier, a choisi la symbolique de cette province pour signer le décret portant nomination du nouveau gouvernement. Première équipe de l’ère post-transition et seconde de la Ve République, cette formation marque l’entrée dans une phase de normalisation au lendemain de la restauration complète des institutions républicaines.

Le premier changement majeur de cette architecture réside dans la promotion d’Hermann Immongault, qui accède au poste prestigieux de Vice-président du gouvernement. Pour de nombreux observateurs, cette nomination sonne comme une reconnaissance pour celui qui a piloté l’organisation du référendum constitutionnel et de l’élection présidentielle.

Bien que les irrégularités constatées dans l’organisation des élections législatives et locales aient suscité de vives critiques, le Chef de l’État a manifestement choisi de privilégier l’expérience de celui qui a scellé le retour à l’ordre constitutionnel pour coordonner désormais une équipe de trente membres.

Un équilibre entre technocratie et continuité politique

Ce gouvernement version 2026 se distingue par un savant dosage entre visages familiers et nouveaux technocrates. Sur les treize nouveaux entrants, le profil des titulaires de portefeuilles stratégiques saute aux yeux et confirme la volonté présidentielle d’orienter l’action publique vers les résultats. À l’Économie et aux Finances, l’ingénieur financier Thierry Minko remplace Henri-Claude Oyima, tandis qu’au Pétrole, le choix s’est porté sur Clotaire Kondja, ancien cadre de la société Vaalco Gabon. L’expert onusien Pacôme Kossy prend quant à lui les rênes de l’Agriculture.

Parallèlement, la continuité reste de mise pour seize ministres qui conservent la confiance du Chef de l’État, à l’instar d’Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, Laurence Ndong ou encore Carmelia Ntoutoume à l’Éducation nationale, laquelle bat des records de longévité malgré les tensions persistantes dans son secteur.

Sur le plan de la représentativité, l’équipe compte dix femmes. Si ce chiffre est en progression par rapport à la précédente formation, il laisse encore un goût d’inachevé pour les défenseurs de la parité qui espéraient une présence plus marquée au sommet de l’État. De même, le départ de quatorze membres, dont des poids lourds comme Adrien Mougougou à la Santé ou Paul Marie Gondjout à la Communication, montre une volonté de renouveler le sang de l’exécutif pour répondre aux défis pressants de la nouvelle année.

Pour ce gouvernement de combat, il n’y aura pas d’état de grâce car le peuple gabonais attend désormais que la restauration des institutions se traduise concrètement dans son assiette. Le quotidien reste marqué par une inflation galopante où se nourrir est devenu une véritable gageure et où le système de santé universel s’essouffle sous le poids de la dette de la CNAMGS vis-à-vis des pharmacies. Entre le stress hydrique, les coupures d’électricité et un front social en ébullition, l’équipe Immongault n’a plus d’excuse. Disposant d’un cadre institutionnel stabilisé, elle doit transformer la vision présidentielle en améliorations palpables pour un peuple qui ne se contentera plus de discours mais exige des solutions à la vie chère.

Football gabonais : le grand ménage après le fiasco de la CAN

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Au lendemain de l’élimination prématurée des Panthères à la Coupe d’Afrique des nations 2025, le gouvernement gabonais a annoncé une série de mesures fortes pour sanctionner ce qu’il considère comme un échec sportif majeur. L’équipe nationale est suspendue jusqu’à nouvel ordre, le staff technique dirigé par le sélectionneur Thierry Mouyouma est dissous, et deux figures emblématiques du football gabonais, Pierre-Emerick Aubameyang et Bruno Ecuele Manga, sont mises à l’écart.

Engagé avec de grandes ambitions dans cette CAN 2025, le Gabon a quitté la compétition dès le premier tour après des prestations largement jugées en deçà des attentes. Cette élimination précoce a provoqué une vive réaction au sommet de l’État, dans un contexte de critiques croissantes sur la gestion du football national et l’efficacité des moyens engagés.

