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Gabon : Brève arrestation du président du Synapef

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Scène tendue dans la matinée du 4 août au ministère des Eaux et Forêts. Selon plusieurs sources, le président du Syndicat national des professionnels des eaux et forêts (Synapef), Marc Prince Nsole Biteghe, a été brièvement arrêté à l’intérieur même du ministère, sur ordre du ministre.

L’image relayée sur les réseaux sociaux a rapidement enflammé l’opinion, affirmant que cette arrestation serait liée à une divergence politique qui s’écarte de la ligne prônée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Mais les faits rapportés par un membre du syndicat permettent de nuancer ce récit. D’après cette source, le président du Synapef a effectivement été interpellé entre 8h et 9h, pour être relâché aux alentours de 11h30-12h00. A l’origine de l’incident : une convocation au bureau du ministre, suite à son absence remarquée lors de la descente des couleurs le vendredi 1er août.

Lors de l’entretien, la tension est montée entre les deux hommes, chacun campant sur ses positions, rapporte notre source. Lorsque Nsole Biteghe a tenté de quitter la salle, le ministre l’a violemment retenu par le col, a-t-il ajouté. L’intervention rapide des présents aura permis d’éviter un affrontement plus grave. C’est juste après cet incident que le président du Synapef a été arrêté sur le parvis du ministère par un agent des forces de sécurité, puis conduit aux services spéciaux. Mais il sera relâché quelques heures après.

« Le ministre refuse tout dialogue social avec nous », nous a confié un membre du syndicat. Et d’ajouter, « Il balaie nos revendications d’un revers de la main, alors que, depuis l’avènement de la 5e République et la volonté du chef de l’État de restaurer la dignité des Gabonais, nous avons le droit de réclamer notre dû, notamment nos primes. Ce n’est pas de la mendicité, c’est une  exigence légitime ».

Le président du syndicat que nous avons pu contacter, préfère garder le silence sur cet incident malheureux. Une attitude que d’aucuns jugent sage car évitant de mettre de l’huile sur le feu. Cet événement survient dans un climat social déjà tendu au sein du ministère. En effet, le 16 juillet dernier, une assemblée générale extraordinaire a été organisée dans les locaux du ministère. Elle a permis au personnel de dénoncer, une fois de plus, les retards de paiement des primes des 3e et 4e trimestres 2024, ainsi que des deux premiers trimestres de 2025. Les agents ont également évoqué la lenteur de la régularisation de leurs situations administratives et celle de la MONP (Main-d’œuvre non permanente).

Gabon/Eveil de la Pensée Citoyenne : Joseph Lapensée Essingone lance la légalisation

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A un mois des élections législatives et locales, l’ancien candidat à la présidentielle d’avril dernier fait un pas décisif vers la structuration officielle de sa plateforme politique. Le 4 août, il a déposé, au ministère de l’Intérieur, le dossier de déclaration de la plateforme lancée le 21 juin 2025.

« J’ai tenu, moi-même, à accompagner mes équipes ce matin au ministère de l’Intérieur pour le dépôt du dossier de déclaration de notre plateforme. Et tout s’est bien passé », a confié Joseph Lapensée Essingone à la presse. Une démarche que l’ancien candidat considère comme une étape essentielle dans la dynamique de refondation politique qu’il souhaite impulser. Avec ce dépôt, Joseph Lapensée Essingone espère obtenir rapidement le récépissé officiel de la plateforme L’Éveil de la pensée citoyenne, qui permettra de solliciter son passage au statut de parti politique.

Une structuration pensée dans le respect de la loi

Alors que la loi sur les partis politiques a récemment connu des ajustements, notamment sur le nombre minimum d’adhérents exigés pour la création d’un parti, Essingone estime que les conditions sont désormais réunies pour franchir ce cap. « La loi a évolué sur cette question. Ce n’est plus un facteur bloquant », affirme-t-il. La plateforme affirme avoir déjà réuni plus d’une centaine d’adhérents, et prévoit poursuivre la campagne d’adhésion dans les jours à venir. « Nous comptons tripler, voire quadrupler cet effectif très prochainement », a-t-il précisé.

