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Dossier spécial [2/5] Ali Bongo : quatorze ans d’une jeunesse gabonaise sacrifiée

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Dans sa déclaration, l’ancien chef de l’Etat se tourne vers la jeunesse et jure qu’elle ne sera plus reléguée au second plan. Quatorze ans de pouvoir, pourtant, invitent à poser une question simple : où était-elle, cette jeunesse, quand il décidait ?

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L’ancien président compte sur « vous, les jeunes, qui avez résisté aux sirènes du reniement ». Ali Bongo affirme ensuite : « Les jeunes ne doivent plus jouer les seconds rôles. » Et il promet : « Il faudra renouveler les visages, mais aussi les idées et la doctrine. » Le propos est séduisant, presque généreux. Mais celui qui parle a présidé le pays de 2009 à 2023 : jamais les jeunes ne l’ont vu leur céder la place, ni leur ouvrir réellement les portes des décisions. Ils ont été invoqués dans les discours, rarement associés aux choix.

Quatorze ans au sommet, l’heure des comptes

L’éducation est le premier terrain où juger la sincérité d’un tel discours. La bourse des collégiens et lycéens, longtemps versée, a été suspendue à partir de 2017. En juin 2022 encore, le ministre de l’Éducation nationale d’alors invoquait devant le Parlement des tensions de trésorerie pour expliquer qu’elle ne soit pas payée. Pendant ce temps, Ali Bongo, sa femme, son fils et leurs affidés pillaient allègrement les caisses de l’Etat. Le rétablissement de cette bourse n’a été annoncé qu’en septembre 2023, par les autorités de la Transition, quelques jours après la chute du régime. Cette chronologie parle d’elle-même : pendant plus de cinq ans, des élèves ont été privés d’un encouragement que d’autres ont vite jugé possible.

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Au-delà des bourses, il y a les conditions d’apprentissage, les équipements, la formation professionnelle, l’accès à l’emploi, les possibilités d’insertion. Aucun de ces chantiers n’a figuré parmi les priorités d’Ali Bongo. Il est étrange de le voir, aujourd’hui, se ranger du côté de la jeunesse, comme si quatorze années pouvaient être effacées par un paragraphe bien tourné.

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Un héritage, une responsabilité

Ali Bongo affirme qu’un héritage « n’est pas seulement une mémoire que l’on célèbre. C’est une responsabilité que l’on assume. » Il parle d’« avoir le courage de prolonger une vision, et de préparer l’avenir de ceux qui viendront après nous ». La formule s’applique d’abord à lui-même. Qu’a-t-il préparé, pour ceux qui venaient après lui, pendant quatorze ans d’exercice du pouvoir ? Les élèves sans bourse, les diplômés sans emploi et les jeunes sans perspective ont déjà répondu, par leur quotidien plus éloquemment que n’importe quel discours.

Les premiers juges

Les jeunes ne sont pas une réserve de militants à mobiliser quand le parti vacille, ni une caution commode pour un retour en grâce. Ils sont les premiers juges des promesses faites en leur nom. Après quatorze ans au sommet de l’État, Ali Bongo ne peut éviter la question du bilan lorsqu’il leur parle d’avenir. Cet avenir-là, c’est précisément celui qu’il a jeté aux oubliettes. Il demande aux jeunes de ne plus jouer les seconds rôles ; il leur faudra surtout refuser de jouer, une fois de plus, les figurants de son « très improbable » retour.

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