Blog Page 32

Gabon : la CIPREF s’impose comme le nouveau pôle de la presse francophone

0

Le comité d’organisation de la Conférence internationale de la presse francophone (CIPREF), conduit par Désiré Ename, président dudit comité, entouré de Jean-Yves Ntoutoume et Mireille Dirat, tous deux membres du comité scientifique, a animé une conférence de presse ce vendredi 16 janvier 2026 au QG de la CIPREF, situé derrière le Tribunal de Libreville.

Cette rencontre avec les médias avait pour objectif de revenir sur le différend ayant opposé les organisateurs gabonais au bureau international et au bureau national de l’Union internationale de la presse francophone (UPF), mais aussi de lever le voile sur les grandes orientations de la CIPREF, appelée à devenir un nouveau rendez-vous majeur de la presse francophone.

Selon Désiré Ename, la naissance de cette nouvelle organisation découle directement d’une « déconvenue » avec l’UPF internationale. « Il s’agissait d’une exigence de leur part à laquelle nous n’avons pas accédé, parce qu’exiger à un État 150 000 euros pour l’organisation d’une conférence ne respecte ni nos valeurs ni les règles de la comptabilité publique gabonaise », a-t-il précisé pour justifier la rupture. Le président du comité d’organisation a d’ailleurs tenu à souligner la probité de son équipe en rappelant qu’ils sont des « citoyens respectueux des lois » et qu’ils n’ont pas accepté « d’être amenés à agir en contradiction avec celles-ci ».

Une ambition souveraine pour les médias

Face à ce refus, les 51ᵉ Assises de la presse francophone, initialement prévues à Libreville, ont été annulées par l’UPF. Une décision qui, loin de décourager les organisateurs gabonais, les a poussés à repenser leur stratégie de rayonnement. « Ils nous ont clairement indiqué que si nous organisions un événement, cela ne devait plus se faire dans le cadre de l’UPF », a expliqué Désiré Ename, avant de poursuivre en indiquant que son équipe a simplement « pris acte et décidé d’occuper l’espace laissé vacant en créant un nouvel instrument ».

C’est ainsi qu’est née la CIPREF, appelée à devenir une biennale avec l’ambition de faire du Gabon une plateforme de réflexion sur les mutations profondes du paysage médiatique. Le président du comité souhaite que le pays soit au cœur de ces réflexions car, selon ses mots, « dans le nouvel univers des médias, les innovations et les transformations sont nombreuses ».

Prenant la parole à son tour, Jean-Yves Ntoutoume, membre du comité scientifique, a insisté sur la dimension intellectuelle de l’initiative. Il a affirmé que « la CIPREF se veut un cadre de production d’idées, de débats de fond et de propositions concrètes pour l’avenir de la presse francophone ». Pour lui, la démarche est claire : le comité n’est pas « dans une logique de rupture stérile, mais dans une dynamique de construction et d’innovation ».

L’intelligence artificielle au cœur des débats

De son côté, Mireille Dirat a mis l’accent sur la formation et la défense des valeurs fondamentales du journalisme. « La promotion de la langue française, la défense des droits des journalistes et surtout la formation continue seront au cœur de la CIPREF », a-t-elle déclaré. Elle estime qu’il est désormais vital d’accompagner les professionnels afin qu’ils s’adaptent aux défis du numérique « sans perdre l’éthique et la rigueur qui fondent notre métier ».

Placée sous le thème « L’intelligence artificielle et son impact sur les médias », la CIPREF se déroulera du 21 au 25 janvier au pavillon Berthe et Jean de l’Université de Libreville. Journalistes, universitaires, experts des médias et acteurs institutionnels y sont attendus pour réfléchir aux opportunités, aux défis et aux enjeux éthiques liés à l’intégration de l’intelligence artificielle dans les pratiques quotidiennes de l’information.

Stress hydrique à Libreville : le ministre Philippe Tonangoye exige des résultats

0

Face aux perturbations persistantes dans la desserte en eau potable, le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, a effectué, le 15 janvier, une mission d’inspection dans plusieurs infrastructures hydrauliques stratégiques de la capitale. Cette descente sur le terrain visait à évaluer l’état de fonctionnement et la capacité opérationnelle des installations, notamment les bâches d’eau d’Alenakiri et du PK7 Kolongoum. Pour le ministre, l’heure n’est plus aux simples constats, mais à l’action immédiate afin de répondre aux attentes pressantes des populations.

Sur le terrain, le membre du gouvernement a voulu confronter les rapports techniques à la réalité brutale du service rendu aux usagers. Devant les équipes chargées de l’exploitation des installations, Philippe Tonangoye a insisté sur l’obligation de résultats, rappelant avec fermeté que l’accès à l’eau potable relève d’un service public essentiel. « Nous devons changer notre manière de fonctionner. Nous sommes là pour assurer un service public, pas pour justifier indéfiniment des contraintes techniques. Les populations ne veulent pas de discours techniques : elles veulent de l’eau », a-t-il martelé pour marquer la rupture avec les habitudes administratives.

La situation technique demeure pourtant préoccupante malgré l’importance des infrastructures dédiées. Les bâches d’eau d’Alenakiri et du PK7 Kolongoum, dont la capacité de stockage atteint 23 000 m³ pour cette dernière, ne parviennent toujours pas à assurer une distribution satisfaisante. Ces ouvrages sont mis à rude épreuve par une croissance urbaine galopante et les limites structurelles du réseau existant.

