Entre prévisions sombres et réalité sociale explosive, l’ombre d’un passé que l’on croyait révolu plane à nouveau sur le Gabon. Un an après sa sortie médiatique remarquée, les mots de l’ancien candidat à la présidentielle résonnent aujourd’hui comme un avertissement négligé.
Actuellement Inspecteur des Services Adjoint (ISA) à la Direction Générale des Impôts depuis le Conseil des ministres du 28 décembre 2023, Joseph Lapensée Essingone n’est pas qu’un technicien de la finance publique. Ancien candidat à la présidentielle de 2025, il s’est imposé dans le débat public par son franc-parler.
Il y a un an, sur le plateau de l’émission « Le Canapé Rouge » de notre confrère Gabon Media Time (GMT), il brossait un portrait apocalyptique de la Transition : « On sait qu’ils vont s’enrichir aisément avec l’argent du Gabon. Mais après, c’est grève sur grève. » Selon lui, l’accaparement des ressources au sommet de l’État se ferait au détriment des services de base. Il prédisait une gestion de façade : « Ils vont se battre pour payer les salaires (…) Mais le reste, ça va être comme à l’époque d’Ali Bongo. » Plus grave encore, il annonçait une dérive autoritaire face à l’échec économique : « La solution économique n’arrivera pas. Ce sera la violence militaire. »
Un climat social au bord de la rupture
Aujourd’hui, le décor peint par Essingone semble prendre vie. Depuis trois semaines, le secteur de l’éducation est paralysé : aucun cours n’est dispensé sur toute l’étendue du territoire. La tension a franchi un palier avec l’arrestation et la liberté provisoire des leaders syndicaux Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, accusés de « trouble à l’ordre public » après avoir soutenu le mouvement des enseignants. Le jeudi 22 janvier 2026, les agents de Gabon Télévisions sont rentrés en grève illimitée. L’incendie social ne s’arrête pas là. Les préavis de grève se multiplient dans les secteurs névralgiques de la santé et du pétrole. Ce mois de janvier 2026 s’est ouvert sur un Gabon suspendu, où le dialogue social semble rompu au profit d’une logique de confrontation. Entre la paralysie des écoles et les menaces de blocage de l’économie réelle, l’inquiétude grandit.
Quand la prophétie devient miroir du présent
Face à l’escalade des tensions sociales, il devient difficile de ne pas relire les paroles de Joseph Lapensée Essingone comme une alerte lancée trop tôt. Ses références à « la dictature », aux « menaces » et à une possible « répression » résonnent aujourd’hui avec une actualité marquée par les arrestations de syndicalistes, la rigidité du pouvoir face aux revendications et l’essoufflement du dialogue social. Plus qu’une simple coïncidence, ces faits interrogent la capacité des institutions à répondre aux attentes vitales des citoyens — médicaments, infrastructures, droits sociaux — sans recourir à la contrainte. À mesure que le pays s’enlise dans l’incertitude, les « sept prochaines années difficiles » annoncées prennent des allures de grille de lecture troublante du malaise gabonais. Sans conclure ni condamner, l’analyse des faits impose une interrogation lourde de sens, suspendue comme une épée de Damoclès sur l’avenir national : la prophétie de Joseph Lapensée Essingone va-t-elle s’accomplir ?
Non, pourquoi ? Parce que, contrairement à l’ère d’Ali Bongo, celle de Brice Clotaire Oligui Nguema est marquée par la restauration de la dignité du Gabonais. Le Conseil des ministres de jeudi dernier a imposé au gouvernement et ses démembrements la culture du dialogue. Comme quoi, c’est en dialoguant que les points de divergence trouveront une solution. Enfin, il faut l’espérer !

