Après de longs moment d’un mutisme trompeur, la confédération syndicale Dynamique Unitaire rompt le silence. À la veille d’une rentrée sociale sous haute tension, le puissant collectif menace de paralyser le pays. Face à ce qu’il qualifie de « dialogues de sourds » avec l’exécutif, le ton n’est plus à la négociation, mais à l’affrontement direct.
Le calme avant la tempête. Alors que le Gabon s’apprête à acter sa rentrée sociale, Dynamique Unitaire (DU) a choisi son moment pour faire entendre sa voix. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le collectif ne fait pas dans la dentelle. Cette constellation syndicale, qui regroupe les poids lourds des centrales et organisations professionnelles du pays, de l’éducation avec la CONASYSED et le SNEC, à la santé via l’HIPPOCRATE et la SYNASSA, en passant par les finances et l’administration (FAEPC, FOREC, FTBES, SYNAPRA, SYNAFIREST, SYNA-SHIG, SYPROTRAT, SYNA WALL, SUP OCT, STRIMM et SAHAC), vient d’annoncer la couleur. Pour ses leaders, le temps des courbettes est définitivement révolu, place désormais à la vérité crue.
La stratégie de l’usure
Lors d’une déclaration de presse incisive, le collectif est passé à l’offensive, fustigeant l’attitude d’un État accusé de jouer la montre et d’entretenir le flou artistique. « Quand nous proposons les élections générales des confédérations pour éviter le cafouillage, le gouvernement préfère la confusion entre les élections des délégués du personnel et les élections professionnelles », s’insurgent les responsables syndicaux. Une critique acerbe qui dénonce, à demi-mot, une volonté de l’exécutif de brouiller les pistes pour mieux noyer le poisson.


Au cœur de cette colère noire se trouve le malaise grandissant qui ronge la Fonction publique. Dynamique Unitaire exige des clarifications immédiates, rejetant les promesses de façade. «S’agissant des situations administratives régularisées, nous tenons à souligner que de nombreux fonctionnaires, y compris ceux dans cette salle, attendent encore la prise en compte de leur dossier », préviennent les leaders syndicaux, avant de décocher une pique assassine : « Le temps nous édifiera ! »
Le fardeau de la « Main-d’œuvre non permanente »
Le point de non-retour semble avoir été atteint avec le dossier brûlant des 1 473 agents de la Main-d’œuvre non permanente (MONP), radiés des effectifs du jour au lendemain. Une décision vécue comme une injustice sociale majeure qui a ravivé les tensions les plus vives. «Quelle est la véritable raison d’une telle opacité ? », s’interrogent les dirigeants de DU, rappelant que ces travailleurs déchus « peinent désormais à retrouver leur dignité ». Face à un État qu’ils accusent d’avoir enterré le principe élémentaire selon lequel « l’espoir doit mourir en dernier », le collectif dénonce une ingérence insidieuse derrière les discours lissés de l’autorité publique.
Pour le syndicat, le gouvernement s’est enfermé dans ses propres contradictions, oscillant dangereusement entre appels formels au dialogue et manœuvres dilatoires sur le terrain. Une stratégie de l’évitement parfaitement décryptée par la base : « Le silence complaisant n’est plus possible ». Et le message envoyé aux ministères est sans ambiguïté : « Ni les intimidations, ni les basses besognes, ni la répression ne doivent nous conduire à la résignation ! »
Un œil rivé sur l’Hexagone
Bien décidée à faire front, la confédération refuse de se laisser diviser et annonce une riposte collective. « Reconnectons-nous à nos bases où nous puisons notre légitimité », martèlent les signataires du communiqué. Preuve de l’internationalisation de leur grille de lecture, les leaders syndicaux gabonais n’hésitent pas à chercher l’inspiration au-delà des frontières, affichant une solidarité totale avec les mouvements sociaux français, et notamment la grève interprofessionnelle de la CGT. Pour Dynamique Unitaire, une certitude demeure : une grève réussie en France doit résonner comme un signal fort jusqu’à Libreville.
L’avertissement est désormais sur la table de l’exécutif. En rejetant d’avance la « tentation du confort institutionnel » ou l’appât de « privilèges éphémères », Dynamique Unitaire promet une rentrée sociale explosive. Le slogan historique de la confédération, « Unis nous sommes forts ! », résonne aujourd’hui comme un ultimatum qu’il sera difficile d’ignorer.