À Alenakiri, le paradoxe est frappant car malgré l’installation de compteurs d’eau, des habitants affirment ne recevoir l’eau qu’une fois toutes les deux semaines, parfois pour quelques heures seulement. Ce décalage persistant entre les investissements annoncés et le quotidien réel des usagers illustre l’ampleur des défis que doit relever le service public.

Au-delà du constat, le ministre a mis ses services face à leurs responsabilités en exigeant une feuille de route budgétisée et des solutions logistiques concrètes. Philippe Tonangoye a notamment réclamé une évaluation précise des besoins en nouvelles stations de pompage, tout en s’interrogeant sur le coût réel de ces investissements et la localisation des équipements déjà disponibles mais non encore déployés. En martelant que « l’objectif ultime reste d’amener de l’eau » aux populations, il a pressé ses techniciens de chiffrer immédiatement chaque option pour lever les blocages financiers.

À travers cette sortie, le Gouvernement affiche sa volonté d’accélérer la prise de décisions opérationnelles et de renforcer le suivi des infrastructures, dans un contexte où la pénurie d’eau demeure l’un des principaux catalyseurs de la colère sociale dans le Grand Libreville.

[Tribune libre] 𝐂𝐫𝐢𝐬𝐞 𝐚̀ 𝐥’𝐄́𝐝𝐮𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞 : 𝐄𝐭 𝐬𝐢 𝐥𝐞 𝐯𝐫𝐚𝐢 𝐝𝐞́𝐛𝐚𝐭 𝐞́𝐭𝐚𝐢𝐭 𝐚𝐢𝐥𝐥𝐞𝐮𝐫𝐬?

0

Il y a une grève des enseignants au Gabon. Une énième diraient certains. Cette grève ne porte ni sur le statut de l’enseignant, ni sur le système éducatif, ni sur les contenus pédagogiques. Les enseignants réclament la régularisation des situations administratives, les mises en solde et les rappels de solde. En somme : ils veulent obtenir par la grève ce que l’État leur doit et qu’il aurait dû régler depuis plusieurs années déjà.

À ce propos, il faut mettre fin à une contre-vérité qui prospère depuis le 30 août 2023 : l’idée selon laquelle tout aurait été gelé avant le coup d’État. C’est faux. Les chiffres eux-mêmes le démentent.

Entre 2019 et 2023, le secteur de l’Éducation nationale a été, de très loin, le premier bénéficiaire des régularisations administratives. Selon les données du ministère de la Fonction publique, ce seul secteur a absorbé 4 247 recrutements et 1 403 reclassements, soit 5 650 situations régularisées en quatre ans, un volume largement supérieur à tous les autres ministères réunis.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la ventilation ministérielle : sur les 11 079 recrutements réalisés sur la période 2019-2023, près de la moitié proviennent de l’Éducation nationale, ce qui montre que les régularisations étaient non seulement ouvertes, mais clairement prioritaires sur ce secteur.

Cette parenthèse fermée, il convient de noter que la demande des enseignants est d’autant plus légitime aujourd’hui qu’il a été dit, de manière péremptoire et définitive, que « l’État a l’argent (et que) durant tout le mandat, vous n’entendrez pas dire qu’il n’y a pas d’argent. », laissant entendre par ailleurs que toutes les situations administratives seraient réglées. 

Du reste, l’amélioration du traitement des officiers généraux et l’annonce de l’entrée en vigueur prochaine du service militaire obligatoire, prouvent que le problème est moins budgétaire que politique.

Je sais et j’entends déjà les critiques qui me rappelleront que “j’ai été là” et que ces problèmes ne sont pas nouveaux. Je ne m’y dérobe pas. Cependant, hier comme aujourd’hui, un ministre (fut-il même Premier Ministre) ne porte pas sa propre vision ; il met en œuvre le projet du Président de la République et agit dans le cadre qui lui est fixé.

N’ayant jamais occupé le portefeuille concerné par cet important sujet, il ne me paraît nullement superfétatoire de partager ici ma vision sur un enjeu aussi structurant pour la Nation.

Au préalable, notons que le conflit actuel en dit long sur l’état de l’Éducation nationale. Depuis plus de trois décennies en effet, les gouvernements successifs se trompent de débat. Ils réduisent l’école à un problème matériel et financier. Ils ont raison sur un point : les moyens comptent et il en faut. Mais ils se trompent sur l’essentiel : les moyens ne suffisent pas à faire une bonne école, si tant est que c’est là le but recherché. 

Depuis 1992, l’État a augmenté les salaires des enseignants, recruté davantage d’enseignants, construit des salles de classe et réhabilité des établissements. Il fallait le faire, c’était nécessaire. Il convient toutefois de constater que cela n’a pas été fait à l’échelle des besoins, ni au bon endroit, ni au bon rythme. On a construit des salles de classe sans respecter la carte scolaire, sans anticiper les flux démographiques et, surtout, sans corriger les déséquilibres territoriaux. 

