Dans une lettre dont notre rédaction a obtenu copie, le sénateur du siège unique de la Bayi-Brikolo fustige l’activisme de son collègue Georges Mpaga auprès des enseignants grévistes, y voyant une confusion dangereuse entre missions législatives et prérogatives de l’Exécutif.
Le Vénérable Georges Mpaga, par ailleurs membre du bureau du Sénat, a entrepris depuis quelques jours une itinérance nationale aux allures de médiation sociale. Accompagné du syndicaliste Pierre Mintsa et de diverses figures de la société civile, il sillonne le pays pour aller à la rencontre des enseignants grévistes afin de les amener à retrouver le chemin des salles de classe. Cette campagne a pourtant connu des épisodes houleux, notamment à Port-Gentil, où la délégation a été huée et chassée du piquet de grève par des manifestants radicaux. Malgré ce revers, le sénateur s’est ensuite rendu à Oyem pour tenter de délivrer le même message de reprise du travail.
Une médiation jugée illégitime et confuse
Cette stratégie de terrain est loin de faire l’unanimité au sein de la chambre haute. Dans une missive interne particulièrement ferme, Jean Bosco Ndjounga conteste frontalement la légitimité de cette démarche. « Je m’interroge, en toute considération, sur votre autoproclamation en tant que « médiateur et facilitateur » pour tenter de stopper le mouvement revendicatif des enseignants », écrit-il, soulignant au passage qu’aucune note officielle signée par le président du groupe parlementaire UDB, Justin Ndoundangoye, n’est venue encadrer cette mission.
Pour l’élu de la Bayi-Brikolo (Haut-Ogooué), cette intrusion dans le dialogue social constitue une erreur politique et juridique majeure. Il rappelle avec insistance que « la gestion des conflits sociaux, notamment la grève des enseignants, relève en premier lieu de la responsabilité de l’exécutif ». Selon lui, l’initiative individuelle de son collègue risque de « créer une confusion quant aux missions constitutionnelles du Sénat » et aux prérogatives réelles des parlementaires.
Le rappel à la séparation des pouvoirs
S’appuyant sur les textes fondamentaux, l’auteur de la lettre précise que le rôle de médiateur au Gabon est une fonction spécifique. Il rappelle ainsi que « le Médiateur au Gabon est un Haut Commis de l’État relevant des services de la Présidence de la République ». En conséquence, les pérégrinations de Georges Mpaga, bien que « sincèrement animées par une volonté d’apaisement », s’éloigneraient de « l’esprit et de la lettre du Règlement intérieur du Sénat ».
Jean Bosco Ndjounga conclut son interpellation par un conseil teinté de sévérité, invitant son « ami » à revoir la forme et le contenu de ses interventions publiques. « Il est impératif que chacun de nous conserve la clarté sur la séparation des rôles et des responsabilités », martèle-t-il. Cette sortie met en lumière une fracture au sein du Palais Omar Bongo Ondimba sur la méthode à adopter face à la crise scolaire, rappelant que le prestige de l’institution passe avant tout par le respect de ses compétences constitutionnelles.