Dans un communiqué officiel, les autorités justifient ces décisions par des contre-performances répétées, des dysfonctionnements organisationnels et un manque d’engagement collectif incompatible avec les exigences du haut niveau. La suspension de l’équipe nationale, mesure exceptionnelle, vise à marquer une rupture et à ouvrir une nouvelle phase de reconstruction.

Pierre-Emerick Aubameyang et Bruno Ecuele Manga, capitaines historiques et symboles de la sélection depuis plus d’une décennie, incarnent une ère que les autorités souhaitent désormais dépasser au profit d’un nouveau projet sportif.

Une crise plus profonde que les résultats

Toutefois, pour une partie des observateurs, des acteurs du football et de l’opinion publique, la débâcle des Panthères ne saurait être imputée uniquement aux joueurs et au staff technique. Selon cette lecture, l’échec est avant tout structurel et révèle des maux anciens : instabilité chronique à la tête des instances, absence de vision sportive cohérente, faiblesse du championnat local, déficit de formation et conditions de préparation souvent jugées insuffisantes.

Certains estiment que les sanctions annoncées risquent de masquer les responsabilités institutionnelles et de reproduire un schéma déjà observé par le passé, où les hommes changent sans que le système ne soit véritablement réformé. Dans cette perspective, la suspension de l’équipe nationale apparaît moins comme une solution durable que comme un électrochoc politique, dont l’efficacité dépendra de la capacité des autorités à engager des réformes en profondeur et à restaurer la confiance entre les différentes parties prenantes.

Au-delà des sanctions, le gouvernement annonce une refondation globale du football gabonais, axée sur la formation, la structuration des compétitions locales et l’amélioration de la gouvernance. En attendant la relance de la sélection, ces décisions ouvrent un débat national sur l’avenir des Panthères et sur la nécessité d’un projet sportif stable, crédible et partagé, condition essentielle pour permettre au Gabon de retrouver sa place sur la scène africaine.

La nouvelle ossature de l’exécutif gabonais

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Depuis Koulamoutou, dans l’Ogooué-Lolo, le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema a ouvert l’année 2026 par une profonde restructuration de l’appareil d’État. Par voie de décrets, le chef de l’État a nommé un nouveau vice-président de la République ainsi qu’un vice-premier ministre à la tête d’une équipe gouvernementale remaniée. Ce mouvement stratégique dessine désormais les contours de l’administration nationale.

– Vice-Président de la République

Hugues Alexandre BARRO CHAMBRIER

-Vice-Président du Gouvernement

Hermann IMMONGAULT

MINISTRES D’ETAT

– Ministre d‘Etat, Ministre des Transports, de la Marine Marchande, Chargé de la Logistique

Ulrich MANFOUMBI MANFOUMBI

– Ministre d’Etat, Ministre de la Défense Nationale

Brigitte ONKANOWA

– Ministre d‘Etat, Ministre de l’Education Nationale et de l’Instruction Civique

Camelia NTOUTOUME épse LECLERCQ

MINISTRES

– Ministre de l’Accès Universel à l’Eau et à l’Energie

Philippe TONANGOYE

– Ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation

Adrien NGUEMA MBA

– Ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre

Mays Lloyd MOUISSI

– Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération, Chargé de l’Intégration et de la Diaspora

Marie-Edith TASSYLA-YE-DOUMBENENY

– Ministre de l’Economie Numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation

Mark Alexandre DOUMBA

– Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Chargé des Droits Humains

Augustin EMANE

– Ministre de la Planification et de la Prospective

Louise Pierrette MVONO

– Ministre de la Réforme et des Relations avec les Institutions

Jean-François NDONG OBIANG

– Ministre du Pétrole et du Gaz

Clotaire KONDJA

– Ministre de l’Economie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la Vie Chère