Plus grave encore, cédant à la dictature de l’urgence, on a recruté sous la pression des besoins, sans former assez d’enseignants et sans améliorer leur traitement ni leurs conditions d’exercice, alors que le métier s’est alourdi et complexifié.

Ces recrutements, lorsqu’ils ont eu lieu, n’ont pas répondu à la diversité des besoins dans ce domaine car, dans le même temps, nous manquons cruellement d’inspecteurs pédagogiques, de conseillers d’orientation, d’enseignants spécialisés et d’ingénieurs pédagogiques, tous indispensables pour une école moderne.

Et comme chacun peut l’observer, notre école n’a pas gagné en qualité. Elle n’a pas préparé les jeunes à l’économie réelle, encore moins à la transformation du pays. Elle continue de produire des cohortes de chômeurs, de sous-qualifiés et de diplômés en décalage avec l’économie.

Ce paradoxe est documenté par tous les travaux internationaux. Selon la Banque mondiale, l’Afrique a “massifié la scolarisation sans massifier les compétences”. Le taux de scolarisation primaire a progressé de 60 % à plus de 80 % en trente ans sur le continent, mais le taux de compétence minimale en mathématiques et en lecture plafonne autour de 15-20 %. Le rapport UNESCO 2022 estime que 9 élèves sur 10 en Afrique subsaharienne n’atteignent pas le niveau de compréhension requis à la fin du primaire. Dans le même temps, l’OCDE rappelle que “l’emploi suit les compétences, pas les diplômes”.

Pourquoi un tel résultat ? Parce que les vrais sujets ne sont presque jamais abordés.

𝟏. 𝐐𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐞́𝐜𝐨𝐥𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐝𝐞́𝐯𝐞𝐥𝐨𝐩𝐩𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 ?

Une nation ne construit pas son école pour remplir des salles de classe, mais pour transformer son économie et construire sa souveraineté. Sans articulation entre éducation et développement, l’école devient un appareil bureaucratique et une usine à diplômes sans débouchés.

Dans les pays qui ont réussi leur transformation industrielle en une génération (Corée du Sud, Vietnam, Rwanda) l’école a été le premier levier. Le Rwanda consacre aujourd’hui plus de 15 % de son budget national à l’éducation, le Vietnam près de 20 % ; le Gabon oscille autour de 8-10 % selon les exercices budgétaires, et encore !

𝟐. 𝐐𝐮𝐞𝐥𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐧𝐮𝐬 𝐩𝐞́𝐝𝐚𝐠𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 ?

Les programmes scolaires restent figés dans une logique théorique, encyclopédique et mémorielle. Le monde contemporain exige l’analyse, la résolution de problèmes, les sciences, le numérique, la créativité, l’adaptabilité.

L’UNESCO estime que 55 % des emplois africains d’ici 2040 nécessiteront des compétences techniques et numériques que l’école actuelle n’enseigne pas. Tant que les contenus resteront alignés sur le passé et non sur l’avenir, notre école créera de la frustration plutôt que des opportunités.

𝟑. 𝐐𝐮𝐞𝐥 𝐞𝐧𝐬𝐞𝐢𝐠𝐧𝐚𝐧𝐭 ?

Un système éducatif est à la hauteur de ses enseignants. Mais quelle vision avons-nous de ce métier ? Recrutement, formation initiale, formation continue, statut, autonomie pédagogique, outils numériques : rien n’est pensé comme un continuum professionnel.

L’OCDE considère qu’un enseignant ne peut maintenir un niveau compétitif sans 100 à 150 heures de formation continue par an. Au Gabon, comme dans la plupart des pays d’Afrique centrale, ce volume est proche de zéro.

𝟒. 𝐐𝐮𝐢 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐚𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐞𝐭 𝐪𝐮𝐞𝐥 𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐫𝐨̂𝐥𝐞 ?

L’Éducation nationale n’est pas l’affaire exclusive de l’administration centrale. Elle implique les parents, les collectivités locales, les enseignants, les entreprises et la société civile. Mais depuis 65 ans, l’école gabonaise fonctionne sous une verticalité administrative : le ministère prescrit, les enseignants exécutent, les parents observent, les élèves subissent.

𝟓. 𝐐𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐩𝐥𝐚𝐜𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐩𝐫𝐢𝐯𝐞́ 𝐞𝐭 𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐟𝐞𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥 ?

Autre tabou du débat éducatif : le rôle du privé et du confessionnel. Au Gabon, un élève sur trois est scolarisé en dehors du public. C’est un fait majeur. Pourtant, aucune réflexion n’est conduite sur la place de ces établissements, leurs missions, leurs obligations, leur contrôle ou leur contribution au système.

Dans la plupart des pays, le privé n’est pas traité comme un concurrent du public, mais comme un partenaire éducatif qui doit s’inscrire dans un cadre clair : programmes nationaux, certifications, contrôle pédagogique, normes de recrutement, formation des enseignants. 

Chez nous, il n’y a pas de réponse systémique à des questions essentielles :

• Qui forme les enseignants du privé ?

• Qui valide leurs programmes ?

• Qui inspecte et à quelle fréquence ?

• Qui garantit que ces écoles servent l’intérêt national plutôt qu’un marché dérégulé de diplômes ?

