À la moindre douleur, à la première fièvre, le geste est presque mécanique pour de nombreux Gabonais : avaler un comprimé de paracétamol. Souvent sans ordonnance, parfois même sans en mesurer la dose. Ce médicament, devenu familier, s’est glissé dans les habitudes au point de brouiller la frontière entre traitement médical et consommation banalisée.
Dans les pharmacies, le constat est sans équivoque. Le paracétamol figure parmi les produits les plus vendus, porté par son coût accessible et par une réputation d’efficacité immédiate. Présent sous différentes appellations commerciales comme le Doliprane, l’Efferalgan ou le Panadol, il est largement utilisé contre la fièvre, les migraines, le rhume et diverses douleurs. Cette omniprésence en fait un pilier de l’arsenal thérapeutique, aussi bien dans les prescriptions médicales que dans l’automédication quotidienne.
Le piège de l’efficacité immédiate
Justement parce qu’il soulage rapidement, le paracétamol est presque systématiquement inscrit sur les ordonnances. Il agit efficacement sur la douleur, même intense, ce qui renforce la confiance des patients. Mais cette confiance, lorsqu’elle n’est pas encadrée par un avis médical, devient problématique. Pris de manière répétée, à intervalles trop rapprochés ou en cumul avec d’autres médicaments contenant la même molécule, le paracétamol expose à des risques graves, notamment une toxicité hépatique en cas de surdosage.
Une fausse sensation de maîtrise
Le danger réside dans sa banalisation. Beaucoup pensent maîtriser ce médicament parce qu’il est connu de tous. Cette illusion alimente une automédication massive. C’est précisément cette dérive que les professionnels de santé tentent de corriger. Le Dr Francis Sagna met en garde contre cette fausse impression de sécurité : « Aujourd’hui, on sait qu’il y a certains produits qui ne nécessitent pas une connaissance extraordinaire pour les utiliser. Je cite comme exemple le paracétamol. On sait que tout le monde connaît le principe du paracétamol. »
Cette « connaissance » supposée conduit pourtant à des pratiques à risque : erreurs de dosage, prises rapprochées ou associations hasardeuses. L’automédication, perçue comme une solution rapide et économique, peut alors masquer des pathologies plus graves, retarder un diagnostic et aggraver l’état de santé du patient.
Un palliatif parfois trompeur
En soulageant le symptôme, on fait parfois taire un signal d’alerte essentiel. Dans un contexte où l’accès aux soins reste inégal et où la consultation médicale est souvent repoussée, le paracétamol devient un palliatif commode, mais trompeur. Soulager une douleur ne signifie pas traiter sa cause. En multipliant les prises sans suivi, certains patients transforment un simple malaise en complication évitable, avec des conséquences parfois irréversibles.
Les structures hospitalières tirent la sonnette d’alarme. Le Centre Hospitalier Universitaire de Libreville (CHUL) interpelle sans détour : « Un médicament mal pris peut coûter la vie. Consultez avant d’agir. » Un message abrupt, mais nécessaire. Derrière la banalité d’un comprimé se cache une réalité préoccupante de santé publique. Le paracétamol n’est pas un ennemi, mais son usage irréfléchi en fait un « faux ami ». Face à l’ampleur de l’automédication au Gabon, la sensibilisation est plus que jamais une urgence.

