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Gabon : Vol de matériel de la SEEG, à qui profite le crime ?

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Le vol d’un compteur, d’un câble ou d’un fusible ne répond pas toujours à la même logique et ne suppose pas nécessairement les mêmes compétences. Lorsqu’il s’agit d’équipements électriques ou de matériels installés sur des réseaux techniques, une question mérite d’être posée : qui connaît suffisamment ces installations pour savoir quoi prendre, où le trouver et comment intervenir ? Sans désigner de coupable à l’avance, cette interrogation ouvre une autre piste dans la lutte contre le pillage du réseau : celle des profils, des connaissances techniques et des éventuels accès privilégiés.

Le phénomène documenté par la SEEG concerne des matériels de nature différente : câbles électriques, compteurs d’eau riches en cuivre et en laiton, fusibles des postes de distribution, mais également du cuivre dérobé sur certains sites. Après les câbles arrachés sur les forages de Ntoum, les compteurs ont disparu par dizaines dans le Grand Libreville comme à l’intérieur du pays. En août, un acte de vandalisme a également été constaté aux abords de la Cité de la Démocratie. Désormais, les fusibles des postes de distribution électrique sont eux aussi ciblés.

Cette diversité des équipements pose une question qui mérite d’être examinée. Tout le monde peut-il réellement identifier un matériel technique, connaître sa fonction, savoir où il se trouve et intervenir dessus sans disposer d’un minimum de connaissances ? La question est particulièrement sensible lorsqu’il s’agit d’installations électriques, où une mauvaise manipulation peut exposer son auteur à des risques importants.

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Cela ne signifie évidemment pas que les auteurs sont nécessairement des professionnels. Mais la nature de certaines cibles peut constituer un élément parmi d’autres à prendre en compte dans une enquête.

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Quels profils derrière ces actes ?

Les auteurs peuvent d’abord être des individus motivés par la seule perspective d’un gain rapide. Le cuivre, le laiton et certains autres matériaux présentent une valeur de récupération qui peut suffire à alimenter un trafic. Dans ce cas, les voleurs peuvent agir seuls ou intégrer une organisation plus structurée.

Une autre piste concerne les personnes disposant de connaissances techniques. Électriciens, plombiers, techniciens, anciens professionnels du secteur ou personnes ayant acquis une expérience comparable peuvent, en théorie, savoir davantage que le simple opportuniste sur la localisation et la manipulation de certains équipements. Mais la profession ne saurait constituer une preuve d’implication. Aucun métier ne peut être assimilé, par principe, au vol ou au sabotage.

La même prudence doit prévaloir concernant d’éventuelles personnes ayant travaillé dans le secteur ou ayant eu, par le passé, accès à certaines installations. Si des éléments apparaissaient dans un dossier, les enquêteurs pourraient naturellement examiner les connaissances internes, les accès antérieurs ou les éventuelles motivations particulières. Cela vaut également pour l’hypothèse d’un sabotage motivé par un ressentiment personnel. Mais une telle hypothèse doit rester ce qu’elle est : une piste à vérifier et non un fait établi.

À qui profite le crime ?

C’est finalement la question centrale. Un compteur arraché ou un câble sectionné n’est généralement pas destiné à rester entre les mains de celui qui l’a dérobé. Les matériaux ont vocation à être revendus, ce qui renvoie directement à l’existence d’une filière de récupération.

Les affaires déjà documentées donnent une première indication. En mars 2026, cinq individus ont été interpellés à Libreville pour appartenance présumée à un réseau spécialisé dans le vol de compteurs. Plus récemment, à Lalala-Dakar, cinq jeunes ont été arrêtés par la cellule d’investigation de la SEEG avec les forces de sécurité alors qu’ils s’apprêtaient à écouler des compteurs auprès de récupérateurs de métaux. À Moyabi, deux hommes ont été écroués pour vol de cuivre et de carburant sur un site de la SEEG.

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Ces dossiers posent donc une question qui dépasse celle des auteurs matériels. Qui achète ? Qui stocke ? Qui revend ? Qui organise les débouchés ? Et surtout, qui tire réellement profit de cette économie clandestine ?

De l’auteur matériel au bénéficiaire réel

Le combat contre le pillage du réseau ne peut ainsi se limiter à l’interpellation de ceux qui sont surpris en possession de matériel volé. Il doit également permettre de remonter la chaîne, depuis celui qui arrache ou démonte jusqu’à celui qui achète, commande ou revend.

Le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema,  avait lui-même mis en garde, dans son discours sur l’État de la Nation, les sociétés de récupération de rebuts ferreux qui achètent des câbles volés sans les dénoncer. Fin août, le gouvernement a par ailleurs confirmé que les opérateurs impliqués dans l’achat ou la revente de câbles obtenus frauduleusement s’exposent à des poursuites.

La SEEG, qui a déposé plainte et collabore avec les forces de sécurité, ne peut donc porter seule cette bataille. Il appartient aux enquêteurs de croiser les profils, les compétences, les éventuels accès aux installations, les circonstances des vols et les circuits de revente, sans préjuger de la culpabilité de quiconque.

Car derrière chaque câble sectionné, chaque compteur arraché ou chaque fusible dérobé, il existe une question qui demeure essentielle : à qui profite le crime ? Tant que toute la chaîne ne sera pas identifiée, des exécutants pourront être arrêtés sans que soient nécessairement atteints ceux qui donnent au pillage sa véritable rentabilité.

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