Thierry MINKO

– Ministre des Mines et des Ressources Géologiques

Sosthène NGUEMA NGUEMA

– Ministre de la Pêche, de la Mer et de l’Economie Bleue

Aimé Martial MASSAMBA

– Ministre des Travaux Publics et de la Construction

Edgard MOUKOUMBI

– Ministre de l’Industrie et de la Transformation Locale

Lubin NTOUTOUME

– Ministre de la Fonction Publique et du Renforcement des Capacités

Laurence MENGUE ME NZOGHE épse NDONG

– Ministre du Travail, du Plein Emploi, du Dialogue Social et de la Formation Professionnelle

Jacqueline ILOGUE épse BIGNOUMBA

– Ministre des Eaux et Forêts, de l’Environnement, du Climat, chargé du Conflit Homme-Faune

Maurice ALLOGHO NTOSSUI

– Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Porte-Parole du Gouvernement

Charles Edgard MOMBO

– Ministre de la Santé

Elza AYO épse BIVIGOU

– Ministre des Affaires Sociales, chargé de la Protection de l’Enfance et de la Femme

Armande Longo épse MOULENGUI

– Ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et du Développement Rural

Pacôme KOSSY

– Ministre du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes

Zenaba GNINGA CHANING

– Ministre du Tourisme Durable et de l’Artisanat

Marcelle IBINGA épse ITSITSA

– Ministre de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement Culturel et des Arts, chargé de la Vie Associative

Paul Ulrich KESSANY

– Ministre de la Communications et des Médias

Germain BIHADJOW

MINISTRE DELEGUE

– Ministre délégué auprès du Ministre de l’Economie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé du Budget

Marc ABEGHE

[Tribune libre] Le contentieux des égalités parfaites et ses implications sur la démocratie : l’exemple de l’impasse de Mandji-Ndolou

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Dans une tribune aussi rigoureuse que visionnaire, Georges-Bernard Ankaro, enseignant et ancien Inspecteur général des services, décortique l’impasse inédite de Mandji-Ndolou. Là où le Code électoral s’est mué en silence assourdissant face à une égalité persistante de 17 voix contre 17, la Cour constitutionnelle a dû s’ériger en architecte d’une solution politique nouvelle. Entre impératif d’urgence et risque de partialité, l’auteur interroge : jusqu’où le juge peut-il innover pour sauver la continuité démocratique ? Une analyse magistrale sur les zones d’ombre de la transition et les défis d’une justice en quête de repères.

En décembre 2025, une impasse électorale rare a captivé l’attention au Gabon : dans la circonscription de Mandji-Ndolou (province de la Ngounié), les élections sénatoriales partielles indirectes ont abouti à une égalité parfaite et persistante de 17 voix contre 17, malgré trois tours de scrutin. La Cour constitutionnelle, saisie pour trancher, a innové en attribuant le siège à la candidate de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) sur la base du « rapport de force politique local », écartant explicitement la séniorité et refusant un nouveau tour.

Ce cas, apparemment technique, révèle des enjeux profonds du droit électoral : comment départager une égalité parfaite sans compromettre la légitimité démocratique ? Les égalités parfaites, bien que rares, posent un défi universel aux systèmes démocratiques, obligeant à choisir entre neutralité aléatoire, critères personnels ou interprétations politiques. Une question légitime se pose également : la Cour ne pouvait-elle pas, au lieu de délibérer immédiatement, attendre que de nouvelles règles soient fixées par le législateur, quitte à prolonger l’impasse, afin de parvenir à une décision moins discutable ? À travers l’affaire de Mandji-Ndolou, cet article explore les méthodes classiques de résolution, analyse la solution gabonaise, y compris cette interrogation sur l’urgence, et tire des enseignements plus larges pour la démocratie.

I. Faits et chronologie de l’impasse électorale inédite de Mandji-Ndolou

Le scrutin sénatorial indirect de Mandji-Ndolou s’inscrit dans le processus électoral de 2025, organisé sous la transition politique gabonaise ouverte par le coup d’État du 30 août 2023. Le siège unique opposait Maryse Mariam Matsanga Mayila-Isselmou (UDB, parti fondé en juillet 2025 par le président de la transition Brice Clotaire Oligui Nguema) à Jean Koumbi Guiyedi (PDG, ancien parti au pouvoir sous les Bongo).

