L’ancien Secrétaire général du PDG et universitaire a présenté, le 15 décembre 2025 à l’Institut français de Libreville, son nouvel essai. Entre diagnostic des pathologies du pouvoir et remèdes éthiques, l’auteur appelle à l’émergence d’un « leader serviteur » en Afrique.
Le diagnostic est posé, et il est sans complaisance. Devant un auditoire attentif à l’Institut français, le Pr Steeve Nzegho Dieko a dévoilé son dernier ouvrage : Le syndrome d’hubris dans les arènes politiques africaines. Pour l’enseignant à l’Université Omar Bongo, il ne s’agit pas seulement d’un livre de plus sur la politique, mais d’une œuvre analytique et porteuse d’espoir.
Anatomie des dérives du pouvoir
L’ouvrage dissèque les mécanismes qui conduisent à l’ivresse du pouvoir, cette déconnexion que les Grecs nommaient l’hubris. « C’est un ouvrage qui traite des pathologies du pouvoir dans les arènes africaines de nos sociétés. Nous avons travaillé autour d’un certain nombre de concepts qui affectent profondément la gouvernance dans la plupart de nos États », a expliqué l’auteur.

Loin de se contenter d’un constat d’échec, Steeve Nzegho Dieko explore des pistes concrètes de redressement. Au cœur de son plaidoyer : la refondation des programmes éducatifs pour y intégrer « l’amour de la patrie », afin de forger une nouvelle conscience citoyenne dès le plus jeune âge.
Du « leader narcissique » au « leader serviteur »
Le concept phare de l’essai repose sur une rupture de paradigme : substituer à l’orgueil de la fonction l’humilité du service. « Il s’agit d’un dirigeant qui place les préoccupations des populations au cœur de son action », souligne l’enseignant-chercheur. Cette vision s’inscrit dans l’afro-politisme, une approche qui invite les décideurs à penser des solutions endogènes aux maux structurels du continent.
Le ton se fait plus pressant lorsqu’il évoque l’urgence sociale. « Lorsque l’on observe les dérives du pouvoir, ce sont nos populations qui en paient le prix le plus lourd. Il faut repenser les mécanismes d’accès au pouvoir et recentrer l’action publique sur le développement culturel, environnemental et économique de nos sociétés », a-t-il insisté, rappelant que la fatalité n’a pas sa place en politique.
Un écho continental
La pertinence de cette réflexion a trouvé un écho favorable tant chez les politiques que chez les universitaires. Le député Guy Roger Ekazami, présent à la cérémonie, a salué une analyse qu’il juge salutaire : « Ce sont des questions essentielles dans la manière de gérer et de gouverner nos populations. Steeve Nzegho Dieko a livré une analyse lucide et montré comment améliorer nos pratiques sans approfondir les blessures existantes. L’amour de soi, l’amour des autres et surtout l’amour de la patrie constituent, selon lui, le véritable remède. »
Venu du Bénin, le Pr Hygin Kakaï a souligné la dimension pédagogique de l’œuvre. « Ce livre arrive à un moment crucial pour l’Afrique. Il met des mots sur des réalités que nous vivons dans plusieurs pays et propose une réflexion courageuse sur l’éthique du pouvoir. Le concept de leader serviteur devrait inspirer les élites politiques africaines et nourrir les débats universitaires. »

En refermant cet ouvrage, l’ambition de Steeve Nzegho Dieko est claire : susciter un sursaut éthique pour que le service public redevienne, enfin, la boussole de la gouvernance africaine.