Quant à une éventuelle participation aux prochaines élections, la réponse reste prudente. «La question est toujours en discussion au niveau de la plateforme », indique Lapensée Essingone. En tant qu’ancien candidat à la présidentielle, il précise que sa propre candidature aux législatives dépendra de la régularisation de certaines formalités, dont le quitus de la Cour des comptes qui, jusqu’à ce jour, ne lui a toujours pas été délivré. En attendant, plusieurs dossiers de candidatures sont déjà à l’étude au sein de la structure.

Dans un paysage politique en pleine recomposition, marqué par les divisions internes au sein de certains grands partis comme le PDG ou RÉAGIR, l’initiative de Joseph Lapensée Essingone traduit une volonté de renouveau. À travers l’Éveil de la pensée citoyenne, il entend fédérer une nouvelle génération d’acteurs engagés pour une offre politique différente, plus inclusive et connectée aux aspirations citoyennes.

« J’ai dit non au prince qui voulait devenir roi » : Le retour fracassant de Brice Laccruche Alihanga

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De l’ombre d’une cellule insalubre à la lumière d’un plateau télévisé, Brice Laccruche Alihanga livre un témoignage glaçant et politique. Ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo, il revient à la vie publique avec une parole libérée, accusatrice, et un message de rupture. Sur TV5 Monde Afrique, il dévoile les dessous d’un système qu’il qualifie de « cartel » et plaide pour un nouveau départ politique.

L’image de l’homme brisé, mais debout, domine dès les premières secondes de son intervention : « Vous avez devant vous un homme qui revient de l’enfer ». Incarcéré durant quatre années dans des conditions inhumaines — « une cellule de six mètres carrés, sans visite, sans lecture, sans promenade » — Laccruche Alihanga évoque la perte de 40 kilos et un cancer du côlon contracté en détention. 

Le système Bongo-Valentin : une « mafia »

Mais c’est aussi la perte de proches, également embastillés, qu’il rappelle avec émotion. Ce retour en politique, il le dit mûri, pesé, non dans une quête de revanche, mais dans celle de vérité.

Accusé de complicité avec le régime Bongo dont il fut l’un des piliers, Laccruche assume : « J’ai fait partie de ce système. J’ai pensé profondément qu’on pouvait changer les choses en interne. »

Mais très vite, il en décrit les rouages comme ceux d’un « cartel » dont « on ne sort que par la mort ou la prison ». Il dit avoir payé de sa santé, de sa liberté, et de ses biens. « Ce système, c’est la prison ou la tombe », affirme-t-il, dressant le portrait d’un pouvoir clanique et sans pitié.

Un affrontement avec la dynastie Bongo

Le passage le plus saisissant est sans doute celui où il raconte sa confrontation avec le fils d’Ali Bongo : « Nourredin Bongo m’a dit : “Mon grand-père était président, mon père est président, moi je le serai. Est-ce que tu es avec moi ou contre moi ?” ». Sa réponse — « j’ai dit non » — est, selon lui, ce qui a scellé son sort : « J’ai signé mon arrêt de mort »déclare-t-il.

Désormais conseiller stratégique au sein du parti présidentiel, l’Union des bâtisseurs, il se défend de tout retour opportuniste : « Je ne suis pas totalement de retour dans la politique. J’accompagne une nouvelle dynamique»Il insiste sur le renouvellement générationnel : « 95 % des cadres du parti sont nouveaux. » Et sur la volonté d’inclusion qui l’anime : « J’ai toujours milité pour l’inclusion, pour la participation des jeunes. »

Pas de pardon sans justice

Alors que certains appellent à une commission Vérité, Justice et Réconciliation, Laccruche reste prudent : « Il faut instruire les dossiers correctement, auditionner les témoins, et que chacun assume. »

Lui-même se dit prêt à assumer. « Je me suis rendu à Libreville pour mon procèsLe Gabon est mon pays, j’ai assumé ma responsabilité », argue-t-il. Non sans appeler de ses vœux à une justice équitable, y compris pour ceux « qui sont à Londres et qui se font passer pour des victimes ».