Le cas du confessionnel pose encore d’autres enjeux : ces écoles jouent souvent un rôle social et éducatif déterminant, en particulier dans les zones où l’État est absent. Elles sont soutenues par des réseaux internationaux, des congrégations ou des fondations. Elles offrent parfois de meilleurs résultats que le public. Alors pourquoi ne sont-elles pas intégrées au débat éducatif national ? Et que dire des écoles coraniques dont il ne semble pas qu’il existe un statut clair ni des contrôles adaptés. 

Dans les études de la Banque mondiale, de l’UNESCO et de l’OCDE, les pays qui ont amélioré leur école dans des contextes comparables (Maroc, Rwanda, Cap-Vert, Ghana…) ont tous procédé de la même manière, à savoir : définir un cadre national de qualité, ouvrir un espace régulé au privé et au confessionnel, reconnaître qu’un système éducatif se construit avec plusieurs acteurs, mais sous la vision et l’orientation stratégique de l’État. 

Le Maroc, le Ghana, le Kenya, le Rwanda et la Côte d’Ivoire par exemple, ont mis en place une certification nationale, une inspection renforcée, des standards pédagogiques, la formation commune, et des obligations de service éducatif. Rien de cela n’existe aujourd’hui au Gabon. 

Le confessionnel, au Gabon, souvent plus performant sur le plan disciplinaire et pédagogique, joue un rôle social dans les environnements où l’État est absent, mais reste inexplicablement en dehors de tout cadre stratégique.  

Or, aucun pays ne peut construire une politique éducative performante sans intégrer l’ensemble des réseaux dont il dispose.

𝟔. 𝐋’𝐞́𝐜𝐨𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞

Dans un pays où plus de la moitié de la population a moins de 25 ans, l’école n’est pas une charge budgétaire, c’est une politique économique. 

Dans une économie pétrolière peu diversifiée comme la nôtre, l’école doit être la première politique industrielle. Elle conditionne en effet la productivité, l’emploi, l’innovation, la compétitivité, la souveraineté industrielle et la capacité d’un pays à monter en gamme.

Depuis vingt ans, la Banque mondiale insiste sur un paradoxe africain : les États ont accru la scolarisation mais sans produire les compétences dont l’économie a besoin. 

Les conséquences directes de ces politiques sont connues : progression du chômage des diplômés, sous-productivité et dépendance aux importations. La Banque africaine de développement estime quant à elle, que la pénurie de compétences techniques coûte entre 0,5 et 2 points de croissance par an aux économies africaines. Dans le même temps, paradoxalement, 65 % des entreprises africaines déclarent “ne pas trouver les compétences nécessaires à leur développement”.

Le Gabon n’échappe pas à ce phénomène. Notre économie est peu diversifiée, nos entreprises peinent à recruter et nos jeunes peinent à s’insérer. Près de 40 % des diplômés du supérieur sont en situation de chômage ou de sous-emploi quelques années après leur sortie, signe d’un système éducatif qui fabrique des déclassés. Signe également que l’école ne joue pas son rôle de “chaîne de valeur du capital humain”.

Or tous les pays qui ont réalisé une transformation économique en une génération (Corée du Sud, Singapour, Vietnam, Rwanda) ont prioritairement mis l’éducation au cœur de leur stratégie de croissance. Pas seulement en mettant plus d’élèves à l’école, mais en alignant les contenus sur les filières économiques, l’innovation, le numérique, les compétences techniques et l’industrie.

𝟕. 𝐋’𝐞́𝐜𝐨𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐚𝐢𝐧𝐞𝐭𝐞́

Dans un monde fragmenté, une nation dépend de sa capacité à former ses propres ingénieurs, informaticiens, techniciens, médecins, enseignants, juristes, cadres et chercheurs. Tant que ces compétences sont importées ou externalisées, la souveraineté reste théorique.

Le Gabon importe non seulement les biens de consommation courante mais aussi, les compétences dont il a besoin pour son développement.  C’est la dépendance ultime.

En refusant d’aborder toutes ces questions de font, le gouvernement prend un risque est évident : transformer chaque conflit en négociation financière, chaque grève en dette administrative, et chaque réforme en ajustement budgétaire. A force, on finit par oublier que l’école n’existe pas pour gérer des crédits, mais pour forger des générations.

On ne dira jamais assez que l’école est la première politique industrielle, la première politique sociale, la première politique de sécurité, la première politique de souveraineté d’un pays. Sans elle, il n’y aura ni transformation économique, ni innovation, ni citoyenneté.

𝟖. 𝐇𝐮𝐢𝐭 𝐩𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐮𝐫𝐚𝐧𝐭𝐞𝐬

Au Gabon, le débat éducatif doit sortir des procédures et revenir au projet. Il ne s’agit pas seulement de payer ce qu’on doit aux enseignants (il faut le faire, c’est une urgence de justice sociale et d’équité), mais de rouvrir le débat que nous avons suspendu depuis trop longtemps : 

𝐐𝐮𝐞 𝐯𝐨𝐮𝐥𝐨𝐧𝐬-𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐟𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐞́𝐜𝐨𝐥𝐞 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐩𝐚𝐲𝐬 ?

Si nous voulons une école qui serve la Nation, qui prépare les jeunes à l’insertion professionnelle, à l’innovation et à la citoyenneté, alors nous devons sortir du réflexe budgétaire et entrer dans le réflexe stratégique.

