Le 30 août 2023, Libreville exultait. Trois ans plus tard, la liesse populaire a laissé place au principe de réalité. Face aux promesses non encore tenues, le Mouvement National des Patriotes (MNP) brise le consensus politique et interpelle le pouvoir : la Ve République ne se mesurera pas aux symboles, mais au panier de la ménagère.
Dans le temps, trois ans de pouvoir représentent une éternité pour celui qui attend de voir sa vie changer. Au Gabon, le souvenir de la nuit historique du 30 août 2023, celle où le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) a mis fin à 56 ans de dynastie Bongo, commence à s’estomper sous le poids du quotidien. Si la rupture politique a bel et bien eu lieu, le miracle économique et social se fait toujours attendre.
C’est le constat sans concession dressé par le Mouvement National des Patriotes (MNP). Dans un message direct et percutant adressé au Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, le mouvement exhorte les pouvoirs publics à passer des discours aux actes. Pour le coordinateur du mouvement, Manfoumbi Petit Paolino, l’heure n’est plus aux célébrations militaires mais aux chantiers humains.
La fin de la « politique du matricule » et du népotisme
Pour le MNP, le premier chantier de cette « seconde libération » est celui de la valeur travail. Pendant des décennies, l’ascenseur social gabonais a fonctionné au rétroviseur, dépendant des réseaux d’influence, des recommandations familiales et du clientélisme politique. Une réalité que les nouvelles autorités peinent à éradiquer. « Le citoyen gabonais ne veut plus entendre que son avenir dépend d’une faveur », martèle l’organisation.
Le MNP exige l’instauration d’une véritable méritocratie où le talent, le courage et l’effort suffisent à s’accomplir. Cette urgence concerne autant la jeunesse diplômée, frappée par le chômage structurel, que les entrepreneurs locaux, encore asphyxiés par les lourdeurs administratives et le racket bureaucratique. Pour le mouvement, le travail doit redevenir un outil d’émancipation, et non une aumône octroyée par le pouvoir.
Le panier de la ménagère et le spectre de la vie chère
Sur les étals des marchés du PK8 ou de Mont-Bouët à Libreville, le verdict des ménages est unanime : l’inflation galope et le pouvoir d’achat s’effondre. Le salaire minimum (SMIG), bloqué à 80 000 FCFA depuis deux décennies, ne permet plus de faire face au coût réel de la vie.
Pour endiguer cette vulnérabilité, Manfoumbi Petit Paolino et ses équipes poussent le gouvernement à opérer un virage stratégique vers l’agriculture et la production locale. Un impératif de souveraineté pour un pays qui importe encore la quasi-totalité de ce qu’il consomme.
Une santé à deux vitesses et le mirage du logement social
Derrière les grands projets d’infrastructures fièrement inaugurés par le gouvernement, le secteur social affiche de profondes blessures. Le MNP dénonce un système de santé où l’accès aux soins reste un privilège financier. « Derrière chaque dossier médical, il n’y a pas un numéro mais une vie », rappelle le mouvement, ému par le sort des familles obligées de s’endetter pour acheter des médicaments de base.
La crise du logement complète ce sombre tableau. Dans un pays aux ressources immenses, posséder un toit digne, alimenté en eau courante et en électricité, s’apparente encore à un luxe. Le MNP presse les autorités d’accélérer drastiquement les programmes de logements sociaux et de faciliter l’accès à la propriété foncière pour les classes populaires.
Vers une libération économique et humaine
Trois ans après le coup d’éclat des forces de défense, le Gabon se trouve à la croisée des chemins. La Ve République ne pourra pas éternellement se nourrir du rejet de l’ancien régime.
En conclusion de son plaidoyer, le MNP rappelle une vérité implacable au président de la République la « Libération » n’aura de sens que lorsqu’elle se traduira par des victoires concrètes. La véritable liberté ne se décrète pas lors des défilés militaires du 30 août, elle se vérifie lorsqu’un jeune trouve un emploi, qu’une mère remplit l’assiette de son enfant et qu’un malade se soigne sans redouter la faillite.