Entre mea culpa et mise en garde

Loin de tout angélisme, il reconnaît ses erreurs : « J’aurais pu faire mieux. Par manque de temps, par manque de sagesse ».Mais il s’élève contre l’impunité de ceux qui l’ont, selon lui, persécuté. « Mes bourreaux sont libres aujourd’hui et essaient de se victimiser », dénonce-t-il.

Avec cette intervention, Brice Laccruche Alihanga fait bien plus qu’un retour médiatique : il ouvre un front, personnel et politique, contre le passé. Victime pour les uns, stratège pour les autres, sa voix compte désormais dans le débat sur le Gabon de demain. « Si mon exemple peut éviter certaines erreurs du passé, alors j’aurais fait bon œuvre », dit-il. L’histoire, désormais, le jugera.

Mali-AES : des chauffeurs routiers marocains libérés après sept mois de captivité

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Quatre chauffeurs routiers marocains, enlevés en janvier dernier au nord-est du Burkina Faso, ont été libérés sains et saufs dans la soirée du dimanche 3 août 2025. C’est l’annonce faite par le gouvernement malien dans un communiqué daté du 4 août 2025.

Les hommes étaient retenus en otage depuis le 18 janvier 2025 par le groupe terroriste de l’État islamique dans la Province du Sahel (EIPS). Leur libération est le fruit d’une collaboration étroite entre les services de renseignement maliens et marocains.

Le communiqué a souligné que c’est grâce à la coordination de l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE) du Mali et de la Direction générale d’études et de documentation (DGED) du Maroc que cette opération a pu aboutir. Les deux agences ont travaillé ensemble « avec détermination et professionnalisme » depuis le début de l’enlèvement.

A rappeler que les quatre chauffeurs avaient été kidnappés au Burkina Faso, près de la frontière avec le Niger, dans une région où les groupes djihadistes, dont l’EIPS, sont particulièrement actifs. Leur libération après sept mois de captivité est une bonne nouvelle pour leurs familles et un succès pour les efforts de coopération sécuritaire dans la région.

Gabon : UPG, Mathieu Mboumba Nziengui s’en est allé

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Le cœur de l’ancien ministre a cessé de battre ce lundi 4 août 2025, dans l’intimité de son domicile de Bikélé, au sud de Librevilleemportant un pan de l’histoire de de la formation politique chère à feu Pierre Mamboundou.

Victime d’un malaise soudain aux alentours de 16 heures, l’ancien ministre d’État et président de l’Union du peuple gabonais (UPG) n’a pu être ranimé, malgré l’intervention rapide de ses proches. Sa disparition marque la fin d’un chapitre important pour une figure qui, sans éclat tapageur, a su traverser les soubresauts de la vie politique gabonaise avec constance.

Enseignant de formation, militant de conviction, il avait repris les rênes de l’UPG en 2011, à la suite du décès de son fondateur, Pierre Mamboundou, dont il fut longtemps le fidèle lieutenant. À la fois respecté et contesté, son passage à la tête du parti a été celui d’un homme tenté de préserver une flamme dans un foyer fracturé. Son départ laisse un vide dans une formation qu’il a portée, envers et contre tout, à une époque où les repères politiques se perdent et où les voix de l’expérience deviennent rares.

Réouverture de la SOBRAGA à Mouila : Un souffle nouveau pour l’économie locale

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Le 1er août 2025, le site de production de la Société des brasseries du du Gabon (SOBRAGA) a officiellement rouvert ses portes dans le chef-lieu de la Ngounié. La cérémonie circonstancielle a eu lieu en présence du ministre de l’Entrepreneuriat, du commerce et des PME-PMI, entourée de plusieurs autorités locales, de représentants de l’entreprise et d’acteurs économiques de la région.

