En 1972, Mbanié cesse d’être un simple îlot perdu dans le golfe de Guinée : des pêcheurs pris pour cible, des militaires déployés et la présence d’Omar Bongo sur l’île transforment une querelle de frontière en une véritable crise de souveraineté entre deux jeunes États.
En 1972, le différend frontalier entre le Gabon et la Guinée équatoriale cesse d’être une querelle de cartes. Il devient une affaire de souveraineté, de soldats et de prestige national. Les incidents autour de Mbanié et de Cocotiers vont provoquer une grave crise entre Libreville et Malabo et pousser Omar Bongo et Francisco Macías Nguema à rechercher une sortie politique. Les archives versées devant la CIJ attestent de plusieurs épisodes de tension, notamment en 1972.
Macías, Obiang et la construction d’un pouvoir nouveau
La Guinée équatoriale vient tout juste d’accéder à l’indépendance, le 12 octobre 1968. Francisco Macías Nguema devient le premier président de la République. Son neveu, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, occupe rapidement des fonctions importantes dans l’appareil militaire et sécuritaire. Selon la biographie documentée par CIDOB, Obiang, originaire de Mongomo, est nommé gouverneur militaire de Bioko puis gravit rapidement les échelons du régime.
Dans ce contexte de construction nationale, les rivalités identitaires et politiques sont fortes. Des intellectuels opposés à Macías contestent ses origines et sa légitimité, allant jusqu’à le qualifier de « Gabonais de Mongomo ». Pour étouffer la contestation, l’Espagne intervient rapidement en produisant des documents destinés à établir la nationalité équato-guinéenne de Macías.
L’explosion de 1972
Des pêcheurs gabonais et des personnes présentes dans la zone de Mbanié sont pris pour cible par des forces équato-guinéennes. Le dossier présenté à la CIJ fait notamment état d’un incident impliquant une famille française de pêcheurs, dont une femme et un enfant, exposée à des tirs.
Le conflit monte d’un cran lorsque le Gabon installe un poste de gendarmerie sur Mbanié le 23 août 1972. Quelques semaines plus tard, le 10 octobre 1972, Omar Bongo se rend personnellement sur l’île. Les archives judiciaires montrent également que, le 17 septembre 1972, les deux présidents avaient déjà accepté, avec d’autres chefs d’État africains, de régler leur différend dans un cadre africain et par des moyens pacifiques.
De la confrontation à la négociation
La crise entraîne une médiation africaine. Des rencontres ont lieu à Kinshasa en septembre 1972, puis à Brazzaville en novembre. En 1973 et 1974, les contacts directs entre Bongo et Macías se multiplient. La voie militaire cède progressivement la place à la négociation. C’est dans cette atmosphère qu’apparaît la future Convention de Bata.
En 1972, quelques dizaines d’hectares viennent de transformer une zone maritime périphérique en question d’État. Mbanié devient le symbole d’une souveraineté que chacun entend défendre. Les armes se taisent finalement, mais la question juridique demeure. Deux ans plus tard, Omar Bongo et Francisco Macías Nguema vont tenter de la régler par le droit. Ce sera Bata, en septembre 1974.
