Une institution publique tire sa légitimité de la loi, de la qualité de sa gouvernance et de la confiance qu’elle inspire. Elle ne la construit ni sur les réseaux sociaux ni dans les médias.
L’affaire de l’AGASA pose une question qui dépasse le seul cadre de cet établissement : quelle conception du management public voulons-nous promouvoir dans notre pays ?
Depuis plusieurs semaines, une communication particulièrement offensive accompagne les décisions prises par la Direction générale. Avant même que l’opinion n’ait connaissance des procédures engagées, l’espace médiatique est largement investi pour justifier les mesures annoncées. Cette démarche donne le sentiment que la communication précède le droit et que la bataille de l’opinion devient un préalable à l’exercice de l’autorité.

Pourtant, l’autorité de l’État n’a pas besoin d’être mise en scène. Elle s’impose naturellement lorsqu’elle s’exerce dans le strict respect des textes, des procédures disciplinaires et des droits de la défense.
Le licenciement d’un agent constitue l’une des sanctions les plus lourdes en droit du travail. Il exige une motivation sérieuse, le respect du contradictoire et l’observation des garanties prévues par les textes. Lorsque ces décisions sont annoncées dans un climat de forte exposition médiatique, elles peuvent donner l’impression que la sanction est déjà arrêtée dans l’opinion avant même que les procédures n’aient produit tous leurs effets.
Cette perception est préjudiciable, non seulement pour les agents concernés, mais aussi pour la crédibilité de l’institution elle-même.
Un autre élément mérite d’être souligné. Au fil de ses interventions, le Directeur général rappelle régulièrement qu’il a été nommé par le Président de la République. Cette référence récurrente ne peut être considérée comme anodine.
Une nomination présidentielle est une marque de confiance. Elle confère une responsabilité élevée, mais elle ne saurait être invoquée comme un argument d’autorité dans le débat public. À force de rappeler l’origine de son mandat, le risque est de laisser croire que chacune des méthodes employées bénéficierait de l’approbation du Chef de l’État ou que toute critique de la gestion de l’AGASA constituerait une remise en cause de l’autorité présidentielle.
Cette confusion serait regrettable.
Dans une République, le Président nomme des responsables pour appliquer les lois de la République, non pour personnaliser l’action publique. Chaque dirigeant répond de ses propres décisions et assume pleinement la responsabilité de leur légalité, de leur opportunité et de leurs conséquences.
Le Président de la République a fait de la restauration de l’État, de la bonne gouvernance et de la lutte contre les dérives administratives des axes majeurs de son action. Ces principes imposent à tous les gestionnaires publics une exigence d’exemplarité. Ils commandent également de distinguer clairement la communication institutionnelle de la communication de justification.
L’AGASA est une institution stratégique pour la protection des consommateurs et la sécurité sanitaire. Elle mérite que le débat porte sur ses résultats, la qualité de son contrôle, l’efficacité de son organisation et le respect des règles qui encadrent son fonctionnement, plutôt que sur une succession de séquences médiatiques.
La force d’une administration ne réside jamais dans le bruit qu’elle produit. Elle se mesure à sa capacité à faire appliquer les règles avec impartialité, sans mise en scène, sans intimidation et sans confusion entre l’autorité de l’État et celle de ses dirigeants.
C’est à cette condition que l’État de droit cesse d’être un slogan pour devenir une pratique quotidienne, au service des citoyens comme des agents publics.









