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Formation professionnelle au Gabon : pourquoi faut-il encore réussir un concours pour apprendre un métier ?

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Alors que le Gabon cherche à diversifier son économie et à offrir des perspectives à sa jeunesse, l’accès aux centres publics de formation professionnelle mérite un débat de fond. La campagne d’information et d’inscription au concours annoncée par l’Agence nationale de formation et d’enseignement professionnels (ANFEP), du 28 octobre au 10 novembre 2026, pose une question essentielle : pourquoi l’apprentissage d’un métier devrait-il commencer par une sélection qui laisse nécessairement des candidats à la porte ? Que fait l’Etat des non-admis ? Sont-ils abandonnés à leur triste sort ? 

Former davantage plutôt que trier

Le concours d’entrée dans l’enseignement supérieur vérifie des prérequis académiques nécessaires à la poursuite d’études. La formation professionnelle répond à une autre vocation : transmettre des compétences concrètes, préparer à l’exercice d’un métier et faciliter l’insertion dans la vie active. Elle devrait donc être une voie d’accès à la qualification pour le plus grand nombre.

Il ne s’agit ni de minimiser le rôle des centres, ni de dévaloriser les métiers manuels, techniques ou mécaniques. Mécaniciens, soudeurs, électriciens, menuisiers et techniciens de maintenance contribuent directement à la création de richesses. Ces professions exigent rigueur, discipline, intelligence pratique et savoir-faire. Elles ne réclament pas nécessairement le même parcours scolaire ni le même bagage théorique qu’une formation universitaire.

Or, nombre de candidats à ces filières ont connu des parcours scolaires difficiles ou des interruptions de scolarité. Pour eux, apprendre un métier représente une seconde chance, parfois la plus concrète, de retrouver une trajectoire d’autonomie. Leur opposer une sélection fortement scolaire risque de fermer la porte à ceux que la formation professionnelle devrait précisément aider à se relever. L’objectif ne devrait pas être de retenir les meilleurs dossiers, mais de conduire chaque apprenant vers une compétence maîtrisée.

Le candidat recalé, et après ?

L’argument des capacités d’accueil est recevable. Un centre ne peut former sans limite avec des ateliers insuffisants, des équipements coûteux et un nombre restreint de formateurs. Mais cette contrainte révèle d’abord un défi d’investissement et de planification.

Que devient le candidat recalé ? Où ira le jeune qui cherchait justement une qualification pour travailler ? Reprendra-t-il des études générales qu’il a parfois déjà quittées ? Trouvera-t-il une autre structure dans sa province ? Ou rejoindra-t-il les rangs de ceux qui alternent petits emplois, débrouille et inactivité ? Le concours règle la question des places disponibles pour l’administration ; il ne règle pas le devenir des candidats exclus.

Dans un pays qui a besoin de compétences dans le bâtiment, la maintenance industrielle, l’agriculture, l’énergie, les transports et la transformation locale, l’enjeu devrait être d’identifier les aptitudes et de proposer des parcours adaptés. Des tests de positionnement peuvent déterminer le niveau de départ et les besoins de remise à niveau. Ils devraient orienter et accompagner, non-devenir un couperet.

Investir dans les territoires et associer les entreprises

La première réponse consiste à augmenter progressivement les capacités d’accueil : réhabiliter et équiper les centres existants, ouvrir des filières selon les besoins économiques et créer des structures de proximité dans les chefs-lieux de département, en fonction des effectifs et des débouchés. Il ne s’agit pas de multiplier les bâtiments vides, mais de garantir ateliers, matériels et formateurs qualifiés au plus près des populations.

La deuxième réponse passe par des partenariats avec les entreprises. Les secteurs minier, pétrolier, forestier, agricole, énergétique, logistique et du BTP ont besoin de personnels qualifiés. Les sociétés pourraient contribuer aux équipements, accueillir des apprentis, mobiliser leurs professionnels et co-construire les programmes. En retour, elles disposeraient d’un vivier de travailleurs formés aux réalités du terrain. Des conventions pourraient prévoir des formations gratuites ou subventionnées, des stages et un accompagnement vers l’emploi.

L’alternance, les formations modulaires et la validation des acquis de l’expérience doivent également être développées. Jeunes, adultes sans qualification, personnes en reconversion et travailleurs du secteur informel doivent pouvoir accéder à des parcours adaptés, sans renoncer aux exigences de qualité et de sécurité.

Faire de la qualification une chance, pas une impasse

La formation professionnelle au Gabon constitue généralement une voie directe vers l’emploi. À l’issue de leur formation, les apprenants sont préparés à exercer un métier et à intégrer le monde du travail. Contrairement au parcours de l’enseignement général, cette voie ne leur garantit pas, avec les diplômes obtenus dans ces centres, une possibilité de poursuivre automatiquement des études universitaires. Autrement dit, le jeune qui choisit cette orientation s’engage dans un parcours dont le principal débouché est l’insertion professionnelle. C’est précisément pour cette raison que l’accès à ces centres devrait être facilité au maximum : lorsqu’un jeune est recalé au concours, ce n’est pas seulement une place en formation qu’il perd, c’est peut-être sa principale occasion d’acquérir un métier et de construire son avenir.

L’avis de l’ANFEP prévoit des inscriptions au complexe Basile Ondimba à Oloumi, à Libreville, ainsi que dans des centres provinciaux et aux lycées Janvier Nguema Mboumba de Lambaréné et technique Nyonda Makita de Mouila. Cette campagne est utile pour informer les candidats. Elle devrait aussi ouvrir une réflexion sur le modèle d’accès et les moyens consacrés à la formation professionnelle.

Le Gabon n’a pas seulement besoin de sélectionner les jeunes qui pourront apprendre un métier ; il doit donner à chacun une possibilité réelle d’en acquérir un. Un concours peut mesurer un niveau, mais ne saurait définir à lui seul qui mérite une chance. Dans un pays qui veut transformer son économie, la priorité devrait être d’élargir les capacités, de multiplier les ateliers, de former davantage d’encadreurs et de mobiliser les entreprises. Le véritable échec collectif ne serait pas d’accueillir un jeune qui a besoin d’un accompagnement supplémentaire ; ce serait de le laisser sans qualification, puis de lui reprocher de ne pas trouver sa place.

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