Depuis la suspension des réseaux sociaux par la Haute autorité de la communication (HAC), l’économie numérique gabonaise tourne à vide. Entre chute libre du chiffre d’affaires pour les PME et précarité accrue des créateurs de contenus, cette paralysie numérique menace désormais la survie de milliers d’indépendants.
Ce n’est plus une simple déconnexion, c’est une asphyxie. Au Gabon, Facebook, TikTok ou WhatsApp ne sont plus de simples plateformes de divertissement ; ils se sont imposés comme les principaux comptoirs commerciaux du pays. Aujourd’hui, ces vitrines virtuelles ont baissé le rideau, plongeant tout un écosystème dans une incertitude brutale.
Pour le tissu local des petites et moyennes entreprises, le couperet est tombé sans préavis. L’absence d’accès aux réseaux sociaux s’apparente à une fermeture forcée. Sans ces canaux, le lien est rompu : impossible d’exposer les stocks, de conclure des ventes ou d’assurer le service après-vente. Résultat, la visibilité s’effondre et, dans son sillage, le chiffre d’affaires quotidien fond à vue d’œil.
La « Gig Economy » au point mort
Le choc est tout aussi violent pour les acteurs de la « Gig Economy ». Influenceurs et youtubeurs voient leur modèle de monétisation, déjà fragile, s’évaporer. En une signature administrative, les compteurs financiers de la création gabonaise sont tombés à zéro. Les grandes enseignes ne sont pas épargnées : leurs budgets publicitaires numériques sont désormais investis dans le vide.
Dans ce silence numérique, le « système D » tente de s’organiser. Le recours aux réseaux privés virtuels (VPN) se généralise pour maintenir un semblant d’activité. Mais cette solution de secours est loin d’être équitable.
Alors que la pauvreté frappe environ 33 % de la population selon les données de la Banque Mondiale sur le Gabon, le coût d’un abonnement VPN de qualité devient une barrière insurmontable. Cette déconnexion creuse une double injustice : économique pour les commerçants et sociale pour les plus démunis.
Si les autorités promettent un rétablissement rapide, le mal semble plus profond. Au-delà des pertes sèches, c’est la réputation technologique du pays qui est en jeu. Ce black-out numérique pourrait durablement refroidir les investisseurs, désormais inquiets de la fragilité d’une infrastructure soumise aux aléas politiques.