Dans son allocution d’usage, le membre du gouvernement a salué cette relance industrielle qu’elle a qualifiée de « modèle de redémarrage au service de la création d’emplois, de la promotion de l’entrepreneuriat et du renforcement du tissu économique dans la province de la Ngounié».

Pour Zenaba Chaning Gninga, cette réouverture s’inscrit dans la dynamique impulsée par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui œuvre pour une transformation structurelle de l’économie nationale à travers la relance du secteur industriel.

Réouverture de la SOBRAGA à Mouila : Un souffle nouveau pour l’économie locale

La ministre a également insisté sur la nécessité de renforcer les liens entre grandes entreprises et PME-PMI, en favorisant la sous-traitance locale et l’inclusion économique. «Cette cérémonie de réouverture est un véritable témoignage de la résilience d’une entité majeure dans son secteur. SOBRAGA demeure un acteur important de l’économie nationale», a-t-elle déclaré.

La cérémonie s’est clôturée par une visite guidée des installations modernisées de l’usine. Une étape symbolique qui marque le début d’une nouvelle ère pour l’économie locale, qui repositionne Mouila désormais comme un pôle d’opportunités industrielles.

Gabon : l’UNI rejoint l’Union Démocratique des Bâtisseurs

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L’Union Nationale Initiale (UNI) a, le 3 août 2025, officialisé sa « fusion-absorption » avec l’Union Démocratique des Bâtisseurs. Une initiative saluée par les deux formations politiques à l’orée des élections législatives et locales.

Ce rapprochement entre l’Union Nationale Initiale (UNI), dirigée par Paul-Marie Gondjout et l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), conduite par son secrétaire général, Mays Mouissi, illustre la volonté des deux partis de consolider un espace politique cohérent, rassemblé autour de valeurs républicaines partagées. Dans une déclaration conjointe, les deux leaders ont souligné leur convergence de vues sur les questions de démocratie, d’inclusion sociale et de développement durable.

Pour l’UDB, cette fusion constitue un signal fort d’ouverture et de rassemblement, en phase avec les ambitions portées par le Président du Parti, Brice Clotaire Oligui Nguema. L’objectif affiché est de consolider les bases d’un Gabon nouveau, où les compétences se mettent au service de la refondation nationale. L’intégration des structures de l’UNI viendra ainsi renforcer les ligues existantes de l’UDB, notamment la Ligue des Femmes et la Ligue des Jeunes Bâtisseurs.

Ce mouvement stratégique s’inscrit dans un contexte de redéfinition des alliances politiques, à l’approche d’échéances cruciales. La « fusion-absorption » de l’UNI pourrait ouvrir la voie à d’autres rapprochements, dans une logique de clarification de l’offre politique et de mobilisation autour d’un projet commun au service du pays.

Gabon : finance digitale, le pays poursuit les travaux autour de GIMACPAY

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Après la rencontre stratégique du 31 juillet 2025, réunissant les ministres de l’Économie numérique et du Commerce ainsi que les principaux acteurs du secteur financier, les travaux du GIMAC (Groupement interbancaire monétique de l’Afrique centrale) se sont poursuivis à Libreville avec deux ateliers thématiques consacrés à l’implémentation des services financiers numériques interopérables.

Le premier atelier, axé sur la communication et le marketing, a mobilisé les responsables de ces départements au sein des institutions financières. Objectif : définir une stratégie commune de sensibilisation du public autour de l’usage des nouveaux moyens de paiement numériques. Il s’est agi de poser les fondations d’une campagne visant à informer, former et impliquer les usagers dans cette transition vers une finance plus accessible et connectée.

En parallèle, un second atelier à dominante technique a réuni les directeurs des systèmes d’information et d’ingénierie monétique. Les échanges ont porté sur les conditions pratiques de déploiement de la solution GIMACPAY, notamment sur les aspects liés à l’interopérabilité, à la sécurisation des transactions et à la fluidité des opérations entre différents opérateurs.