Si nous voulons une école qui contribue réellement au développement, alors nous devons changer de logiciel. 

Huit chantiers structurants s’imposent :

• 𝐂𝐥𝐚𝐫𝐢𝐟𝐢𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐟𝐢𝐧𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐞 𝐥’𝐞́𝐜𝐨𝐥𝐞

Définir une stratégie éducative alignée sur le développement : compétences, filières, innovation, productivité, citoyenneté.

• 𝐑𝐞́𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐧𝐮𝐬 𝐩𝐞́𝐝𝐚𝐠𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬

Introduire le numérique, les sciences, l’analyse, la créativité, les compétences techniques et les compétences de vie (soft skills).

• 𝐑𝐞𝐯𝐚𝐥𝐨𝐫𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐞𝐭 𝐩𝐫𝐨𝐟𝐞𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧𝐧𝐚𝐥𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐦𝐞́𝐭𝐢𝐞𝐫 𝐝’𝐞𝐧𝐬𝐞𝐢𝐠𝐧𝐚𝐧𝐭

Refonte formation initiale + formation continue + statut + autonomie pédagogique + outils numériques. La question d’un statut particulier n’est pas à exclure et ne devrait, en aucune manière, se résumer aux seuls avantages financiers et matériels.

• 𝐑𝐞𝐝𝐞́𝐟𝐢𝐧𝐢𝐫 𝐥𝐚 𝐠𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐧𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐮 𝐬𝐲𝐬𝐭𝐞̀𝐦𝐞 𝐞́𝐝𝐮𝐜𝐚𝐭𝐢𝐟

Sortir de la verticalité administrative, renforcer le rôle des parents, des collectivités locales, des entreprises, des syndicats, et créer un mécanisme d’évaluation indépendant.

• 𝐑𝐞́𝐠𝐮𝐥𝐞𝐫 𝐞𝐭 𝐢𝐧𝐭𝐞́𝐠𝐫𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐩𝐫𝐢𝐯𝐞́ 𝐞𝐭 𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐟𝐞𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐮𝐧𝐞 𝐥𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐜𝐞 𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐜

Certification, inspection, formation, standards nationaux, obligations éducatives, et partenariats.

• 𝐀𝐫𝐭𝐢𝐜𝐮𝐥𝐞𝐫 𝐥’𝐞́𝐜𝐨𝐥𝐞 𝐚𝐮 𝐦𝐚𝐫𝐜𝐡𝐞́ 𝐝𝐮 𝐭𝐫𝐚𝐯𝐚𝐢𝐥 𝐞𝐭 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐧𝐝𝐮𝐬𝐭𝐫𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞

Cartographie des besoins, filières techniques, apprentissage, orientation professionnelle, passerelles vers l’emploi.

• 𝐈𝐧𝐯𝐞𝐬𝐭𝐢𝐫 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥’𝐞́𝐝𝐮𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞

Coûts assumés mais retours mesurables : productivité, innovation, croissance, souveraineté et réduction du chômage.

• 𝐂𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐢𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐞 𝐞́𝐜𝐨𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐜𝐢𝐭𝐨𝐲𝐞𝐧𝐧𝐞𝐭𝐞́

Réhabiliter les humanités, notre histoire nationale, notre géographie, le débat, l’esprit critique et le sens du bien commun. Un pays qui n’enseigne pas son histoire ne peut pas exiger de sa jeunesse qu’elle la prolonge.

Ces chantiers ne sont pas idéologiques ; ils sont stratégiques. Un pays qui ne maîtrise pas son école ne maîtrisera ni son économie, ni sa démocratie, ni son avenir.

Une école n’est pas un poste de dépense. C’est le premier instrument d’un pays pour se développer, se moderniser et demeurer libre.

𝐀𝐥𝐚𝐢𝐧-𝐂𝐥𝐚𝐮𝐝𝐞 𝐁𝐢𝐥𝐢𝐞-𝐁𝐲-𝐍𝐳𝐞 

𝐴𝑛𝑐𝑖𝑒𝑛 𝑃𝑟𝑒𝑚𝑖𝑒𝑟 𝑀𝑖𝑛𝑖𝑠𝑡𝑟𝑒 

𝑃𝑟𝑒́𝑠𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑢 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖 𝑝𝑜𝑙𝑖𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒 𝐸𝑛𝑠𝑒𝑚𝑏𝑙𝑒 𝑃𝑜𝑢𝑟 𝑙𝑒 𝐺𝑎𝑏𝑜𝑛

Secteur pétrolier : l’ONEP durcit le ton après l’alerte du SEERPAC

0

Le ciel s’assombrit au-dessus des derricks gabonais. Quatre jours seulement après le dépôt d’un préavis de grève générale illimitée par le Syndicat des employés, ex-employés et retraités du pétrole et activités connexes (SEERPAC), le 12 janvier dernier, sur la table de TotalEnergies, l’Organisation Nationale des Employés du Pétrole (ONEP) vient d’engager un bras de fer décisif. Le syndicat majoritaire a officiellement lancé un ultimatum aux principaux opérateurs du secteur, fixant au 31 janvier 2026 la date butoir avant un arrêt total des activités.