Les 34 grands électeurs (conseillers issus des locales de septembre 2025) ont voté à trois reprises : le 8 novembre (premier tour), le 22 novembre (second tour) et autour du 27 novembre (troisième tour ordonné par la Cour). À chaque fois, résultat identique : 17 voix pour chacun, participation à 100 %. Face à ce blocage, et devant l’absence de règle explicite de départage dans le Code électoral (loi organique n° 001/2025), la Cour constitutionnelle, présidée par Dieudonné Aba’a Owono (nommé par le président de la transition en septembre 2023), a rendu sa décision le 16 décembre 2025.

Refusant de départager les candidats sur la base de la « séniorité » (droit d’aînesse) et sans organiser un quatrième tour, cette haute institution a choisi de se fonder sur le critère du rapport de force politique local. Ce choix s’est traduit par l’examen de la répartition des conseillers locaux. L’UDB comptait huit élus dans la commune de Mandji et huit autres dans le département de Ndolou, soit un total de 16 élus, tandis que le PDG disposait de six élus dans la commune de Mandji et neuf dans le département de Ndolou, pour un total de 15. Cet avantage numérique, quoique léger, a conduit la Cour à attribuer le siège à Maryse Mariam Matsanga Mayila-Isselmou.

II. Les méthodes classiques de résolution des égalités parfaites

Les égalités parfaites, bien que rares, ne sont pas étrangères à l’histoire des élections. Les régimes démocratiques ont progressivement élaboré plusieurs types de réponses pour les départager, que l’on peut regrouper en trois grands mécanismes.

Le premier repose sur le tirage au sort, considéré comme la solution la plus neutre puisqu’il exclut toute intervention humaine discrétionnaire. Cette méthode, qui peut prendre la forme d’un lancer de pièce ou d’un autre procédé aléatoire, est couramment utilisée aux États-Unis lors de certaines élections locales ou étatiques, en Australie pour le Sénat, et trouve ses racines dans les pratiques des démocraties antiques, notamment à Athènes ou à Venise.

Le deuxième mécanisme s’appuie sur des critères personnels, tels que l’âge ou l’ancienneté, en attribuant la victoire au candidat le plus âgé ou le plus expérimenté. Ce principe demeure en vigueur dans plusieurs pays, notamment en France pour certaines élections municipales, en vertu de l’article L. 262 du Code électoral applicable aux communes de plus de 1 000 habitants, mais aussi en Belgique et en Suisse pour des scrutins communaux.

Enfin, une troisième approche consiste à recommencer le scrutin ou à modifier les règles du vote afin de départager les candidats. Cela peut prendre la forme d’un nouveau tour avec une majorité qualifiée, d’un vote décisif confié à une autorité spécifique, comme le président d’une assemblée, ou encore de l’annulation pure et simple suivie d’une réélection. Parmi les variantes de cette approche, on peut envisager de poursuivre les tours de scrutin même indéfiniment, jusqu’à ce qu’une majorité émerge, bien que cela risque de prolonger l’incertitude et d’épuiser les électeurs. Une autre option serait de procéder à une nomination exceptionnelle par une autorité supérieure, telle que le chef de l’État ou une instance judiciaire, pour trancher directement. Enfin, annuler l’élection avec la possibilité de repartir de zéro, en autorisant éventuellement de nouveaux candidats, permettrait de rafraîchir le processus et d’éviter un blocage persistant, quoique au prix d’un délai supplémentaire et de coûts additionnels.

Chacune de ces solutions présente des atouts, notamment en termes de simplicité ou de neutralité, mais également des limites : le recours au hasard peut être perçu comme contraire à l’esprit démocratique, les critères de séniorité comme arbitraires ou discriminatoires, et la répétition des scrutins comme un facteur d’instabilité politique. Les variantes plus extrêmes, comme des tours indéfinis ou une nomination exceptionnelle, soulèvent des questions d’équité et de risque d’abus de pouvoir, tandis que l’annulation complète pourrait être vue comme une remise en cause de la volonté initiale des électeurs.

