Le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, a dévoilé le 13 mars un plan de choc pour sevrer le Gabon des importations de volaille d’ici janvier 2027. Avec un premier cap fixé à 100 jours pour mobiliser 150 producteurs, le gouvernement lance une course contre la montre pour remplir les assiettes localement.
Produire gabonais pour ne plus importer. L’ambition n’est pas nouvelle, mais le calendrier, lui, est sans précédent. Invité de l’émission « Le Gouvernement s’exprime », Pacôme Kossy a tracé une feuille de route électrique. L’objectif est de stopper net les importations de poulet de chair dans neuf mois.
Le cœur de la stratégie repose sur un « focus » immédiat de 100 jours. Durant cette période, l’Etat compte sélectionner 150 promoteurs locaux via un appel à manifestation d’intérêt. « Il faut produire pour s’organiser, et s’organiser pour réformer », a martelé le ministre, conscient que chaque jour perdu fragilise l’échéance de janvier 2027.
Un test pour l’agro-industrie nationale
Pour réussir ce saut industriel, le ministère mise sur des partenariats public-privé (PPP). L’accompagnement promis aux éleveurs est global : facilitation de l’accès au foncier, déblocage de crédits agricoles et structuration des circuits de distribution, souvent le maillon faible de la production nationale.
Si le poulet de chair est la priorité absolue, il sert de locomotive à d’autres filières. Le gouvernement prévoit déjà de dupliquer ce modèle pour le manioc, la banane plantain, le maïs et le soja. L’idée est de créer un écosystème durable où la production animale est soutenue par une production végétale locale pour l’alimentation du bétail.
Malgré l’enthousiasme officiel, le défi reste colossal. Transformer un système dépendant de l’extérieur en une filière autosuffisante en moins d’un an relève de la prouesse. Entre les obstacles structurels (coût de l’énergie, logistique et intrants importés) et le délai de 100 jours pour mobiliser les acteurs, le gouvernement joue sa crédibilité sur la table de la souveraineté alimentaire.
Les trois défis du « poulet gabonais »
Passer de l’importation massive à l’autosuffisance en moins d’un an impose de lever des freins historiques. Le coût de l’aliment (60 % du prix de revient). Actuellement, le maïs et le soja servant à nourrir la volaille sont largement importés. Sans une production locale massive de ces céréales en amont, le poulet gabonais risque d’être plus cher que le poulet importé.
La chaîne du froid et la logistique. Produire est une chose, distribuer en est une autre. Le gouvernement devra sécuriser l’accès à une électricité stable et à des abattoirs modernes pour que la production des 150 promoteurs arrive saine et compétitive sur les étals de Libreville et de l’intérieur.
Le facteur temps (Le cycle avicole). Avec un cycle de production de 45 jours environ pour un poulet de chair, il ne reste que six à sept cycles complets avant l’échéance de janvier 2027. La marge d’erreur pour mobiliser les 150 éleveurs et lancer les premiers bâtiments est donc quasi nulle.