Un compteur ou un câble ne disparaît pas du réseau pour être conservé. Derrière les vols enregistrés sur les installations de la SEEG se profile nécessairement une logique de revente. Les arrestations intervenues à Libreville, Lalala-Dakar et Moyabi, ainsi que les alertes des autorités, posent une question centrale : qui achète les matériaux dérobés et permet ainsi au trafic de prospérer ?
Les faits documentés montrent que le phénomène ne relève pas d’actes isolés. En mars 2026, cinq individus ont été interpellés à Libreville pour appartenance présumée à un réseau spécialisé dans le vol de compteurs. Ces actes avaient notamment privé des ménages d’électricité.
Plus récemment, à Lalala-Dakar, cinq jeunes ont été arrêtés par la cellule d’investigation de la SEEG, en collaboration avec les forces de sécurité, alors qu’ils s’apprêtaient à écouler des compteurs auprès de récupérateurs de métaux.


À Moyabi, deux hommes ont également été écroués pour vol de cuivre et de carburant sur un site de la SEEG. Ces différentes affaires dessinent un même mécanisme : des équipements sont soustraits aux installations, puis orientés vers des circuits capables de les transformer en valeur marchande.
Quand le recel alimente le pillage
La question ne s’arrête donc pas à ceux qui arrachent les câbles ou emportent les compteurs. Le trafic suppose des acheteurs, des lieux de stockage et des circuits de revente. Sans débouchés, le vol perdrait une partie de son intérêt économique.
C’est précisément sur cette filière que les autorités ont commencé à porter leur attention. Dans son discours sur l’État de la Nation, le chef de l’État a mis en garde les sociétés de récupération de rebuts ferreux qui achètent des câbles volés sans les dénoncer.
Fin août, le gouvernement a confirmé que les opérateurs impliqués dans l’achat ou la revente de câbles obtenus frauduleusement s’exposent à des poursuites. Le message est clair : la responsabilité ne concerne pas uniquement celui qui dérobe. Elle peut également concerner celui qui achète, stocke ou revend.
Assécher les débouchés pour casser le trafic
La lutte contre le pillage du réseau passe donc aussi par le contrôle de la filière de récupération. La traçabilité des métaux collectés, l’identification des acteurs qui les achètent et la sanction du recel constituent des leviers essentiels.
La SEEG a déposé plainte et collabore avec les forces de l’ordre. Mais pour enrayer durablement le phénomène, il faudra aller au-delà des interpellations ponctuelles et s’attaquer aux réseaux qui organisent ou facilitent l’écoulement des matériaux volés.

Tant que les métaux dérobés pourront être transformés en argent, les voleurs disposeront d’un marché. C’est donc aussi en fermant les débouchés du trafic que le pillage du réseau pourra être combattu efficacement.












