Alors que des vidéos de l’annonce des résultats du scrutin du 26 août 2023 ressurgissent sur la toile, alimentant calomnies et raccourcis trompeurs, Nadia Christelle Koye brise le silence. Ancienne Vice-présidente du Centre gabonais des élections (CGE) pour le compte de l’opposition, elle livre ici un témoignage sans concession sur les coulisses d’un système électoral miné par les trahisons et l’immaturité politique. Entre rappel des faits juridiques, dénonciation des « néo-opposants » de salon et récit d’un parcours de résilience marqué par les sacrifices personnels, elle rétablit sa vérité. Un texte de combat pour l’histoire, à l’heure où le Gabon panse ses plaies et dessine son avenir.
Nous publions, in extenso, sa réponse à ceux de ses détracteurs qui veulent aujourd’hui se donner un beau rôle.
La gouvernance électorale est au cœur de tout processus démocratique. Pilier stratégique majeur, elle implique tout un écosystème : l’Exécutif, les juridictions, les partis politiques, les candidats et, par-dessus tout, le peuple souverain. C’est un mécanisme multidimensionnel dont l’étape la plus critique reste la désignation des acteurs chargés de gérer le processus. Viennent ensuite la confection du calendrier, les actes administratifs, la nomination des commissaires et des scrutateurs, le vote et, enfin, l’annonce des résultats par le Centre gabonais des élections (CGE), avant leur proclamation définitive par la Cour constitutionnelle.
Sous l’empire de l’ancienne loi électorale, ces étapes étaient pilotées par un bureau paritaire (Majorité/Opposition) sous l’arbitrage d’un président neutre. Cette neutralité était alors une véritable gageure, tant l’opposition (forte de 105 partis) souffrait d’un « strabisme divergent » aigu. Incapables de s’accorder sur des listes consensuelles comme l’exigeait la loi, ces groupements aux ambitions contradictoires, parfois parasités par le système, imposaient des arbitrages complexes pour désigner 160 commissaires et près de 4000 scrutateurs. Ce «festival de cupidité » voyait resurgir des partis en hibernation à la veille de chaque scrutin.
Dans ce contexte, la responsabilité de l’annonce des résultats ne saurait reposer sur les seules épaules du Vice-président du CGE, fût-il de l’opposition, car les décisions étaient collégiales.
En revanche, leur contestation est un acte individuel et responsable. Conformément aux textes, cette contestation ne se fait pas à la tribune lors de l’annonce (au risque d’être exclu de la plénière et de perdre tout moyen de preuve,) mais s’inscrit dans le procès-verbal. C’est ce choix, stratégique et légal, que j’ai fait et que j’assume pleinement.
L’homo politicus ne peut l’ignorer, sauf à faire preuve d’une manipulation obscure ou d’une incompétence avérée, ce qui serait grave pour ceux qui prétendent incarner une alternative vertueuse. Comme le dit l’adage : « Lorsque dans le corps de garde, l’ancien accuse l’enfant avec insistance, c’est qu’il veut détourner l’attention de ses propres flatulences. »
Depuis quelques jours, la vidéo de l’annonce des résultats du 26 août 2023 circule à nouveau. Elle tente de m’imputer la trahison du vote des Gabonais au profit du pouvoir déchu par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI). Cette lecture est non seulement juridiquement erronée, mais elle révèle une immaturité civique inquiétante.
Plus ahurissant encore : ces accusations émanent de ceux qui ont, eux-mêmes, favorisé la fraude. En effet : qui a favorisé l’explosion des partis satellites (107 pour l’opposition contre 4 pour la majorité) ?
Qui a imposé des micro-partis sans élus, simples « coquilles vides » créées pour infiltrer et phagocyter la véritable opposition au sein du CGE ?
Qui a financé ces parasites pour neutraliser nos représentants dans les bureaux de vote ?
Qui a orchestré le bug informatique pour désorganiser le scrutin (écueil que j’ai personnellement évité en mobilisant mes propres ressources informatiques) ?
Qui a envoyé des émissaires me menacer et m’agresser pour influencer mes décisions ?
Qui a coupé Internet pour empêcher la compilation des procès-verbaux ?
Qui pratique la danse du crabe en applaudissant le coup de libération pendant quelques jours, puis, au gré de ses intérêts, se retrouve au tribunal pour attaquer une institution, alors qu’on a fait pire ?
Je m’appelle Koye Nadia Christelle. En 2010, j’ai quitté le confort du poste de cadre à Gabon Telecom pour servir mon pays. Déçue par les promesses du Plan stratégique Gabon émergent (PSGE), j’ai rejoint l’opposition en 2015. Un acte de courage, alors que j’étais en poste au Secrétariat général du Gouvernement.
J’ai tout subi : les pressions sociales, l’incendie de ma maison, les assauts au QG de Jean Ping en 2016, et la décomposition de ma vie familiale. J’ai perdu ma stabilité, mais j’ai gagné une connaissance profonde de la détresse des Gabonais en parcourant le pays. J’ai rédigé des recours et vu les failles du système de l’intérieur. J’ai été membre du principal parti de l’opposition sous le régime déchu. Je mets aujourd’hui au défi quiconque, surtout les « néo-opposants » de salons, de démontrer un tel engagement.
Je remercie le CTRI et le président de la République, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, pour cette libération qui nous réconcilie avec nos valeurs patriotiques. Mon ancrage actuel est la suite logique de 11 ans de combat.
A ceux qui s’agitent, je rappelle cet autre adage : « Plus le singe grimpe haut, plus on voit sa queue ». Cessez de mentir. Le Gabon est en construction et l’avenir encourageant.