Pour mettre fin à l’opacité et aux pertes de recettes, le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, annonce le lancement imminent d’un dispositif de suivi digitalisé. Objectif : surveiller chaque grume, de la coupe à l’exportation.
Le constat est sans appel. Reçu sur le plateau de l’émission « Le gouvernement s’exprime » sur Gabon 24, le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, a admis les failles du dispositif actuel : « Nous n’avons pas un système fiable de traçabilité […]. Il manque des données. » Dans un pays couvert à 88 % par la forêt, ce manque de visibilité constitue un manque à gagner colossal pour l’État.
L’urgence d’une réforme est dictée par des statistiques incohérentes. En 2024, l’exploitation de 1,5 million de m³ de bois a généré 42 milliards de FCFA de recettes. Pourtant, l’année suivante, alors que la production doublait (3 millions de m³), les revenus chutaient à 31 milliards de FCFA.
Pour les autorités, ces écarts ne sont pas seulement dus aux fluctuations du marché, mais révèlent un système poreux où l’administration navigue à vue, dépendante des seules déclarations des opérateurs.
Le spectre de « l’affaire du kévazingo »
Cette fragilité rappelle le scandale de 2019. La disparition mystérieuse de conteneurs de kévazingo, une essence précieuse interdite à l’export brut, avait exposé les limites criantes du contrôle public. La future centrale numérique vise précisément à empêcher la répétition de tels scénarios en supprimant les « zones d’ombre » entre la forêt et le port.
Le nouveau dispositif repose sur une digitalisation intégrale de la chaîne de valeur
Géolocalisation : chaque arbre sera identifié par GPS dès le plan d’aménagement. Suivi en temps réel : de l’abattage à la transformation en usine, chaque étape sera enregistrée dans une base de données centralisée. Interconnexion : les Eaux et Forêts et la Douane partageront les mêmes informations pour verrouiller les contrôles.
« De la grume au colis, nous serons capables de suivre », a martelé le ministre Ntossui Allogo. Si cette technologie promet de moderniser la filière, son succès restera tributaire de la rigueur des agents sur le terrain et d’une volonté politique ferme face aux puissants intérêts économiques du secteur.
Un enjeu de souveraineté budgétaire
L’enjeu n’est pas seulement technique, il est financier. En corrélant précisément les volumes coupés aux taxes perçues, l’État gabonais espère maximiser ses recettes budgétaires. Actuellement, l’écart entre la hausse de la production et la baisse des revenus suggère une évasion fiscale importante ou une sous-évaluation des volumes transformés.
Au-delà des taxes, une traçabilité numérique certifiée renforce la compétitivité du bois gabonais sur les marchés internationaux (Union Européenne, États-Unis), de plus en plus exigeants sur l’origine légale des produits forestiers. En garantissant l’absence de « bois de conflit » ou de coupe illégale, le Gabon s’assure un accès privilégié aux acheteurs premium, prêts à payer plus pour un label de transparence.
Comment fonctionne la centrale numérique ?
Selon les informations glanées près des sources proches du dossier, le futur dispositif repose sur une architecture de données intégrée appelée « Chaîne de contrôle digitalisée ». Concrètement, le suivi s’opère en trois étapes clés : l’Identifiant unique (ID), chaque arbre sélectionné pour la coupe reçoit un code-barres ou une puce RFID dès son inventaire en forêt. Ce « passeport numérique » contient ses coordonnées GPS, son essence et son volume estimé.
La transmission satellite : lors de l’abattage et du transport, les agents des Eaux et Forêts scannent le code. L’information est transmise instantanément à la centrale numérique de Libreville via une application mobile dédiée, même en zone hors-ligne (synchronisation dès le retour du réseau).
Le Recoupement automatique : Le système compare les données de la forêt avec celles des usines de transformation et des terminaux portuaires. Si un volume de bois déclaré à l’export ne correspond pas au volume coupé initialement, une alerte automatique est envoyée aux douanes pour bloquer le conteneur.