La rupture semble désormais consommée entre les partenaires sociaux. « La limite de la paix sociale, lorsque le dialogue social tend vers le dilatoire, est la grève », prévient d’emblée Sylvain Mayabi Binet, Secrétaire Général de l’ONEP, dans sa missive adressée aux directions générales. En s’appuyant sur le cadre légal, « l’article 379 du Code du Travail dispose que : « La grève est l’arrêt concerté du travail par un groupe de travailleurs en vue de soutenir des revendications professionnelles déjà déterminées auxquelles l’employeur n’a pas donné satisfaction » », rappelle l’organisation syndicale pour légitimer son action.

Le malaise dénoncé par les travailleurs n’est pas récent, mais semble avoir atteint un point de non-retour. « Malheureusement, environ deux ans après, vous n’y avez toujours pas donné satisfaction, malgré le climat social de plus en plus délétère », déplore le syndicat en s’adressant aux géants tels que Perenco, Assala ou Maurel & Prom. Pour l’ONEP, cette inertie prolongée est lourde de sens. « Cette attitude, qui traduit votre volonté de compromettre la paix sociale dans le secteur pétrolier et activités connexes, nous oblige à vous fixer un ultimatum au 31 Janvier 2026 à 23h 59min », assène le responsable syndical.

La fin du système des prestataires en ligne de mire

Au centre des revendications figure le sort des employés en prestation de service, que le syndicat souhaite voir régularisé sans délai. De manière claire, l’organisation attend « l’arrimage des salaires sur les grilles des sociétés utilisatrices, avec paiement rétroactif des sommes dues », ainsi que « le basculement auprès des sociétés utilisatrices des travailleurs remplissant les conditions légales et règlementaires ». Le syndicat refuse désormais toute défausse vers les autorités, soulignant que « la responsabilité de la satisfaction des revendications des travailleurs incombe à l’employeur, nonobstant l’accompagnement de l’Administration ».

Malgré la sévérité de l’ultimatum, l’ONEP se dit prête à encadrer le mouvement pour éviter tout incident majeur sur les sites. « L’ONEP se tient, d’ores et déjà, disponible pour tout besoin en rapport avec le service minimum », précise le courrier, tout en apportant une nuance de taille pour les installations critiques. « Compte tenu de la dangerosité des opérations d’enlèvement pétrolier, de forage et de Work over, le service minimum consistera à la sécurisation des installations et équipements y afférents », prévient le syndicat.

L’étau se resserre désormais autour des états-majors pétroliers à Port-Gentil. Entre le préavis du SEERPAC et l’ultimatum de l’ONEP, le secteur ne dispose plus que d’une poignée de jours pour désamorcer une bombe sociale dont le compte à rebours expire le 31 janvier à minuit. En rappelant que « la responsabilité de la satisfaction des revendications des travailleurs incombe à l’employeur », le syndicat majoritaire ôte toute issue de secours aux directions générales. Le silence n’est plus une option : soit les pétroliers ouvrent les vannes de la négociation salariale, soit ils s’exposent à une paralysie dont l’économie gabonaise, déjà sous tension, pourrait mettre longtemps à se remettre.

Affaire du journaliste Roland Olouba : la HAC éconduite par le B2

0

Depuis le 15 janvier, le sort du journaliste Roland Olouba, directeur de la publication du média en ligne Gabonmailinfos, demeure une énigme qui préoccupe au plus haut point les instances de régulation des médias et la corporation des journalistes gabonais. Interpellé dans les environs d’Awendjé par des agents de la Direction générale de la contre-ingérence et de la sécurité militaire, le journaliste est depuis gardé au redouté B2 sans qu’aucun motif officiel n’ait été communiqué à sa famille, à ses confrères, et encore moins à l’opinion publique nationale et internationale.

C’est précisément pour lever le voile sur ce silence inquiétant que la Haute Autorité de la Communication (HAC) a dépêché une délégation ce 16 janvier. Fidèle à sa mission régalienne de veiller au respect de l’exercice de la liberté de la presse et de la protection des journalistes, entre autres, les émissaires de la HAC souhaitaient simplement s’enquérir de la situation de Roland Louba. « Personne ne connaît la raison » de son arrestation, murmure-t-on avec inquiétude dans les couloirs du régulateur, justifiant ainsi cette démarche d’urgence auprès des services de sécurité du B2.

Malheureusement, cette démarche s’est heurtée à une fin de non-recevoir frisant le mépris des responsables du B2. À son arrivée sur les lieux, la délégation de la HAC a été éconduite de manière cavalière, une désinvolture qui détonne avec les usages républicains. « Il ne nous a pas été possible d’accéder à un responsable du B2 », a confié un membre de la délégation, encore sous le choc. Le refus véhément qui lui a été opposé a été brutal et interroge. « À la réception, on nous a demandé avec condescendance de revenir le lundi ».

Ce refus de collaborer marque un contraste saisissant avec les pratiques d’autres corps d’élite. En d’autres temps, lors de l’interpellation du journaliste Harold Leckat, le 15 octobre dernier, la Direction générale des recherches (DGR) de la gendarmerie nationale avait fait preuve d’une courtoisie exemplaire. La délégation de la HAC avait alors été reçue dans le bureau du patron de la DGR, permettant un échange respectueux entre deux piliers de l’État : celui de la sécurité et celui de la régulation de la liberté d’expression.

