Episode 2: Qu’est-ce que c’est que l’Occident ?
Dans le premier épisode, j’ai dit que j’écris cette série pour les jeunes africains, parce que je souhaite qu’ils aient une compréhension juste du monde dans lequel ils vivent et qu’ils n’ont pas choisi leurs devanciers, dans leur immense majorité, ont tout fait pour maintenir l’Afrique à genoux devant l’Occident depuis le 15ème siècle. Dans 150 ans, les Africains d’alors auront peine à croire qu’une telle situation ait pu exister.
C’est pourquoi, il me parait important que les jeunes africains, à l’esprit non encore formaté par quelque doctrine subversive, connaissent le fonctionnement réel du monde.
Qu’est ce que c’est que l’Occident ?
La plupart des gens pensent que l’Occident c’est une culture, des valeurs, un camp moral. C’est complétement faux. Analytiquement faux. L’Occident, c’est un Ordre. Un Ordre c’est quoi ? C’est un ensemble de règles, d’institutions, de flux économiques, des normes et des hiérarchies implicites avec UN arbitre reconnu, équivalent à un suzerain. Un Ordre n’a pas besoin d’être aimé, il a besoin d’être incontestable, incontesté et indiscuté.
Et voilà comment l’Ordre occidental s’est construit en 5 étapes historiques.
• Première étape : la classification des êtres humains en races et leur hiérarchisation en race supérieure et en race inférieure. Le fonctionnement du monde au 21ème siècle est toujours fondé sur cette hiérarchisation raciale que certains refusent, notamment l’Iran, l’Afrique du sud, le Mali, l’Ethiopie, le Burkina Faso, le Niger, la Chine, la Corée du Nord, la Russie et Cuba.
• Deuxième étape : la sanctuarisation. Il s’agit pour l’Occident de créer un espace protégé éloigné des rivaux imaginaires du suzerain. Un suzerain a toujours besoin d’un ennemi, quitte à l’inventer.
• Troisième étape : l’intervention stabilisatrice au sens colonial du terme, c’est-à-dire gérer par la force les instabilités (toujours au sens colonial du terme) qui menacent cet espace.
• Quatrième étape : la moralisation, c’est-à-dire transformer la domination en responsabilité universelle, faire passer l’Ordre pour du bien commun.
• Cinquième étape : l’institutionnalisation des règles, des organismes, des flux qui font tourner l’Ordre tout seul, sans qu’on ait besoin de commander directement.
Résultat : le libéralisme occidental n’est pas une philosophie humaniste, c’est l’architecture finale d’un empire mature. Il s’exerce aujourd’hui par le dollar, par les sanctions, par le droit international, par les normes techniques et désormais par le computer science et technologie, à savoir l’IA , la donnée, les plateformes, le cloud.
L’Occident tolère presque tout. Il tolère les dictatures, les monarchies absolues, les violations massives des droits des humains, les génocides des peuples entiers, tant que leurs auteurs reconnaissent la hiérarchie et jouent le jeu structurel, tout va bien. Ce que l’Occident ne tolère pas c’est l’indiscipline structurelle. Tu peux être autoritaire, brutal, religieux, pas de problème. Mais si tu contestes les règles du jeu, si tu refuses de te soumettre au suzerain, tu deviens une anomalie. Et les anomalies, on ne les laisse pas faire. C’est là que se pose une question fondamentale.
Pourquoi certains pays deviennent intolérables et pas d’autres ? A suivre.
Maître Paulette OYANE ONDO
Avocate au Barreau du Gabon