Ce lundi 23 mars, 19 comptables publics ont officiellement prêté serment à Libreville. Entre promesse de rigueur et pression hiérarchique, ces nouveaux garants des deniers de l’Etat intègrent un corps de métier où l’erreur n’est plus permise, sous l’œil vigilant d’une opinion publique en quête de transparence.
Fidélité, rigueur, probité. Ce triptyque a résonné avec force dans l’enceinte de la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor. Plus qu’un protocole, ce serment marque l’entrée en fonction de 19 agents désormais investis d’une responsabilité critique : le contrôle et la validation de chaque centime de l’argent public.

La cérémonie a été présidée par Alex Moutsiangou, Premier Président de la Cour des comptes, en présence de deux membres du gouvernement : Thierry Minko, Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la lutte contre la vie chère, et François Ndong Obiang, Ministre de la Réforme et des Relations avec les Institutions, ainsi que de Luther Steeven Abouna Yangui, Directeur général de la Comptabilité publique et du Trésor, hôte de l’événement. À cette occasion, les autorités présentes ont rappelé l’exigence de discipline.
Dans un système souvent pointé du doigt pour ses lenteurs et ses zones d’ombre, ces nouveaux venus ont pour mission de restaurer la confiance. Car ici, le comptable n’est pas un simple exécutant : sa signature engage sa responsabilité administrative, politique et judiciaire.

Le poids de la responsabilité
Le défi est immense. Si le discours officiel prône une rupture nette avec les pratiques du passé, la réalité du terrain reste complexe. Ces agents devront naviguer entre : l’intérêt général, un alignement total avec les besoins de la République. La probité : résister aux pressions et aux tentations inhérentes à la gestion des fonds. La transparence : répondre à une dynamique nationale de clarté budgétaire.
« Ce serment ne les protège pas, il les expose », analyse-t-on en coulisses. Pour ces 19 promus, la lune de miel sera courte. Dans un contexte de transition et de réformes, leur capacité à maintenir une ligne de conduite éthique face aux pressions hiérarchiques sera le véritable test de leur engagement.
Le comptable public, un profil de haute responsabilité
Loin d’être un simple agent administratif, le comptable public occupe un poste pivot au sein de l’Etat. Voici ce qu’implique concrètement son profil. Un double rôle de contrôleur et de payeur : il est le seul habilité à manier les fonds publics. Sa mission est de vérifier la régularité de chaque dépense (pièces justificatives, disponibilité des crédits) avant d’autoriser le décaissement. C’est le « verrou » de la caisse de l’État.
La Responsabilité personnelle et pécuniaire (RPP). C’est la particularité majeure du métier. En cas d’erreur, de déficit ou de paiement irrégulier, le comptable est responsable sur ses deniers propres. Il doit rembourser l’Etat de sa poche, sauf s’il obtient une décharge gracieuse.
Indépendance et éthique : Bien qu’intégré à la hiérarchie du Trésor, le comptable doit faire preuve d’une autonomie de jugement. Il a le devoir de suspendre un paiement s’il détecte une anomalie, même face à une pression politique, sous peine d’être poursuivi pour « gestion de fait ».