L’incident survenu au B2 révèle une faille préoccupante dans le respect des règles de courtoisie à l’égard des institutions et même du simple citoyen. La HAC, en tant qu’autorité administrative indépendante, ne peut être traitée comme cela a été le cas ce jour au B2, d’autant qu’elle agissait dans le cadre de ses missions régaliennes qui ne sauraient être remises en cause. Éconduire ses représentants revient à ignorer la hiérarchie des institutions et le protocole républicain qui exige que les services de sécurité rendent compte, a minima, des motifs d’une garde à vue d’un professionnel des médias.

Le B2, nonobstant la nature sensible de ses missions de contre-ingérence, ne saurait s’affranchir de ces obligations de transparence et de civilité. La sécurité militaire ne doit pas faire exception aux principes de l’État de droit, où la collaboration entre institutions est le garant de la stabilité sociale et du libre exercice de la démocratie dans notre pays.

AGASA : 39 revendications sans réponse, le dialogue social en panne

0

Le climat social reste tendu à l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA). Dans un communiqué au ton ferme, le Syndicat national des travailleurs de l’AGASA (SYNATA) dénonce le silence persistant de la Direction générale face aux revendications des agents, pourtant formellement transmises dans le cadre du dialogue social.

Selon le syndicat, cette situation intervient alors que le Comité paritaire de concertation économique et sociale (CPCES), mis en place à la suite de la grève du 1er octobre dernier, avait permis une reprise du travail sur la base d’engagements clairs. Le 3 décembre 2025, les délégués des travailleurs, membres du CPCES, ont officiellement transmis à la Direction générale 39 situations de revendications jugées légitimes, conformément aux textes en vigueur.

Le SYNATA rappelle que le décret n°739 fixe à 15 jours le délai réglementaire de réponse de la Direction générale. Or, malgré l’expiration de ce délai et une relance formelle effectuée le 30 décembre 2025, aucune réponse n’a été apportée à ce jour.

Pour le syndicat, ce silence constitue une violation des règles encadrant le dialogue social et un recul préoccupant dans le processus de concertation. D’autant plus que ces revendications devaient être examinées sous forme de questions lors de la première séance de travail du CPCES.

Dans son communiqué, le SYNATA pointe un contraste saisissant entre ce mutisme et les déclarations publiques de la Direction générale, qualifiées de « pompeuses », notamment sur les réseaux sociaux. Le syndicat dénonce un mépris des engagements pris devant les plus hautes autorités, estimant que l’absence de concertation maintient les travailleurs dans un statu quo « inacceptable ».

Les dysfonctionnements persistants au sein de l’AGASA, conjugués à l’absence de réponses concrètes, sont perçus comme une menace sérieuse pour l’apaisement du climat social. Face à cette situation, le SYNATA annonce avoir saisi, dans l’espoir que des actions concrètes soient rapidement mises en œuvre, conformément au cadre légal et réglementaire en vigueur au Gabon.

Fer de Belinga : Fortescue accélère les discussions avec Libreville

0

Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu en audience, le mardi 13 janvier, une délégation du groupe minier australien Fortescue, conduite par son fondateur et directeur exécutif, Andrew Forrest. Une rencontre qui confirme l’accélération du dossier Belinga, longtemps resté à l’état de promesse.

Il s’agissait de la deuxième séance de travail entre Fortescue et les autorités gabonaises, après un premier échange en décembre 2025. Cette fois, les discussions ont porté sur les conditions concrètes du lancement du projet d’exploitation du gisement de fer de Belinga, l’un des plus importants du pays. Au cœur du projet : un dispositif industriel lourd. Fortescue prévoit la construction d’un chemin de fer minéralier, d’un port en eau profonde et d’infrastructures énergétiques capables de soutenir l’exploitation et la transformation du minerai. Un chantier structurant, appelé à redessiner une partie du paysage industriel national.

Pour les autorités, Belinga est présenté comme un levier stratégique dans la politique de diversification économique engagée par le chef de l’État. Au-delà de l’extraction minière, le projet est censé générer des emplois durables, stimuler les activités connexes et renforcer l’attractivité du Gabon auprès des investisseurs internationaux.

Déjà implanté dans le pays à travers sa filiale Ivindo Iron, Fortescue avance désormais à visage découvert sur un dossier sensible, attendu depuis des décennies. Reste à savoir si cette nouvelle séquence marquera enfin le passage des intentions aux actes.

Régab à 600 FCFA : le prix de la survie industrielle

0

Après plus de quinze ans d’une stabilité historique, la Société des boissons rafraîchissantes du Gabon (SOBRAGA) vient de procéder à un réajustement de ses tarifs sur ses formats phares. La bouteille de 65 cl, véritable baromètre de la consommation locale, passe de 500 F à 600 F, tandis que le format 33 cl est désormais fixé à 350 F. Cette décision s’inscrit dans une conjoncture mondiale de crise, marquée par « la hausse durable des matières premières » et une envolée des coûts logistiques qui frappent de plein fouet l’industrie nationale.

