Alors que le continent africain lutte pour la souveraineté sur ses ressources, le témoignage de l’architecte Pierre Goudiaby Atepa résonne comme un manifeste contre la corruption. En refusant des commissions occultes pour sauver un contrat minier, il prouve que l’éthique est le premier levier du développement.
L’affaire du Zircon de Diogo, au Sénégal, est devenue un cas d’école de patriotisme économique. Tout commence par une interpellation du président de l’époque, Abdoulaye Wade, concernant un contrat d’exploitation de 50 ans, initialement bradé pour 80 millions de dollars. Pierre Goudiaby Atepa, alors conseiller spécial, obtient le feu vert pour renégocier les termes de l’accord. Ce qu’il a récemment relaté sur la chaîne ATA dévoile les coulisses brutales de la haute finance extractive.
Face aux investisseurs tentant de le détourner de sa mission, l’architecte tient bon. Lorsqu’il exige un milliard de dollars, la machine à corrompre s’emballe. « Ils disent : « Bon, on vous donne 400 millions et après on se voit pour discuter de ce qu’on peut faire pour vous » », raconte-t-il. La réponse d’Atepa est cinglante : « Non, vous ne pouvez pas me payer, il n’y a que Dieu qui peut me payer. Je vous ai demandé un milliard de dollars pour mon pays, je ne veux pas un centime là-dessus ».
Finalement, acculés, les investisseurs cèdent et soumettent une offre à 1,157 milliard de dollars. Atepa souligne aujourd’hui l’ampleur du sacrifice personnel pour illustrer son message. « J’aurais pu prendre 100 millions de dollars. 100 millions de dollars, c’est 50 milliards de francs CFA… c’est énorme », affirme-t-il. Mais il a choisi la prospérité de son pays plutôt que l’opulence de son compte en banque.
Un miroir pour l’Afrique et le Gabon gabonaise
La morale de cette histoire est limpide : la pauvreté de l’Afrique n’est pas une fatalité, mais le résultat de compromissions tragiques. Ce « bradage » des richesses contre des miettes ne peut être stoppé que par des hommes et des femmes dont l’honneur n’a pas de prix.
Cet exemple agit comme une boussole pour les Africains et, singulièrement, pour les Gabonais. Au moment où le président Brice Clotaire Oligui Nguema fait de la lutte contre la corruption un des piliers de sa politique, l’acte d’Atepa démontre que la restauration des institutions commence par celle de la dignité individuelle.
Pour que le Gabon réussisse sa mue, chaque décideur, chaque ministre et chaque haut fonctionnaire doit incarner ce refus de la « part du gâteau ». En protégeant les ressources du sous-sol gabonais avec la même hargne qu’Atepa a défendu le zircon sénégalais, le pays s’assure que sa richesse profitera enfin aux générations futures. L’intégrité n’est plus un luxe, c’est une urgence nationale.