Ces ateliers illustrent une volonté commune des parties prenantes d’accélérer la transformation digitale du secteur financier en Afrique centrale. Les travaux se sont poursuivis le 1er août 2025, avec l’adoption d’un plan d’action articulé autour de la feuille de route numérique du Gabon, en vue de rendre les services financiers plus inclusifs et efficaces.

Du trône au tombeau : quand le pouvoir se prend pour Dieu

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Parler au nom de Dieu n’est pas gouverner au nom du peuple. L’histoire tragique de Jean-Bedel Bokassa est un miroir tendu aux dirigeants africains d’aujourd’hui.

En République centrafricaine, Jean-Bedel Bokassa, devenu empereur Bokassa Ier en 1976, affirmait sans trembler que son pouvoir venait de Dieu. Cette certitude divine, affichée avec arrogance, lui servait de fondement pour imposer sa monarchie impériale, dans la lignée de ces chefs d’État qui sacralisent leur règne pour mieux asseoir leur domination.

Quand Dieu devient prétexte à la dictature

Bokassa, fasciné par Napoléon Bonaparte, s’est couronné lui-même le 4 décembre 1977, lors d’un sacre dispendieux, financé en partie par la France de Valéry Giscard d’Estaing. Ce couronnement, caricature de grandeur impériale, illustrait une volonté de s’ériger au-dessus du peuple, au-dessus des lois, au-dessus des réalités.

Dans ses discours, il invoquait sans cesse la volonté divine, se présentant comme un “sauveur” de la Centrafrique, doté d’une mission sacrée. Mais derrière les dorures du pouvoir se cachait une main de fer : répression, pillages, massacres. À l’ombre du nom de Dieu, Bokassa a conduit son pays dans la misère, la peur et le sang.

Leçon d’histoire pour les présidents d’aujourd’hui

Aujourd’hui, cette histoire doit alerter. Gouverner au nom de Dieu n’est pas brandir le divin pour mieux se maintenir au pouvoir. C’est répondre à des impératifs simples et urgents : soigner, instruire, nourrir, rendre justice, créer de l’emploi. Voilà les vrais commandements d’un bon chef d’État.

Le président Brice Clotaire Oligui Nguema, à la tête du Gabon, ne doit jamais s’inspirer de figures tragiques comme Jean-Bedel Bokassa, Mobutu Sese Seko (RDC/ ex Zaïre), Idi Amin Dada (Ouganda) ou Yahya Jammeh (Gambie), ni s’enfermer dans les illusions d’un Ali Bongo Ondimba, proclamé musulman mais resté sourd aux souffrances de son peuple.

Le pouvoir n’est pas un don céleste, mais un mandat populaire. Et ceux qui gouvernent en prétendant parler au nom de Dieu devront un jour répondre, non pas devant les autels, mais devant les peuples. Le piège du pouvoir, c’est de croire qu’il est éternel. Le drame des peuples, c’est quand leurs dirigeants s’imaginent être Dieu. Qu’on en prenne alors de la graine.

Ali Bongo, 14 ans d’errance et de dettes : le lourd héritage que doit gérer Oligui Nguema

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Pendant qu’Ali Bongo Ondimba jouait à la monarchie républicaine, des dettes colossales s’accumulaient dans l’indifférence, sans investissement structurant. Aujourd’hui, l’État gabonais doit solder une ardoise judiciaire de plus de 87 milliards FCFA, fruit d’une gouvernance de façade.

Quatorze années d’un pouvoir dispendieux et népotique

Avant même son accident vasculaire cérébral de 2018, Ali Bongo Ondimba avait déjà confisqué la République au profit de sa famille. Entre fastes présidentiels, jet-set diplomatique et favoritisme érigé en système, le chef de l’État s’est illustré par une gestion erratique et désinvolte du pays. La République a été progressivement confiée à son épouse Sylvia Bongo et à leur fils Noureddin, tandis que les urgences nationales étaient ignorées.