III. Analyse critique de la solution gabonaise : innovation ou risque ?

La Cour gabonaise s’est écartée des mécanismes classiques de départage pour retenir un critère majoritariste élargi, choix qui suscite à la fois compréhension et réserves.

– L’impératif de l’urgence

Une question revient fréquemment : la Cour aurait-elle pu surseoir à statuer dans l’attente d’une réforme législative ? En pratique, cette option était difficilement envisageable. En sa qualité de garante de la régularité du processus électoral, la Cour devait combler le vide juridique afin d’éviter la vacance prolongée d’un siège sénatorial, situation de nature à perturber l’installation complète du Sénat à la fin de la transition, prévue pour décembre 2025. Différer la décision dans l’espoir d’une future intervention du législateur, dont les délais sont par nature incertains, aurait entraîné un blocage institutionnel incompatible avec son mandat constitutionnel. Le contexte d’urgence, marqué par la clôture du cycle électoral et l’exigence de continuité des institutions, imposait donc une décision rapide, même au prix de controverses. Par ailleurs, des alternatives comme poursuivre les tours indéfiniment auraient pu aggraver l’impasse sans garantir une résolution, tandis qu’une nomination exceptionnelle par une autorité supérieure risquerait d’introduire un biais encore plus prononcé, et l’annulation de l’élection pour un redémarrage complet aurait prolongé l’instabilité sans nécessairement résoudre le problème sous-jacent.

– Les arguments en faveur de la solution retenue

Cette approche présente certains fondements positifs. Elle se veut d’abord le reflet d’une « volonté populaire » indirecte, les résultats des élections locales servant de proxy pour apprécier le rapport réel des forces politiques. Elle répond ensuite à une logique pragmatique, en permettant un dénouement rapide du contentieux. Enfin, elle s’inscrit dans une philosophie représentative qui privilégie les dynamiques politiques effectives plutôt que le recours à des mécanismes perçus comme arbitraires.

– Les objections de fond

Toutefois, les critiques sont substantielles. La décision procède d’une construction jurisprudentielle dans un silence de la loi, ce qui soulève le risque d’un dépassement du rôle du juge. Le critère retenu introduit une part de subjectivité, en faisant abstraction du vote explicite et réitéré des grands électeurs. À cela s’ajoute une perception possible de partialité, dans un contexte où le président de la Cour est désigné par l’exécutif et où l’UDB bénéficie d’une position dominante liée à la période de transition. L’ensemble peut être interprété comme l’introduction d’un biais partisan dans un scrutin majoritaire uninominal.

Cette démarche apparaît, en outre, sans véritable précédent : aucune jurisprudence comparable n’a été identifiée dans les expériences consultées, ce qui renforce à la fois son caractère innovant et les interrogations qu’elle suscite.

IV. Implications plus larges pour la démocratie

L’affaire de Mandji-Ndolou met en lumière des tensions démocratiques majeures. Elle interroge d’abord l’équilibre entre légitimité et neutralité, dans la mesure où toute règle de départage influe directement sur la confiance accordée au processus électoral. Elle révèle ensuite l’opposition entre l’urgence judiciaire et la prudence législative : confrontées à des situations imprévues, les juridictions sont souvent contraintes de statuer rapidement, au risque de susciter la controverse, plutôt que d’attendre l’intervention d’un législateur idéal. Des options comme des tours indéfinis, une nomination par autorité supérieure ou une annulation complète soulignent les dilemmes : elles offrent des sorties potentielles mais exposent à des risques d’abus, de fatigue électorale ou de remise en cause du processus.

Cette affaire s’inscrit par ailleurs dans un contexte transitoire marqué par une fragilité institutionnelle, où une justice issue de nominations exécutives peut être perçue comme sensible aux équilibres politiques du moment. Elle souligne enfin l’importance de la codification et de la prévisibilité du droit : si les vides juridiques favorisent l’innovation, ils génèrent aussi de l’incertitude, tandis qu’une règle claire demeure la meilleure garantie d’équité.

