La situation de la liberté de la presse s’est gravement détériorée en Guinée depuis le coup d’État du 5 septembre 2021. À l’aube d’un nouveau mandat, alors que le président Mamadi Doumbouya doit être investi le 17 janvier 2026 suite à son élection le 28 décembre dernier, Reporters sans frontières (RSF) lui soumet une feuille de route en dix points pour restaurer durablement l’espace médiatique.
« Depuis le coup d’État de 2021, les journalistes guinéens vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Entre arrestations arbitraires, agressions et disparitions inquiétantes, comme celle d’Habib Marouane Camara, le climat est délétère. Quant aux médias indépendants, beaucoup ont été suspendus ou ont vu leur licence retirée », alerte Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF. Qui précise : « Alors que Mamadi Doumbouya entame ce nouveau mandat, nous lui adressons dix recommandations urgentes pour remédier à ce triste bilan ».
Un bilan sombre pour les médias indépendants
La répression contre la presse n’a cessé de s’intensifier ces quatre dernières années. En mai 2024, quatre radios et deux chaînes de télévision ont été définitivement interdites, entraînant la perte de centaines d’emplois. La Haute Autorité de la communication (HAC), censée être un organe de régulation, s’est illustrée par des sanctions répétées contre les voix critiques du gouvernement.
Le bilan humain est tout aussi lourd : au moins trois journalistes ont été détenus et une vingtaine d’autres arrêtés. Le cas d’Habib Marouane Camara, responsable du site Le Révélateur 224, est particulièrement préoccupant : il reste introuvable depuis son enlèvement le 3 décembre 2024. À ces exactions s’ajoutent des restrictions récurrentes de l’accès à Internet et aux réseaux sociaux.
Les dix recommandations de RSF
1- Bien que la liberté de la presse soit garantie par l’article 10 de la nouvelle Constitution adoptée le 21 septembre 2025, RSF appelle à des actions concrètes :
Libérer Habib Marouane Camara : Tout mettre en œuvre pour retrouver et libérer le responsable du site Le Révélateur 224, disparu depuis plus d’un an.
2- Rétablir les licences des médias : Annuler sans délai le retrait des agréments des médias interdits en mai 2024 et mettre fin aux fermetures arbitraires.
3- Réformer la HAC : Garantir l’indépendance de l’organe de régulation en limitant l’intervention de l’exécutif dans la nomination de son président et de ses membres.
4- Protéger les journalistes contre l’emprisonnement : Appliquer strictement la loi de 2010 qui supprime les peines privatives de liberté pour les délits de presse.
5- Favoriser l’accès à l’information publique : Appliquer pleinement la loi de 2020 sur l’accès aux documents administratifs pour renforcer la transparence.
6- Dépénaliser les délits numériques : Aligner la loi sur la cybercriminalité sur celle de la liberté de la presse pour éviter l’incarcération abusive de journalistes en ligne.
7- Lutter contre l’impunité : Enquêter systématiquement sur les agressions visant les professionnels des médias et sanctionner les responsables.
8- Garantir l’accès à Internet : Adopter une loi interdisant les coupures discrétionnaires du réseau et le brouillage des ondes pour des motifs politiques.
9- Assurer un soutien économique transparent : Mettre en place des subventions publiques équitables et une répartition impartiale de la publicité institutionnelle.
10- Garantir le pluralisme : Permettre aux journalistes d’accéder à tous les événements publics sans discrimination ni violence.
Il est à noter qu’en 2025, la Guinée occupait le 103e rang sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.
Source : Sadibou Marong, Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF
