Malgré une légère baisse des accidents en 2024, l’absence de contrôles d’alcoolémie sur les routes gabonaises reste un angle mort majeur. Alors que le gouvernement durcit le ton, l’instauration de l’alcootest apparaît désormais comme une urgence vitale.
« De mémoire de Gabonais, je n’ai jamais vu un chauffeur être soumis à un alcootest. » Le constat de Y.B.T.V, habitant d’Alénakiri, est cinglant. Il illustre un paradoxe national. Alors que l’alcool au volant n’est qu’un secret de polichinelle, l’outil premier de sa détection brille par son absence lors des contrôles de routine.
Les chiffres récents de la Direction générale de la Sécurité routière (DGSR) affichent une note d’espoir : une baisse de 7 % des accidents entre 2023 et 2024 (passant de 2 056 à 1 928 sinistres). Pourtant, derrière ces 128 cas évités, la réalité reste macabre.
Le ministère des Transports, sous l’impulsion d’Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, martèle que «chaque kilomètre au-delà de la limite autorisée peut coûter une vie ». Mais comment gagner la bataille de la prévention si l’un des principaux facteurs de mortalité, l’imprégnation alcoolique, n’est jamais mesuré scientifiquement sur le terrain ?
Tolérance zéro ou manque de moyens ?
Le gouvernement prône officiellement la « tolérance zéro ». Radars fixes, patrouilles permanentes et verbalisations systématiques font désormais partie du paysage routier. Pourtant, l’absence de ballons et d’éthylomètres pose question. S’agit-il d’un simple manque de moyens logistiques ou d’un déficit de volonté politique pour s’attaquer à un tabou social ?
Ailleurs, le contrôle d’alcoolémie est le pilier de la sécurité routière, entraînant des retraits immédiats de permis et des sanctions pénales lourdes. Au Gabon, sans preuve matérielle du taux d’éthanol dans le sang, l’infraction reste difficile à sanctionner de manière incontestable.
L’alcootest n’est pas qu’une simple formalité technique, c’est un outil de dissuasion psychologique. Pour que les conducteurs prennent des décisions éclairées avant de prendre le volant, la menace d’un contrôle doit être réelle et systématique.
Si le déploiement des radars est une avancée, l’intégration de la lutte contre l’alcoolisme au volant est le chaînon manquant pour transformer durablement la sécurité sur nos axes accidentogènes.
Selon les standards internationaux de la prévention routière, l’alcool reste l’une des premières causes de mortalité. Au Gabon, il est temps de passer du slogan à la mesure concrète.