Depuis juin 2025, une trentaine de familles expulsées lors des opérations d’assainissement du carrefour SNI survivent dans le gymnase Léon Augé. Entre promiscuité extrême et espoir de relogement, ces sinistrés interpellent l’Etat face à une attente qui s’éternise.
Bible en main, un pasteur prêche devant une poignée de femmes et d’enfants assis sur des nattes. Autour de lui, le décor est surréaliste : des matelas s’entassent entre les gradins, des moustiquaires pendent aux poutres et des sacs de fortune marquent les frontières de chaque foyer. Dans cet antre autrefois dédié au sport, la prière est le dernier rempart contre le découragement.
Depuis leur déguerpissement il y a neuf mois, 35 familles, incluant nourrissons et personnes âgées, ont fait de cet espace leur domicile forcé. Ici, l’intimité n’existe plus. « Quand il pleut, l’eau s’invite dans le gymnase. Les vents sont violents et nos couchages finissent souvent trempés. Nous passons parfois la nuit dans l’eau », confie Abeng Aude Laure, enseignante de formation, qui porte la voix du collectif en l’absence du porte-parole.
Le cycle est épuisant : aux nuits humides succède la chaleur étouffante qui s’accumule sous la toiture métallique dès les premières lueurs du jour. Malgré tout, la vie s’organise. Chaque matin, les enfants enfilent leurs uniformes pour rejoindre l’école, tentant de maintenir un semblant de normalité après des nuits hachées par les moustiques.
La solidarité pour seul filet de sécurité
Sans aide étatique régulière, la survie repose sur la solidarité. Des églises et des citoyens apportent vivres et produits de première nécessité. A l’intérieur, une autogestion rigoureuse s’est installée : les occupants assurent eux-mêmes l’entretien des sanitaires et la propreté des lieux. Si l’accès à l’eau est maintenu, le reste demeure précaire.
Sur le plan administratif, le dossier semble s’être enlisé dans les hautes sphères. Si les mairies d’Owendo et d’Awoungou assurent un suivi de terrain, elles n’auraient plus la main. Le sort des déguerpis serait désormais entre les mains de la présidence ou du gouvernement, pour une évaluation au cas par cas basée sur le recensement pré-opératoire.
Pour ces familles, le temps des promesses administratives ne suffit plus. L’urgence est au toit, pas forcément au chèque. « Nous ne demandons même pas de compensation financière, car cela pourrait pousser à reconstruire de manière anarchique. Nous voulons simplement un endroit où vivre dignement », insiste Abeng Aude Laure.
Sous la charpente du gymnase Léon Augé, les journées s’étirent entre jeux d’enfants dans les tribunes et discussions entre adultes lassés. Si la foi soude encore la communauté, une question hante chaque occupant : combien de temps ce refuge provisoire restera-t-il leur seule adresse ?
Le silence assourdissant des autorités
Si le dossier est officiellement « en cours de traitement » au sommet de l’État, sur place, le sentiment d’abandon prédomine. Les visites de la mairie d’Owendo, bien que régulières, sont perçues par les occupants comme de simples formalités de recensement sans portée concrète.
Interrogées sur les délais, les sources municipales se murent dans la prudence : « Le dossier n’est plus de notre ressort », glisse un agent administratif sous couvert d’anonymat. Ce transfert de responsabilité vers les « plus hautes autorités » laisse les familles dans un vide juridique et social total. L’Etat, après avoir libéré l’emprise du carrefour SNI au nom de l’utilité publique, semble avoir oublié le volet humain de l’opération, transformant une mesure d’assainissement en une crise humanitaire locale.