Au-delà du cas d’espèce, l’affaire offre des enseignements précieux pour les démocraties émergentes : anticiper explicitement les situations rares, consolider l’indépendance judiciaire et reconnaître que l’imprévu constitue, en lui-même, une épreuve décisive de la résilience démocratique.

L’impasse de Mandji-Ndolou, résolue par une jurisprudence originale et urgente, constitue un révélateur des fragilités du contentieux électoral. Elle illustre comment un détail technique peut cristalliser des débats profonds sur la nature même de la démocratie : doit-on privilégier la neutralité absolue, la représentation majoritaire ou la stabilité pragmatique, même au prix d’une décision immédiate et critiquable ? Des alternatives non retenues, telles que poursuivre indéfiniment les tours, nommer exceptionnellement via une autorité supérieure ou annuler pour recommencer avec de nouveaux candidats, rappellent que d’autres voies existent, chacune avec ses propres défis en termes d’équité et d’efficacité.

En posant un précédent inédit, la Cour gabonaise invite à une réflexion urgente : codifier clairement les règles de départage, garantir l’indépendance des institutions et reconnaître que, dans les systèmes en construction, l’urgence institutionnelle prime souvent sur l’attente d’une solution législative idéale.

 Georges-Bernard Ankaro, Enseignant, ancien Inspecteur général des services

Cour constitutionnelle : Le signal fort de Paris à Libreville

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Pour sa première audience officielle depuis l’avènement de la Ve République, le président de la Cour constitutionnelle du Gabon a reçu l’ambassadeur de France, Fabrice Mauriès. Cet échange empreint de solennité symbolise un partenariat institutionnel appelé à se renforcer durablement au Palais de la Constitution de Libreville.

Cette visite de courtoisie, tenue ce mardi 30 décembre 2025, marque une étape symbolique dans la nouvelle phase institutionnelle du pays. À cette occasion, le diplomate français a présenté ses chaleureuses félicitations au président Dieudonné Aba’a Owono pour sa réélection, tout en saluant la rigueur de la Cour dans l’accomplissement de ses missions, notamment durant la période de Transition. Fabrice Mauriès a souligné le rôle central de l’institution dans le respect de l’ordre constitutionnel, la régulation des pouvoirs publics et la consolidation de l’État de droit.

« J’ai tenu à féliciter le président pour sa réélection et pour le travail considérable accompli par la Cour tout au long de la Transition, tout en lui réaffirmant notre volonté de continuer à travailler avec lui », a déclaré l’ambassadeur de France à l’issue de la rencontre, insistant sur la continuité de l’appui technique français.

Cette rencontre intervient dans un contexte post-Transition où la stabilité des institutions demeure un enjeu majeur pour le Gabon. À travers cet échange, la France réaffirme sa volonté de maintenir un dialogue soutenu et de renforcer ses liens de coopération. Les discussions ont notamment porté sur la perspective d’un rapprochement entre la Cour constitutionnelle du Gabon et le Conseil constitutionnel français, un projet qui avait déjà été esquissé en marge de la dernière visite du président de la République française à Libreville.

Au-delà de sa dimension diplomatique, cette audience traduit la volonté de Dieudonné Aba’a Owono de réaffirmer la place de la Cour comme gardienne des lois et arbitre institutionnel. Cette orientation vise à renforcer l’autorité, la crédibilité et le rayonnement de la haute juridiction au sein de la nouvelle architecture nationale. Par ce geste, Paris confirme son attachement à un partenariat historique avec le Gabon, fondé sur la confiance mutuelle et le respect des normes constitutionnelles.

CAN 2025 : Le cauchemar des Grues, trois gardiens pour un seul match

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La Coupe d’Afrique des Nations réserve régulièrement son lot de surprises, mais le duel entre l’Ouganda et le Nigeria, disputé ce mardi 30 décembre, restera gravé comme l’un des épisodes les plus insolites de l’histoire du tournoi. En l’espace d’un quart d’heure seulement, les Grues ont été contraintes de solliciter successivement l’intégralité de leurs gardiens inscrits sur la feuille de match.

