Face à une grève qui paralyse l’école depuis deux semaines, le dialogue social semble avoir atteint un point de non-retour, marqué par un désaveu flagrant des bases enseignantes envers leurs représentants. Dans cette tribune, Darius Enguengh Mintsa, Docteur en Psychopédagogie et conseiller au Syndicat de l’Education nationale (Sena), analyse l’impasse actuelle et démontre que, devant l’échec des « négociations tripartites », la solution n’est plus administrative mais institutionnelle. S’appuyant sur la loi 18/92, il affirme qu’ « il faudra se tourner vers le président de la République » pour activer une médiation salvatrice, car « la non-conciliation est désormais manifeste » et menace directement la stabilité du système éducatif national.
La grève qui paralyse nos écoles depuis plus de trois semaines s’inscrit dans un climat de tensions profondes entre l’État employeur et les organisations représentatives du personnel. Elle met en lumière un dysfonctionnement majeur du dialogue social dans un secteur pourtant essentiel à la cohésion nationale.
Alors que la Tutelle et certains partenaires sociaux engagés dans le dialogue tripartite ont appelé publiquement à la reprise des cours, la réaction du corps enseignant révèle un décalage frappant entre les positions affichées par ces organisations et les attentes réelles de leurs bases. Le refus d’une partie significative des enseignants de reprendre le travail, malgré les injonctions institutionnelles et syndicales, montre que les syndicats favorables à la reprise ne disposent plus de l’autorité nécessaire pour engager leurs adhérents dans un compromis. Cette perte de légitimité opérationnelle constitue l’un des éléments centraux de la crise actuelle.
Face à cette impasse, la Tutelle annonce l’envoi d’encadreurs pédagogiques dans les établissements, notamment pour procéder au recensement des absences. Une telle démarche laisse entrevoir une stratégie de coercition administrative qui, si elle échoue, rendra toute négociation bilatérale encore plus improbable. L’État s’exposerait alors à un conflit social durable, aux conséquences éducatives, sociales et politiques potentiellement lourdes.
« Que faire pour sauver notre école, déjà malade depuis plusieurs années ? », m’a demandé un parent d’élève. La réponse s’impose désormais : il faudra se tourner vers le président de la République, conformément à la loi 18/92 du 18 mai 1993 relative aux organisations syndicales des agents de l’État. Cette loi encadre précisément ce type de situation. Son article 21 prévoit qu’en cas de non-conciliation dans les huit jours suivant le dépôt du préavis de grève, un procès-verbal doit être transmis au chef du Gouvernement, lequel désigne alors un médiateur accepté par les parties.
Deux constats s’imposent :
- Le délai légal de huit jours a été dépassé avant même l’ouverture des négociations tripartites, ce qui constitue une anomalie procédurale.
- La non-conciliation est désormais manifeste : une part considérable des bases syndicales rejette les propositions gouvernementales et désavoue les organisations ayant appelé à la reprise.
Si les enseignants ne reprennent pas la craie dans les prochains jours, nous nous trouverons dans le cas de figure explicitement prévu par la loi 18/92. La conséquence juridique est claire : le chef du Gouvernement doit activer le mécanisme de médiation afin d’éviter l’enlisement d’un conflit qui menace la stabilité du système éducatif et, au-delà, l’équilibre social du pays. Dans le cadre institutionnel de la Ve République, cette responsabilité incombe au président de la République.
Darius Enguengh Mintsa, Docteur en Psychopédagogie, Conseiller stratégique du Secrétaire général du Sena