Le monde médical et la scène politique gabonaise perdent l’un de leurs plus illustres patriarches. Le Professeur Pierre-André Kombila Koumba s’est éteint ce jeudi 15 octobre 2026 au Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL), laissant derrière lui l’empreinte indélébile d’un pionnier de la médecine et d’un acteur majeur de l’histoire contemporaine du pays.
La triste nouvelle a saisi Libreville aux premières lueurs du jour. Admis en soins intensifs la veille, le célèbre cardiologue a succombé ce jeudi matin aux environs de 10 heures. Selon des sources concordantes issues de son entourage familial, le baobab médical de 85 ans aurait été victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) foudroyant, contre lequel l’équipe de prise en charge du CHUL n’a rien pu faire.
Le père fondateur de la cardiologie moderne au Gabon
Né en mai 1941, Pierre-André Kombila Koumba incarnait l’excellence académique d’une génération de pionniers. Parti du Gabon en 1962, il forge ses armes en Belgique puis à la faculté de médecine de Rennes, en France. Après avoir exercé pendant treize ans dans l’Hexagone, il rentre définitivement sur sa terre natale en septembre 1977 avec un objectif audacieux : doter son pays de structures de soins de classe internationale.
Premier professeur agrégé en médecine de l’histoire du Gabon, il fonde dès 1978 le tout premier service de cardiologie du Centre hospitalier de Libreville (CHL), un service au sein duquel, par une tragique fatalité, il aura rendu son dernier soupir. Durant des décennies, le Professeur aura soigné des milliers de cœurs gabonais tout en formant, derrière les pupitres universitaires, des générations entières de praticiens qui perpétuent aujourd’hui son noble héritage.
Un homme de convictions au cœur du tumulte politique
Mais l’homme n’était pas qu’un scientifique en blouse blanche, il était aussi une conscience politique aiguisée. Dès l’avènement du multipartisme dans les années 1990, Pierre-André Kombila s’engage corps et âme dans l’arène politique en devenant le Premier secrétaire du Rassemblement National des Bûcherons (RNB), le principal parti d’opposition de l’époque.
Orateur redoutable et fin négociateur, il mène de main de maître les pourparlers de l’opposition lors des crises post-électorales de 1993, jetant les bases des célèbres « Accords de Paris » d’octobre 1994. Candidat à l’élection présidentielle de 1998, il trace ensuite sa propre voie en fondant le RNB-Démocratique.
Élu député à l’Assemblée nationale, son sens de l’État le conduira plus tard à intégrer le gouvernement sous la présidence d’Omar Bongo Ondimba, occupant notamment les fonctions de ministre de l’Enseignement technique et professionnel de 2006 à 2009, puis des Ressources hydrauliques. Après la transition de 2009, il choisira de retourner à ses premières amours politiques, reprenant sa posture critique au sein de l’opposition.
Avec la disparition du Professeur Pierre-André Kombila Koumba, c’est une page d’histoire qui se tourne pour le Gabon. Un homme doublement dévoué au service de ses concitoyens, dont le stéthoscope et la voix auront, chacun à leur manière, fait vibrer le cœur de la nation.