Loin d’évoquer une simple stratégie commerciale, l’entreprise parle d’un « ajustement limité » destiné à préserver l’équilibre de son modèle de production. L’enjeu affiché est de taille : il s’agit de « continuer à produire localement » tout en garantissant la disponibilité des produits sur l’ensemble du territoire, même dans les zones les plus reculées. Dans un pays où chaque variation de prix est scrutée avec inquiétude par les ménages, SOBRAGA justifie cette mesure par la nécessité de « protéger un outil industriel stratégique ». La société souligne l’urgence de maintenir ses investissements afin de « rester compétitive dans un environnement de plus en plus contraignant ».

Au-delà des chiffres, la question de l’emploi est mise en exergue par l’industriel. Acteur économique de premier plan, SOBRAGA insiste sur la préservation des milliers d’emplois directs et indirects que génère son activité. Face à un chômage qui reste une préoccupation majeure au Gabon, cet argument constitue un pilier de sa communication. L’entreprise rappelle que les prix étaient « restés inchangés depuis près de 16 ans » malgré l’explosion des charges, rendant ce réalignement « inévitable » pour assurer la viabilité de l’outil de production sur le long terme.

Toutefois, ce nouveau tarif de 600 F pour la célèbre bière nationale tombe dans un contexte social particulièrement attentif au coût de la vie. Si la direction des brasseries met en avant la survie industrielle, cette hausse remet en lumière les fragilités structurelles de l’économie gabonaise. Elle souligne, une fois de plus, la forte dépendance aux facteurs extérieurs et l’immense défi que représente le renforcement d’une base productive locale capable de résister aux turbulences des marchés mondiaux.

Gabon : la problématique de l’autosuffisance alimentaire, un défi pour la Ve République

0

Le chef de l’État gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, a effectué ce jeudi 15 janvier une tournée de terrain dans la province de l’Estuaire. Cette visite avait pour but d’explorer plusieurs sites agricoles et avicoles dans les communes d’Akanda, Ntoum, Andem et Pont-Aymé. L’objectif est de confronter les politiques publiques aux réalités de terrain auxquelles font face les producteurs locaux, afin de préparer l’interdiction de l’importation de poulets prévue pour l’année 2027.

Tout au long de son parcours, le Président a recueilli des avis sur l’activité agropastorale de la région. De la ferme Étié et Frères à la structure Agriver, en passant par la ferme avicole Rogers, le constat demeure identique : le potentiel gabonais est immense. Ces sites, qui œuvrent dans l’aviculture, la porcherie, la pisciculture et les cultures maraîchères, constituent les piliers de la future indépendance alimentaire du pays.

Gabon : la problématique de l'autosuffisance alimentaire, un défi pour la Ve République

Ce déplacement traduit la volonté du chef de l’État de proscrire l’importation des poulets de chair d’ici deux ans. Cette mesure vise à stimuler la production nationale et à offrir des débouchés garantis aux entrepreneurs locaux. Pour réussir ce pari, Brice Clotaire Oligui Nguema mise sur l’extension des capacités de production actuelles et un soutien accru aux jeunes agri-preneurs.

Certains producteurs ont d’ailleurs témoigné de l’appui crucial de la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC), avec des financements s’élevant à 500 millions de FCFA pour moderniser leurs installations. À l’issue de ces échanges, le président de la Transition a réitéré « son engagement à transformer le secteur agricole en un véritable moteur de croissance économique et de dignité nationale », indique la Communication présidentielle.

Éducation : l’école publique d’Ozoungué inaugurée sur fond de grève des enseignants

0

Alors que l’école tourne au ralenti, le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, a inauguré le 15 janvier 2026 l’École publique d’Ozoungué, désormais baptisée École Jean-Noé Ndinga. Une cérémonie officielle tenue en présence de membres du gouvernement, dans un secteur éducatif toujours sous tension.

Cette inauguration intervient dans un contexte social tendu, marqué par une grève des enseignants entamée depuis plus d’une semaine, sur fond de revendications persistantes liées aux conditions de travail et à la gouvernance du secteur éducatif. Le choix de donner à l’établissement le nom de Jean-Noé Ndinga, ancien syndicaliste de l’éducation récemment décédé, renvoie à une figure connue pour ses combats en faveur de l’école publique et du dialogue social. Un symbole fort, alors même que les relations entre l’administration et les enseignants restent crispées.

L’établissement a été agrandi avec deux bâtiments R+1, intégrant une salle multimédia et un plateau sportif.
L’établissement a été agrandi avec deux bâtiments R+1, intégrant une salle multimédia et un plateau sportif.

Sur le plan des infrastructures, l’école bénéficie d’une extension avec la construction de deux bâtiments R+1, intégrant une salle multimédia et un plateau sportif, destinés à améliorer l’environnement scolaire des élèves de cet arrondissement. La cérémonie a également été marquée par la remise de distinctions honorifiques à plusieurs enseignants, élevés aux grades de Commandeur de l’Éducation nationale et de Chevalier de l’Ordre de l’Éducation.

Les autorités administratives et le ministre de l’Éducation nationale.
Les autorités administratives et le ministre de l’Éducation nationale.

Si l’acte inaugurale met en avant l’investissement matériel et symbolique de l’État, il contraste avec la réalité du terrain, où de nombreuses salles de classe restent paralysées par la grève. Une situation qui pose, une fois de plus, la question de la cohérence entre les gestes institutionnels et les attentes concrètes du corps enseignant.