Le scénario a basculé juste avant la pause, à la 45e minute. Denis Onyango, le vétéran et capitaine emblématique, a été victime d’une blessure sur une intervention pourtant anodine, l’obligeant à quitter prématurément ses partenaires. Son remplaçant, Alim Magoola, a pris les gants dans un climat de tension croissante, mais son passage sur la pelouse fut de courte durée. Dès la 56e minute, il écopait d’un carton rouge direct pour avoir stoppé de la main, hors de sa surface de réparation, une course folle de Victor Osimhen.

Acculé, le sélectionneur Paul Put a dû opérer un choix tactique radical en sacrifiant son milieu de terrain Baba Alhassan. Ce changement a permis l’entrée du troisième portier, Nafian Alionzi, habituel dernier rempart du club éthiopien Mechal. Ce jeu de chaises musicales, rarissime à ce niveau de compétition, a totalement désorganisé le bloc défensif ougandais.

Réduits à dix et déstabilisés par cette succession de coups du sort, les Ougandais n’ont pu contenir la puissance offensive nigériane. Déjà menés au score, ils ont encaissé deux nouveaux buts pour s’incliner finalement sur le score de 1-3. Cette défaite, scellée dès la 75e minute, condamne pratiquement l’Ouganda à une sortie prématurée dès la phase de groupes.

L’image de ces trois gardiens défilant dans la cage en un quart d’heure restera sans nul doute l’image forte de cette CAN 2025, illustrant la fragilité d’un destin sportif qui bascule sur des détails imprévisibles.

CAN 2025 : Michel Kuka, le supporter congolais devenu attraction incontournable

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En terre marocaine, la Coupe d’Afrique des Nations 2025 ne se joue pas seulement sur le terrain. Dans les tribunes, un homme attire autant de regards que les Léopards de la République démocratique du Congo (RDC) : Michel Kuka. Ce Congolais, fidèle supporter de son équipe nationale, s’est imposé comme l’une des grandes curiosités de la compétition.  

Depuis le début du tournoi, il se distingue par une performance singulière : rester immobile pendant 90 minutes, debout, impassible, alors que ses compatriotes vibrent au rythme des exploits de leurs joueurs. « C’est mon travail », explique-t-il, convaincu que sa posture est une manière artistique de soutenir son pays.  

Une figure devenue star            

Lors des trois matchs de poule de la RDC, Kuka s’est présenté dans ses costumes impeccables, rappelant mardi soir la silhouette de Patrice Lumumba, figure emblématique de l’indépendance congolaise. Face au Botswana, lors de la victoire des Léopards (3-0), il a une nouvelle fois captivé l’attention des spectateurs.  

Posté sur un piédestal, vêtu d’une veste jaune, d’une cravate bleue et d’un pantalon rouge – les couleurs du drapeau congolais –, il garde la main droite levée vers le ciel, le buste droit et le regard figé vers l’horizon. Rien ne le détourne de son immobilisme, jusqu’au coup de sifflet final. C’est seulement à ce moment qu’il s’autorise à sourire et à communier avec les supporters, qui se massent autour de lui pour applaudir cette performance hors du commun.  

Une tradition depuis 2013

Michel Kuka n’en est pas à son premier coup d’essai. Depuis 2013, il soutient les Léopards de cette manière, qu’il considère comme un devoir. « Je suis un artiste, je suis animateur, c’est pour cela que je fais ça », affirme-t-il. Sa notoriété, désormais mondiale, le surprend lui-même : « Je suis moi-même surpris, je ne m’attendais pas à ça », confie-t-il, tout en se réjouissant de mettre en avant son pays.  

Devenu une véritable star des stades, il peine désormais à quitter les enceintes sportives en toute tranquillité, tant l’engouement autour de sa tenue et de sa posture est grand. « Gloire à Dieu, je suis très content de ça », conclut-il, conscient que son art lui a donné « beaucoup de valeur ».