Le Gabon s’est réveillé dans le silence numérique. Depuis l’annonce de la Haute Autorité de la Communication (HAC), le 17 février, les réseaux sociaux sont suspendus « jusqu’à nouvel ordre ». Si le régulateur invoque la « stabilité nationale », le sénateur Georges Mpaga monte au créneau pour dénoncer une dérive autoritaire aux conséquences imprévisibles.
Pour Georges Mpaga, l’argument de l’ordre public ne tient pas. L’acteur de la société civile, aujourd’hui sous la coupole du Sénat, n’a pas mâché ses mots en qualifiant cette mesure de « tyrannique ». Selon lui, en coupant l’accès aux plateformes sociales, l’État ne se contente pas de filtrer l’information, il mutile l’espace public. « C’est une violation grave de la liberté d’expression et du droit à l’information, pourtant garantis par notre Loi fondamentale », a-t-il fustigé.
Un « cadeau empoisonné » pour le Président ?
Au-delà de l’aspect légal, le Vénérable sénateur d’Etimboué souligne une erreur stratégique majeure. Selon l’ancien leader du ROLBG, cette censure pourrait se retourner contre son propre camp. Loin de protéger le sommet de l’Etat, la suspension serait « de nature à nuire gravement au Président de la République ».
En privant les citoyens de soupapes de sécurité numériques, le pouvoir s’exposerait, selon lui, à une contestation souterraine plus virulente et à une rupture définitive du lien de confiance avec la population.
L’économie et la diplomatie sur le banc des accusés
L’alerte du sénateur est aussi pragmatique. Dans un Gabon en pleine mutation économique, les réseaux sociaux ne sont plus un luxe. Pour les PME : c’est un outil de travail vital. Pour le secteur informel : c’est un canal de vente indispensable.
Mpaga prévient : fragiliser ces revenus déjà précaires pourrait aggraver la tension sociale. Enfin, l’image du pays à l’international est en jeu. En plein processus de diversification de l’économie et à la recherche d’investisseurs étrangers, une telle restriction pourrait être lue à l’extérieur du pays comme un « recul démocratique », refroidissant au passage les éventuels bailleurs de fonds et les partenaires diplomatiques dont le pays a besoin.
En conclusion de son plaidoyer, Georges Mpaga se tourne vers le Palais Rénovation. Il appelle le Président de la République, garant de l’unité nationale, à se désolidariser de la décision de la HAC. Le sénateur plaide pour une réponse « ciblée et proportionnée ». Protéger l’ordre, certes, mais sans sacrifier les libertés qui font le sel de la démocratie gabonaise.


