Le secteur éducatif gabonais traverse une zone de turbulences marquée par une énième grève des enseignants, mais pour l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, le malaise dépasse largement la simple question des rappels de solde. Dans une tribune incisive, l’homme politique invite ses compatriotes à changer de logiciel pour passer d’une gestion comptable à une vision stratégique de l’école.
L’ancien chef du gouvernement commence par déconstruire certains discours actuels sur l’origine du blocage administratif. Il rappelle qu’avant la transition, l’Éducation nationale n’était pas le parent pauvre des régularisations. « Entre 2019 et 2023, le secteur de l’Éducation nationale a été, de très loin, le premier bénéficiaire des régularisations administratives », Bilie-By-Nze. Il précise d’ailleurs que sur cette période, le ministère a absorbé plus de 5 000 situations régularisées, un volume qu’il juge « largement supérieur à tous les autres ministères réunis ».
Toutefois, l’auteur ne nie pas la légitimité de la colère sociale actuelle, surtout à la lumière des promesses récentes. « La demande des enseignants est d’autant plus légitime aujourd’hui qu’il a été dit, de manière péremptoire et définitive, que « l’État a l’argent » », souligne-t-il. Pour lui, le maintien de la grève malgré ces assurances financières prouve que « le problème est moins budgétaire que politique ». Il assume sa part de responsabilité passée tout en précisant qu’un ministre « ne porte pas sa propre vision » mais « met en œuvre le projet du Président de la République ».
L’illusion des moyens face au défi de la compétence
Le cœur de son analyse porte sur l’inefficacité d’un système qui, malgré les investissements, continue de produire des résultats décevants. L’ancien Premier ministre regrette que les gouvernements successifs aient réduit l’école à un problème matériel. « Ils se trompent sur l’essentiel : les moyens ne suffisent pas à faire une bonne école », martèle le président d’Ensemble pour le Gabon. Il pointe notamment du doigt une école qui « n’a pas préparé les jeunes à l’économie réelle » et qui « continue de produire des cohortes de chômeurs ».
L’analyse s’appuie sur des comparaisons internationales pour souligner le retard structurel du Gabon. L’auteur note que des pays comme le Rwanda ou le Vietnam consacrent entre 15 et 20 % de leur budget à l’éducation, contre environ 8 à 10 % au Gabon. Au-delà des chiffres, c’est la qualité de l’enseignement qui l’inquiète. « L’emploi suit les compétences, pas les diplômes », rappelle-t-il en citant l’OCDE, tout en déplorant que la formation continue des enseignants gabonais soit « proche de zéro ».
Pour sortir de l’impasse, Alain-Claude Bilie-By-Nze propose huit chantiers, allant de la réforme des contenus pédagogiques à l’intégration du secteur privé et confessionnel dans un cadre national strict. Il insiste sur la nécessité de sortir de la « verticalité administrative » pour impliquer tous les acteurs de la société. « Tant que ces compétences sont importées ou externalisées, la souveraineté reste théorique », prévient l’homme politique.
Cette tribune sonne comme un avertissement contre la tentation de résoudre la crise par de simples chèques. Pour l’ancien Premier ministre, l’école doit devenir « la première politique industrielle » du pays pour garantir sa survie économique. Faute de quoi, le Gabon continuera de transformer chaque conflit social en une simple négociation financière, oubliant que l’avenir d’une nation se joue d’abord dans ses salles de classe.