Les financements obtenus auprès des bailleurs internationaux, censés impulser les grands travaux ou payer les entreprises prestataires, ont souvent été dévoyés pour entretenir les privilèges d’un cercle restreint. Ce détournement de l’argent public s’est soldé par une série de contentieux internationaux, devenus aujourd’hui de véritables pièges financiers.

Des dettes astronomiques laissées par le régime Bongo

Parmi les plus emblématiques, l’affaire KCI, née en 2016, incarne l’incurie de l’État. Après la rupture de contrats d’ingénierie non exécutés, seule une somme de 5,5 millions d’euros a été réglée en 2019. Le reste – près de 35 millions d’euros, soit environ 23 milliards FCFA – demeure impayé. Résultat : saisie conservatoire de l’Hôtel Pozzo di Borgo à Paris, tentative de blocage de vente à Bernard Arnault, menace de vente aux enchères… Ce dossier fragilise directement le patrimoine diplomatique du pays.

Le cas Webcor, encore plus opaque, illustre la dérive du système. Un accord de 65 milliards FCFA aurait été signé en janvier 2024, sans le moindre début de paiement. Pire, des poursuites pour « concussion » et « haute trahison » ont été ouvertes contre les signataires gabonais, ajoutant une dimension pénale à cette affaire économique.

Autre exemple : Santullo-Sericom, un feuilleton judiciaire de longue haleine. En 2022, le Gabon obtient l’annulation d’une sentence arbitrale de 101 milliards FCFA. Mais les affaires liées se multiplient : près de 65 milliards FCFA d’avoirs sont gelés en Suisse, et les enquêtes pénales se poursuivent à Libreville pour blanchiment et marchés fictifs.

Enfin, le cabinet américain Bryan Cave LLP exige 1,25 million de dollars (750 millions FCFA) pour des services de lobbying fournis en 2016. La justice américaine a tranché en sa faveur, mais le paiement se fait attendre, alors que les intérêts s’accumulent.

Une dette d’État, un fardeau hérité

Oui, les dirigeants passent, mais les obligations d’État demeurent. Et personne ne saurait blâmer le général Brice Clotaire Oligui Nguema pour cet amas de contentieux légué par une gestion ruineuse. Arrivé au pouvoir le 30 août 2023 dans un pays au bord de l’asphyxie budgétaire, il doit aujourd’hui gérer les séquelles d’un système à bout de souffle.

Les créances, estimées à plus de 87 milliards FCFA, soit 1,2 % du PIB, représentent un gouffre pour les finances publiques. Il revient désormais à la transition de rétablir la crédibilité du pays en honorant, ou renégociant, ces dettes. Car si Ali Bongo avait poursuivi son règne, le Gabon aurait probablement explosé les plafonds d’endettement à 500 % du PIB, dans un déni total de réalité économique.

La justice comme devoir de mémoire

Ce passif ne saurait rester impuni. Oligui Nguema détient de solides raisons d’ouvrir une procédure contre Ali Bongo pour gestion calamiteuse et endettement délibéré du pays sans contrepartie économique. Celui qui se glorifiait sur le pont de Mayumba – financé par Santullo – n’avait pas payé ses dettes, tout en feignant de surpasser son père Omar Bongo en kilomètres de routes.

Derrière les contentieux se cachent des drames : entreprises étranglées, chantiers abandonnés, réputation ternie. Le Gabon doit certes honorer ses engagements, mais l’histoire retiendra qu’Ali Bongo est l’unique artisan de ce désastre financier. Il ne mérite ni compassion, ni silence : il mérite des comptes à rendre.
Les dettes seront réglées, car la République est un engagement permanent. Mais l’ardoise laissée par Ali Bongo, elle, restera comme la preuve accablante d’une présidence de façade, où l’État fut confondu avec la famille, et le pouvoir exercé comme un privilège héréditaire.